Beaux livres

Patrimoine vivant

Cinquantièmes hurlants, voyage aux confins du monde, photographies de Stanley Leroux, Heredium. - Photo PRISMA

Patrimoine vivant

Comme un retour à l'essentiel, les beaux livres de cette fin d'année se détachent de l'agitation du monde pour célébrer notre patrimoine, qu'il soit architectural, culturel ou naturel. De l'incendie de Notre-Dame de Paris aux anniversaires, les éditeurs n'oublient pas de s'appuyer sur l'actualité pour motiver leurs parutions, avec une attention particulière portée à la fabrication. _ par

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Par Marine Durand,
Créé le 18.10.2019 à 00h00,
Mis à jour le 18.10.2019 à 00h00

Sur les tables de fin d'année des libraires, la virée de jeunesse d'Olivier Assayas et de Raymond Depardon sur la côte ouest américaine (LA 82, Seuil) côtoiera peut-être les aventures d'une grenouille prodigieuse surgie d'un conte caucasien (Batras, l'enfant d'acier, Alma). Quant au premier beau livre sur la crucifixion dans l'art, une somme de 560 pages par le théologien François Boespflug (Crucifixion, Bayard), il pourra se dresser en vitrine au côté des superbes portraits de Louise Bourgeois dans son atelier captées par Jean-François Jaussaud (Louise Bourgeois, Femme maison, Albin Michel). Ce bref panorama le montre, la production de beaux livres et de livres d'art de ce dernier trimestre regarde à 360°. Les éditeurs se rencontrent cependant autour de quelques grands thèmes, et consacrent unanimement le beau qui nous entoure, créé de toutes pièces par des siècles de civilisation ou préservé malgré l'activité de l'homme.

L'esprit des cathédrales d'Elisabeth Gausseron, photographies Jacques Sierpinski, Gründ - Photo GRÜND

Si une image devait donner le ton de ce cru 2019, ce serait celle du clocher de Notre-Dame de Paris en flammes, qui a sidéré la planète entière le 15 avril dernier. L'éditeur d'art contemporain Jannink s'empare directement du tragique fait divers et, loin du brouhaha des politiques, des médias ou des financiers, offre dans 15 avril 2019. Visions d'artistes, le point de vue de 44 créateurs sur la vieille dame meurtrie. Le journaliste Sébastien Spitzer a collecté les photos, stupéfiantes, prises de l'intérieur par les pompiers de Paris. Préfacé par Sylvain Tesson, Ils ont sauvé Notre-Dame (Albin Michel) présente un angle de vue inédit du « feu du siècle ». Les éditions Ouest France retracent en illustrations les différentes étapes de la construction de la cathédrale, dans Quand Paris construisait Notre-Dame, tandis que Bayard met en scène les photographies aériennes de Stéphane Compoint avec des méditations du pape François, dans Notre-Dame vue du ciel. Poursuivant la même démarche, Gründ publie L'esprit des cathédrales, des photos de drones d'une quinzaine de bâtiments agrémentées d'un cahier spécial sur l'édifice cher à Victor Hugo. Après l'émotion vive suscitée par l'incendie, des voix se sont élevées pour réclamer le même élan de solidarité pour les nombreux autres lieux de culte de l'Hexagone. Le reste du patrimoine religieux français tient ainsi une bonne place dans la production d'automne, de Metz, la grâce d'une cathédrale, de l'éditeur strasbourgeois Nuée bleue, à Cathédrales, le temps de l'œuvre, l'œuvre du temps, de François Icher (La Martinière), qui s'extrait de toute considération religieuse, en passant par le généraliste Notre-Dame et ses sœurs (Elina-Sofédis), signé par l'évêque Claude Dagens, ou La grâce Saint-Eustache (Place des Victoires), sur la paroisse des Halles, à Paris.

