Disparition

Planeta après José Manuel Lara

José Manuel Lara - Photo a. vannucchi

Planeta après José Manuel Lara

Le groupe espagnol propriétaire d’Editis a perdu son P-DG. Il devrait toutefois rester dans le giron de la famille Lara et, à court terme, ne rien changer à sa stratégie.

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Par Christine Ferrand
Créé le 06.02.2015 à 01h03 ,
Mis à jour le 06.02.2015 à 10h31

La presse espagnole a salué de façon unanime la mémoire de José Manuel Lara. Le patron du groupe Planeta, propriétaire depuis 2007 du français Editis, s’est éteint à 68 ans le 31 janvier.

Il avait pris les rênes du groupe espagnol en 2003 à la mort de son père, qui l’avait fondé en 1949. Planeta est resté jusqu’à aujourd’hui dans le giron de la famille Lara, et tout laisse à penser qu’il le restera à l’avenir, José Manuel Lara ayant déjà placé deux de ses quatre enfants, José et Pablo, à des postes de responsabilité dans l’entreprise. Reste qu’une guerre de pouvoir n’est pas totalement exclue entre les enfants de José Manuel Lara et la famille de son frère, mort accidentellement à la fin des années 1990, qui possèdent 50 % des parts de l’entreprise.

En douze ans, malgré les difficultés liées à la crise économique des toutes dernières années, José Manuel Lara a conduit la maison d’édition familiale au huitième rang de l’édition internationale, comme en témoigne notre dernier classement Livres Hebdo de l’édition mondiale (1), constituant un géant de la communication, largement diversifié dans la presse, la radio et la télévision, la production et la distribution de films. Planeta, présent dans 25 pays, dont les Etats-Unis, avec plus de 100 marques éditoriales (voir encadré), est aujourd’hui le principal exportateur de livres en Amérique latine.

Francophiles

Cette politique offensive lui vaut le qualificatif de "stratège" sous la plume de l’écrivain Edouardo Mendoza dans El País, tandis que d’autres voient en lui le "symbole même" du métier d’éditeur. Son confrère Jorge Herralde, à la tête de la maison d’édition très littéraire Anagrama, assez éloignée de la conception aux multiples canaux de Planeta, souligne lui aussi "qu’il s’est toujours senti un éditeur, a toujours aimé le livre et s’est soucié de son avenir".

En 2008, José Manuel Lara a racheté à Ernest-Antoine Seillière le groupe français Editis. Par opportunité stratégique, mais aussi par goût pour la culture et la langue française, comme le souligne le P-DG d’Editis, Alain Kouck.

Jeune homme, José Manuel Lara a en effet fait ses classes à Paris chez Larousse, où il est entré en 1963, après des études d’économie. Dans les années 1970, c’est l’empire Hachette qui force son admiration et qu’il ambitionne d’égaler. "Ma famille et notre groupe sont profondément francophiles, nous avait-il confié en avril 2008 au moment du rachat d’Editis. Nous avons cherché depuis longtemps à nous implanter dans ce pays de culture proche de la nôtre et dans le métier d’origine de Planeta, à savoir l’édition."

Au cours des trois dernières années, le groupe Planeta a subi de plein fouet les effets de la crise économique en Espagne. En 2013, son chiffre d’affaires s’est établi à 1,566 milliard d’euros contre 1,675 milliard en 2012.

Dans ce contexte difficile pour la presse et l’édition, quelle conséquence aura la disparition du tycoon sur le groupe ? Tout est a priori prévu pour éviter son démantèlement et personne ne prévoit un changement de stratégie à moyen terme. Reste que le talent d’entrepreneur d’édition ne se transmet pas comme des actions.

(1) Voir LH 1004, du 27.6.2014, p. 12.

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