Rentrée d'hiver 2022

Olivier Liron, "Le livre de Neige" (Gallimard) : Le livre de ma mère

Olivier Liron - Photo © Francesca Mantovani/Gallimard

Olivier Liron, "Le livre de Neige" (Gallimard) : Le livre de ma mère

Olivier Liron revient avec un texte très personnel, dédié à cette mère espagnole qui a grandi sous Franco et lui a transmis l'amour des livres. Tirage à 12 000 exemplaires.

Par Sean Rose ,
Créé le 11.02.2022 à 09h00 ,
Mis à jour le 24.03.2022 à 17h25

Les albums photos nourrissent la fiction, on y voit des proches à des âges où on n'existait pas encore, on projette leurs vies sans nous. Les albums photos ne sont jamais si romanesques que lorsque les photographies y sont manquantes, ou les souvenirs tus. Olivier Liron n'est pas sans images de l'époque où sa mère naquit et vécut en Castille. Quelques-unes se sont même glissées dans Le livre de Neige, et émaillent ce portrait littéraire de la figure maternelle.

Hiver 1957, la petite Nieves, diminutif de Maria Nieves, nom donné en l'honneur de Nuestra Señora de las Nieves (Notre Dame des Neiges), a 3 ans, elle porte un manteau et un bonnet de laine, et tient par la main une fillette encore plus petiote, on est à Madrid, calle Marqués de Santa Ana, où elle habite. À la pension de Marcelina, « vieille dame rogue et acariâtre », elle dort avec ses parents Carmen et Paco dans la pièce commune. Sur une autre photo, en novembre 1962, celle qu'on surnomme la « Belle Andalouse » (à cause de ses yeux noirs et sa chevelure d'ébène), et qui va avoir 8 ans, pose aux côtés de Carmen. Le cliché est destiné à Paco parti avant elles travailler de l'autre côté des Pyrénées. À 9 ans, cheveux courts, elle a un faux air de petit garçon, nous sommes à la veille de son départ pour la France. Et puis avec cheveux mi-longs et frange, rayonnante, l'expression si juvénile, c'est le jour de son mariage avec Gabriel, le père d'Olivier, elle a 22 ans...

Demain sera ouaté et infini

Le livre de Neige est une odyssée à travers les maux et les jours d'une héroïne discrète qui émigra de la pauvreté de l'Espagne franquiste vers une vie d'exil ardue au sein des bidonvilles de Saint-Denis. Pas d'apitoiement, encore moins de pathos. Et si c'est à la manière impressionniste, par effleurement véloce, que l'auteur brosse son tableau, il ne s'en dégage pas moins une ligne de force : la farouche détermination de Neige. Insoumise, enfant, quand on la forçait à l'école à ânonner le catéchisme encenseur du Caudillo ; invaincue toujours, en France, dans ses études où elle excelle alors qu'elle ne savait pas la langue à son arrivée. Là-bas ils étaient pauvres mais comme des millions d'autres, ici c'est « une pouilleuse ». « Maria rime avec paria. » Elle se bat. Les armes qu'elle fourbit sont la culture. Elle saura lire. Et plus tard, elle léguera à son fils et les armes et l'esprit du combat. Elle est major au Capes de mathématiques, reprendra tout en travaillant à mi-temps des études de biologie puis d'écologie. Neige n'aime rien tant que les arbres et la vie. La neige aussi, « symbole de pureté », qui signifie aux hommes que tout peut recommencer. « Et la forêt se peuplera d'amour, et demain sera ouaté et infini. »

Olivier Liron qui nous avait habitués à des romans à l'écriture tour à tour virevoltante et jubilatoire - notamment Einstein, le sexe et moi (Alma, 2018, repris chez Points) sur un garçon fougueux, normalien et autiste Asperger (lui-même)- adopte ici un ton intime, mais gardant toujours le sourire. Celui qui éclot sur vos lèvres quand vous fermez les yeux et que vous tournez naturellement le visage vers le soleil.

Olivier Liron
Le livre de neige
Gallimard
Tirage: 12 000 ex.
Prix: 19 € ; 240 p.
ISBN: 9782072876653

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