Le Mur (2016-2018) : 80 performances d'artistes urbains, œuvre de Zabou rue Oberkampf à Paris, Hermann. - Photo HERMANN

La ville réenchantée

Paris la romantique reste une valeur sûre du beau livre. Plusieurs parutions lui font honneur, à l'image du Paris-Journal de Raymond Depardon réédité cette année par Hazan, une collection d'instantanés pris au hasard des déplacements du photographe dans la capitale. Les éditions du Pacifique republient le texte de Jean-Louis Bory Paris aux cent visages, avec les dessins de Damien Chavanat, et les éditions Picard s'attardent sur l'architecture gothique de la capitale (Paris gothique). Le Tripode a réuni la journaliste et écrivaine Sigolène Vinson et l'artiste Stéphane Drillon pour un projet original, puisque Ce qu'on ne voit pas, Paris embarque le lecteur dans une rêverie autour des façades d'immeubles redessinées de la capitale. Les éditeurs ne manquent pas d'idées pour célébrer la ville lumière. Parigramme nous entraîne dans Le Paris de Barbara, son enfance aux Batignolles, ses premiers succès rive gauche ou sa consécration à L'Olympia, et Flammarion marche dans les pas du dessinateur de mode Marc-Antoine Coulon, avec Paris, un livre au glamour assumé préfacé par Inès de la Fressange.

Urbex RDA de Nicolas Offenstadt, Albin Michel. - Photo ALBIN MICHEL

Le street art, dont la popularité ne se dément pas au rayon beaux livres depuis plusieurs années, consacre à sa manière la beauté de la ville. Hermann s'arrête sur Le Mur (2016-2018) : 80 performances d'artistes urbains, un projet collectif né au 107 rue Oberkampf et qui a fait des petits partout en France. Alternatives s'affirme comme le label de l'art urbain avec trois parutions quasi simultanées, dont le second volume attendu de Street Art Today, qui présente 50 figures incontournables dans le milieu. Entre slogans publicitaires détournés, fresques pour la paix et messages philosophiques, la ville en a des choses à dire. Lou Chamberlin a collecté dans Street art, Les murs ont une histoire (Larousse) les œuvres les plus étonnantes ou émouvantes glanées d'un bout à l'autre de la planète.

Nature secrète, merveilles insolites du vivant de Patrick Baud et Pierre Kerner , Dunod. - Photo DUNOD/SHUTTERSTOCK / VACLAV SEBEK

La poésie émerge parfois du bitume une fois que l'homme s'est retiré. Deux éditeurs creusent ce sillon, entre histoire et nostalgie. Albin Michel d'abord, avec Urbex RDA de l'historien Nicolas Offenstadt, qui raconte l'ancienne Allemagne de l'est à travers 230 lieux fermés, interdits ou délaissés. Actes Sud ensuite, avec Dernier acte d'Antoine Herscher, 400 photographies comme des scènes hors du temps, qui révèlent le talent destructeur de l'homme et dont émane une certaine mélancolie.

Le ciel la nuit, Glénat. - Photo GLÉNAT/BABAK TAFRESHI, TWAN

On touche ici à l'une des tendances majeures du secteur, qui ne fait que s'accroître au fil des saisons : les livres sur la nature qui pointent la nécessité de la protéger fleurissent dans les rayons. Le photographe Ludovic Carême témoigne de la déforestation qui touche le poumon vert de la planète dans Brésils - Amazonie (Xavier Barral). EPA édite Contaminations, sept photoreportages de Samuel Bollendorf du Canada au Brésil, sur des sites désormais en danger. La marque d'Hachette Illustré enfonce le clou avec Grand Nord, un monde à préserver, un recueil de photos qui nous met en face de nos effets sur la banquise, et anticipe même l'ère à venir en montrant comment des citadins redécouvrent le plaisir de vivre en harmonie avec la nature (Revenir à la terre, l'art de vivre des néoruraux, édité avec Gestalten).

