1er septembre > Premier roman France

Elle est frondeuse, réfractaire, un peu paumée : Fanon, 14 ans, est l’héroïne du premier roman d’Anne Françoise Brillot. Dans la banlieue ouest de Paris, entre cités et zones pavillonnaires où elle grandit au milieu des années 1970, on roule en mob, on dit "ça gaze ?" ou "ils sont barges". On écoute Johnny Winter, John Lee Hooker, Santana et Joe Cocker, la BO de l’époque. Fanon porte des jeans Levis avec un ceinturon et des bottes Gardian, comme les garçons plus âgés qu’elle fréquente. Avec eux elle se sent "en confiance". Elle traîne aux heures où les enfants de son âge dorment. Chez elle, c’est un autre monde, celui des maisons en meulière avec parc, près de la cité voisine. Dans sa famille décomposée, elle est celle du milieu, entre un grand frère parti vivre ailleurs et une sœur de deux ans sa cadette.

Fanon est attachante comme le sont les petites filles poussées trop vite et dont les airs dessalés masquent la fragilité et la colère intérieure. Certains l’appellent "Petite", pourtant Fanon s’emploie à faire la grande, ment sur son âge. Et on a peur pour elle, qui prend des risques, ne cesse d’expérimenter les limites - le roman fait monter la tension comme dans un polar. L’adolescente n’est pas le seul Petit animal sauvage : il y a aussi une jument affolée, un renard au fond d’un jardin, un chien de berger martyrisé, des poussins d’élevage, des veaux menés à l’abattoir, des sangliers qui franchissent à la nage un bras de mer… Des jeunes bêtes en fugue ou qui tentent d’échapper à leur sort.

L’écriture d’Anne Françoise Brillot, photographe de plateau et réalisatrice de documentaires, est marquée par son métier. Le découpage et le montage en saynètes révèlent, en remontant le temps des moments de l’enfance de la jeune fille, une langue directe et factuelle, notant sans juger. Ils composent en images fragmentées le portrait de Fanon l’effrontée, figure intemporelle d’une adolescente en rupture. V. R.

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