En cette période de difficultés économiques, les bibliothèques américaines demeurent plus indispensables que jamais : c’est le message du rapport 2013 de l’Association des bibliothèques américaines (1). Il insiste sur leur rôle comme pôles d’accès aux nouveaux outils de l’information, comme lieux d’échange et de socialisation. A l’instar de tous les services publics, les bibliothèques pâtissent des coupes dans le budget fédéral, notamment des subventions attribuées aux Etats. Pourtant, rappelle le document, les bibliothèques publiques ne coûtent que 42 dollars (32 euros) par an et par habitant, alors qu’elles desservent 96,4 % de la population sur tout le territoire. Elles s’adressent particulièrement aux plus démunis : les deux tiers des bibliothèques proposent des ressources pour aider les usagers dans leur recherche d’emploi (les Etats-Unis comptent 12 millions de chômeurs) ; plus de la moitié des jeunes adultes et des seniors en situation de pauvreté les utilisent pour accéder à Internet et aux services en ligne des administrations.
L’année 2012 a été marquée par la question du prêt de livres numériques dans les bibliothèques publiques. Elles sont désormais 76 % à donner accès à des ebooks (une augmentation de 9 % par rapport à l’année précédente) et 39 % à proposer des tablettes ou des liseuses. Une évolution qui correspond à celle des usagers. Selon l’enquête du Pew Research Center paru à la fin de l’année dernière, la proportion d’Américains de plus de 16 ans lisant des livres électroniques est passé de 16 à 23 % entre 2011 et 2012, et la part de ceux possédant une liseuse ou une tablette de 18 à 33 %. Le rapport souligne la nécessité de trouver avec les éditeurs un accord sur le prêt de ces nouveaux supports en bibliothèque (trois grands groupes - Simon & Schuster, Macmillan et Penguin - refusent ou limitent toujours l’accès de leurs ebooks dans les bibliothèques) en prenant en compte l’ensemble de « l’écosystème de l’édition », y compris les auteurs, les intermédiaires et les agents littéraires.
Des bibliothèques universitaires éditrices
Les bibliothèques universitaires américaines ont, elles aussi, plus que jamais leur rôle à jouer : une enquête de 2011 montre que 75 % des étudiants ne savent pas comment trouver des ressources et des articles de recherche. Elles doivent cependant mieux valoriser leurs services : seuls 5 % des jeunes sondés indiquent le site Web de leur bibliothèque universitaire comme ressource en ligne la plus indispensable. Le rapport note un nouveau rôle que s’attribuent les bibliothèques de l’enseignement supérieur : elles sont de plus en plus nombreuses à se lancer dans l’édition savante sous forme numérique, en rendant leurs publications accessibles gratuitement par tous. Un moyen revendiqué de mutualiser les savoirs de leurs établissements et de limiter leurs achats auprès des éditeurs commerciaux. Véronique Heurtematte
(1) http://www.ala.org/news/state-americas-libraries-report-2013.