Merveilleuse nature

Et si, pour faire bouger les choses, le plus efficace consistait à montrer la splendeur de notre environnement ? C'est le pari de plusieurs maisons, qu'elles soient généralistes ou spécialisées. Dans Nature secrète, merveilles insolites du vivant (Dunod), l'animateur Patrick Baud et le biologiste Pierre Kerner partent à la découverte des espèces les plus surprenantes qui peuplent la Terre. Valentina Facci rassemble également Les merveilles de la nature chez Vilo, une collection de paysages spectaculaires, et le photographe Stanley Leroux se concentre sur les îles Malouines, avec des clichés quasiment picturaux tout en harmonies de blanc, de beige et de bleu (Cinquantièmes hurlants, voyage aux confins du monde, chez Heredium). La démarche de Bernard Descamps est autre. Dans le recueil de photos en noir et blanc Natura (Filigranes), il s'attache à la beauté simple des roches, des arbres, de la ligne d'horizon entre ciel et mer. Chez Glénat, la majesté de notre voûte céleste s'affiche dans Le ciel la nuit, édité avec l'organisation internationale The World At Night. David Ross immortalise Les plus belles côtes du monde, Sophie Thoreau présente elle les « plus beaux sites du monde » du Patrimoine naturel de l'Unesco, tous deux aux éditions de l'Imprévu. Mais c'est du côté de la Salamandre que l'on ira chercher le pas de côté. Après Les arbres amoureux, l'éditeur fait paraître Les fleurs amoureuses, un beau livre illustré qui raconte l'histoire de la sexualité des plantes, et dévoile leurs ingénieux procédés pour assurer leur reproduction.

Pour découvrir au mieux cette nature épatante, le voyage s'impose. Les frontières s'effacent entre les guides d'inspiration à la fabrication luxueuse et les beaux livres traditionnels. Le best-seller Geobook, 1000 idées de séjour en France (Géo), entièrement mis à jour, revêt ses habits de fête avec marquage à chaud et dos toilé. Depuis un an, la collection des « Guides bleus » d'Hachette s'associe à l'éditeur de beaux livres allemand Gestalten. Le dernier né de cette collaboration, L'aventure à moto, de New York à Ushuaïa de Matias Coréa, est un road trip dans les grands espaces qui donne envie de s'évader. Chez Gründ, Nicolas Gardon recense 85 escapades pour ceux qui ne craignent pas les kilomètres de bitume (Les plus beaux endroits pour rouler). Alfred de Montesquiou roule lui Sur la route des extrêmes dans le nouveau label de beaux livres « Gallimard Voyage », et relate en textes et en images son périple sud-américain, de l'Argentine au Chili en passant par le Pérou, la Bolivie, l'Equateur ou le Brésil. Le Chêne, dans une logique identique, publie cet automne les deux premiers titres de sa nouvelle collection entre le guide et le bel ouvrage illustré, dédiés pour le premier à Venise, et pour le deuxième à L'Islande, tandis que Place des Victoires programme en cette fin d'année deux volumes, Andalousie et Toscane, dans sa collection souple « Mini tourisme » (9,95 €). Quant au Routard, il prévoit deux nouveaux grands formats (25x33 cm), France et Etats-Unis.

Entre musées et littérature

Dans le segment plus ciblé du livre d'art, les éditeurs ne ratent pas une célébration ou un anniversaire. Les 500 ans de la mort de Léonard de Vinci ont engrangé dès les premiers mois de l'année une impressionnante flambée de beaux livres. Et les parutions ne ralentissent pas, à quelques semaines de l'ouverture, au Louvre, de l'exposition dédiée au peintre et inventeur (24 octobre), qui a enregistré une foule de réservations dès juillet. Citadelles et Mazenod publie, dans sa collection de monographies « Les phares », une luxueuse édition sous coffret établie par l'historien de l'art Martin Kemp. Le catalogue officiel de l'exposition revient à Hazan, qui programme aussi la biographie Vie de Léonard de Vinci de l'architecte de la Renaissance Giorgio Vasari, annotée par Louis Frank. EPA se concentre sur les connaissances anatomiques de l'auteur de la Joconde et confie son Léonard de Vinci, l'aventure anatomique, au chirurgien Dominique Le Nen, Flammarion dresse le portrait de l'Italien à travers un choix de dessins tirés de la Royal Collection britannique (Léonard de Vinci, Le génie en dessins). Si le plus vaste musée du monde, qui a battu son record de fréquentation en 2018 (10,2 millions de visiteurs, en hausse de 25 %), semble bien parti pour faire encore mieux cette année, l'engouement pour les institutions muséales ne se dément pas, en particulier à Paris, et ce malgré un possible « effet gilets jaunes ». « Le monde nouveau de Charlotte Perriand », visible jusqu'au 24 février à la fondation Louis Vuitton, a conduit plusieurs éditeurs à se pencher sur le destin de l'architecte française, parmi lesquels Norma, qui a publié le 4e et dernier volume de ses Œuvres complètes. Le Grand Palais affiche une programmation automnale flamboyante, entre L'âge d'or de la peinture anglaise, de Reynolds à Turner, jusqu'au 16 février, la monographie Toulouse-Lautrec, résolument moderne, jusqu'au 27 janvier, et la rétrospective Greco, jusqu'au 10 février. Les parutions dans le segment vont bien au-delà du catalogue d'exposition. « Bacon en toutes lettres », l'exposition événement du Centre Pompidou (20 janvier), a ainsi donné lieu à un roman graphique au Chêne, et à un très bel ouvrage sous jaquette transparente orangée, Francis Bacon ou la mesure de l'excès, chez Gallimard. Jusqu'au 16 février, l'exposition Tolkien, voyage au Terre du milieu à la Bibliothèque nationale de France, la plus grande réalisée sur le sujet, promet un regain d'intérêt général pour l'œuvre du créateur du Hobbit et du Seigneur des anneaux. Mentionnons à ce sujet le superbe volume Tolkien, Créateur de la Terre du Milieu, de Catherine MacIlwaine (Hoëbeke), illustré de plus de 300 images, cartes dessinées ou lettres issues des manuscrits de l'auteur, et qui permet une plongée rare dans son imaginaire.

Cette publication, ainsi qu'une poignée d'ouvrages programmés en cette fin d'année, confirme les liaisons fructueuses entre beau livre et littérature. Dans Le monde selon Gide (Flammarion), Jean-Claude Perrier explore en 250 documents la vie et l'œuvre de celui qui aurait eu 150 ans cette année. Flammarion toujours programme Les vies de Colette, présentant la personnalité volontaire de l'écrivaine, quand Gallimard traduit Ernest Hemingway, archives d'une vie, qui s'attarde sur des éléments intimes de la vie de l'Américain. Hazan offre un coffret au dialogue entre La Fontaine et Marc Chagall (Les Fables de La Fontaine illustrées par Chagall), Philippe Picquier fait paraître une nouvelle édition de ces mêmes Fables illustrées par des maîtres de l'estampe japonaise. Les célébrations du centenaire de la naissance de Boris Vian, en 2020, prennent enfin un peu d'avance avec la parution du livre anniversaire édité par Heredium. Outre des centaines de photos dont de nombreuses inédites du célèbre « zazou », l'ouvrage s'articule autour de 100 dates, 100 titres de disques, 100 objets, 100 livres choisis dans la masse de ses écrits et 100 amis qui ont traversé son existence, sans oublier 100 aphorismes dont lui seul avait le secret. 

Les femmes en première ligne

Les meilleures ventes ne mentent pas. Classés depuis 56 et 46 semaines dans le top 50 « beaux livres » GFK/Livres Hebdo (classement du 3 juin au 1er septembre, LH 1230), Les femmes qui lisent sont dangereuses, de Laure Adler et Stefan Bollman, et Les femmes artistes sont dangereuses, de la même Laure Adler avec Camille Vieille, parus chez Flammarion, confirment l'entrain des éditeurs à mettre en lumière le beau sexe. Phaidon célèbre les créatives dans l'album -illustré 400 femmes artistes, et consacre un album aux femmes architectes, longtemps maintenues dans l'ombre des hommes (Breaking ground, architecture au féminin). Eyrolles enrichit sa galerie de portraits d'avant-gardistes avec Audacieuses : 50 + 10 femmes pionnières, tandis qu'Actes Sud publie le catalogue de l'exposition arlésienne Femmes à l'œuvre, femmes à l'épreuve, qui témoigne du quotidien de femmes américaines dans les années 1970. Le mot et le reste s'intéresse aux rappeuses (Ladies First, le rap féminin en 100 albums), et Prisma aborde la condition féminine, avec Une histoire mondiale illustrée des femmes (coédition DK), à la belle couverture magenta. Denis Rouvre, pour Textuel, donne la parole à 60 femmes ayant subi des violences (Elles brisent le silence, photos et témoignages). Le charme féminin, enfin, s'épanouit dans les pages des beaux livres. Chez Hazan, avec Les femmes célébrées par les grands maîtres de l'estampe, et chez Hozhoni, dont le Et la beauté me foudroie, de Hans Silvester, documente la vie des femmes de l'ethnie Hamer, en Ethiopie.

« Redéployer notre action en direction de la librairie »

Pascale Le Thorel.w - Photo OLIVIER DION

Présidente du groupe Art et beaux livres du SNE, réélue pour la seconde fois il y a un an, Pascale Le Thorel, la directrice des éditions Beaux-Arts de Paris évoque les grands axes de son action.

Livres Hebdo : Comment le segment beaux livres a-t-il évolué en dix ans ?

Pascale Le Thorel : Le secteur était fait autrefois de petites maisons, mais c'est de moins en moins le cas, car beaucoup de grandes maisons généralistes ont développé leur département. Par ailleurs, la distinction entre les éditeurs d'art et les éditeurs de beaux livres n'a plus vraiment lieu d'être, c'est pourquoi nous avons décidé de changer le nom du groupe au SNE, d'« art » à « art et beaux livres » il y a quatre ans. L'idée d'une certaine élite n'existe plus. Enfin, le prix des livres a considérablement baissé. Cela va avec la démocratisation de l'art, qui amène les gens davantage dans les musées.

Vous êtes à la tête du groupe depuis 2009. Quel bilan tirez-vous de votre action ?

P. L. T. : Sous la mandature précédente, l'accent avait été mis sur les rencontres en bibliothèque. De mon côté, j'ai redéployé notre action en direction de la librairie. Nous nous sommes rendus pour la première fois aux Rencontres nationales de la librairie, et nous avons créé le temps fort d'automne « J'aime le livre d'art ». Cette opération, soutenue par le CNL, la Sofia et le SLF, fonctionne en deux temps. Une trentaine d'éditeurs font un effort sur le prix d'un ou deux ouvrages, nous réunissons ces titres dans un catalogue, et les libraires votent pour le prix « J'aime le livre d'art », remis cette année le 6 novembre à l'Institut national d'histoire de l'art. C'est un coup de projecteur bénéfique avant la période stratégique des fêtes. Puis, du 7 novembre au 7 décembre, les librairies participantes montent des vitrines avec les affiches et kits de l'opération, et participent à un prix de la plus belle vitrine, remis en janvier avec un week-end culturel pour le lauréat.

Quelles sont les nouveautés de cette 3e édition ?

P. L. T. : L'opération n'a cessé de rassembler, et fédère aujourd'hui près de 400 libraires. Cette 3e édition marque l'entrée en pistes des diffuseurs et distributeurs, qui recueillent les candidatures des libraires. Pour la première fois, nous organisons aussi une tournée en librairie des auteurs phares du secteur.

RMN-Grand Palais, quand la diversification paye

En 2019, pour la deuxième année consécutive, la RMN-Grand Palais figure dans le top 20 des éditeurs affichant la plus forte croissance (voir LH 1223). Cela tient évidemment à la fusion de la filiale Artlys dans la maison mère, en 2017, mais pas seulement : « Toute la stratégie de la maison a été repensée, pour toucher de nouveaux publics », indique Sophie Laporte, directrice éditoriale depuis janvier 2016. Si le catalogue, qui tend vers l' « ouvrage de référence qui fera date », reste le produit phare de l'offre liée aux expositions, l'éditrice et son équipe proposent des « à-côtés, plus accessibles quant aux contenus, plus légers au niveau du prix », à l'image des Journaux d'exposition, à 6 €. La RMN cible aussi plus la jeunesse. A l'occasion de l'exposition Miró (octobre 2018), Sophie Laporte a relancé la collection de dictionnaires en éditant un abécédaire coloré, mais aussi Le tour du ciel, coédité par Calmann-Lévy, 12 tableaux de Miro reliés par une histoire racontée par Daniel Pennac  pour les 6 ans et plus. Pour varier les formats, les partenariats avec d'autres éditeurs sont amenés à se multiplier, à l'image de celui noué avec les Editions animées pour -Toulouse-Lautrec et Léonard de Vinci, cet automne. Mais pour élargir le spectre, il faut être « force de proposition auprès des institutions », relève la directrice éditoriale. La collection « Pourquoi c'est connu ? », lancée en octobre 2017, a séduit Jean-Luc Martinez, le président-directeur du musée du Louvre, qui a signé pour Le fabuleux -destin des icônes du Louvre, paru en juin dernier. Pour Sophie Laporte, l'avenir du beau livre tient dans l'originalité des axes éditoriaux, et des fabrications. Pour l'exposition « Par Hasard », à la Vieille Charité (Marseille) jusqu'au 23 février, elle a misé sur un catalogue rappelant la forme d'un dé, quand le livre Le rêve d'être artiste, lié à l'exposition éponyme du Palais des Beaux-Arts de Lille, tend vers la narrative non-fiction.

La fabrique à rêves

Pour dynamiser leur offre tout au long de l'année ou se démarquer dans une période aussi concurrentielle que les fêtes de Noël, les éditeurs de beaux livres s'aventurent dans de nouveaux formats et osent les fabrications hors normes. Tour d'horizon pour s'émerveiller.

La belle et les bêtes de Coco Fronsac, Hélice Helas. - Photo HÉLICE HELAS

Le beau livre est mort, vive le livre-objet ! Comme s'ils s'étaient passé le mot, plusieurs éditeurs ont élargi leur offre illustrée à des formats hybri-des au fil des dix-huit derniers mois, et explorent l'axe du livre à afficher. La BNF a ouvert le bal au printemps 2018, en créant une collection de livres-posters, soit un texte de présentation signé par un conservateur et vingt-deux planches détachables. Après deux titres l'an passé, Toulouse Lautrec, Nuits de Paris, et les Contes de Perreault illustrés par Gustave Doré sont parus le 3 octobre. Flammarion a suivi le mouvement dès cet été, et fait migrer le livre sur les murs avec « Accrochages », 21 reproductions de peintures, dessins ou gravures à détacher. Herbier, le premier livre d'art qui s'accroche !, avec des textes de Cindy Lermite, est paru le 18 septembre. Lancée début octobre, la collection « Lontano » d'Actes Sud s'approche davantage du format poster (42 x 30 cm), avec ses 40 affiches par volume pour explorer au mieux l'univers d'un artiste contemporain. Pour Noël, le label de Prisma National Geographic joue l'offre cadeau avec l'album photos Peninsula de Thierry Suzan sous coffret, et ses cinq tirages à encadrer.

Au rang des formats qui en jettent, le leporello, ce livre qui se déplie façon accordéon, tient le haut de l'affiche. Le Chêne donne à voir le Canalasso de Venise avec Grand Canal, de Laurent Dequick (20 novembre), à déplier de sa rive ouest à sa rive est sur 38 mètres. L'éditeur suisse Hélice Helas opte aussi pour cette jolie fabrication et déploie la série onirique La belle et les bêtes, de Coco Fronsac. Hazan propose également une conception en accordéon sous coffret pour Hiroshige, paysages célèbres des soixante provinces du Japon.

Détails soignés

Le soin apporté aux plus délicats détails fait souvent la différence. Pour Martin de Halleux, qui a lancé la maison à son nom il y a un an, « la fabrication du livre est constitutive de l'acte éditorial, autant que le fond, et le design ». La dimension sensorielle est l'une des clés de la réussite en librairie, mais nul besoin d'aller dans la surenchère. Pour Félix Valloton, Intimité(s)... et le regard de Jean-Philippe Toussaint, il a opté pour un noir Pantone spécifique pour avoir un rendu très profond. Plus pop, les titres du catalogue de l'exposition Vampires de la Cinémathèque française (RMN-GP) se révèlent dans une typographie en coulures, comme du sang frais. Les éditions du Patrimoine apportent enfin un supplément d'âme au catalogue de l'exposition « Marie-Antoinette, métamorphoses d'une image » en proposant de découper des pages scellées pour découvrir des gravures érotiques de la reine.

Les fêtes sont aussi l'occasion pour quelques éditeurs de mettre sur le marché des livres exceptionnels, au prix élevé. Diane de Selliers présente ainsi La Genèse de la Genèse, illustrée par l'abstraction, un livre sous coffret à 230 €. Dans cette nouvelle traduction poétique par Marc-Alain Ouaknin, les 11 premiers chapitres de la Bible conversent avec 104 œuvres, derrière une couverture en blanc scintillant et un titre apposé au fer à chaud, qui change de couleur selon l'orientation. Chez Citadelles & -Mazenod, la collection « livres d'exception » accueille un nouveau volume avec La tapisserie de Bayeux, de Xavier Barral I Altet et David Bates (690 €). Soit une boîte en toile contenant un livre de commentaires et un dépliant de la tapisserie de 32 mètres, invitant à se perdre dans l'observation de cette fresque brodée. 

Les stars changent de rayon

De la littérature au beau livre il n'y a parfois qu'un pas, que les grands noms de l'essai ou de la fiction s'empressent de franchir, suivant le modèle de La vie secrète des arbres, de Peter Wohlleben (Les Arènes), dont la version illustrée truste les meilleures ventes. Chez Michel Lafon, Lorànt Deutsch offre une riche iconographie faite de reproduction de gravures, peintures et sculptures à son Romanesque : la folle histoire de la langue française, paru en 2018 (Romanesque en images). Bernard Werber décline son Encyclopédie du savoir relatif et absolu, initialement paru en 2000 chez Albin Michel, en une Encyclopédie du savoir relatif et absolu des chats, largement illustrée. Laurent Gounelle, l'un des gros vendeurs du segment « roman de développement personnel », s'intéresse à l'art dans son nouvel ouvrage, co-édité par Calmann-Lévy et la RMN. L'art vous le rend bien, écrit avec la docteure en histoire de l'art Camille Told, nous apprend à écouter nos émotions face à une sélection d'œuvres. Dans un autre registre, Maitre Gims, auteur d'un manga chez Glénat et dont l'autobiographie Vise le soleil s'était vendue à 20 000 exemplaires chez Fayard en 2015, revient en librairie avec un beau livre chez Hugo Image, Gims, Fuego Tour : de la scène au backstage, dans lequel il documente sa dernière tournée, avec les photos de Little Shao.






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