Séries d'été 2023

[Portrait de booktokeuse 2/6] : Pauline Locufier, réhabiliter les « sous-genres » littéraires

Passionnée, Pauline Locufier souhaite, après ses études, travailler au milieu des livres. - Photo Pauline Locufier

[Portrait de booktokeuse 2/6] : Pauline Locufier, réhabiliter les « sous-genres » littéraires

Tout l’été, Livres Hebdo vous propose de partir à la rencontre de celles qui font vivre le livre sur les réseaux sociaux, en particulier sur TikTok. Deuxième portrait de la série aujourd'hui avec Pauline Locufier, étudiante en lettres et représentante du #BookTok. Suivie par plus de 45 000 abonnés, elle partage sa passion pour le young adult et s’oppose à l’élitisme en littérature. 

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Par Elodie Carreira,
Créé le 27.07.2023 à 11h17 ,
Mis à jour le 27.07.2023 à 14h32

« A l’époque, je n’avais pas vraiment d’amis qui lisaient, je voulais échanger avec des gens comme moi ». Pauline Locufier a 14 ans lorsqu’elle poste sa première photo sur Instagram. La première d’une longue série de publications où la jeune femme, aujourd’hui âgée de 20 ans, étudiante en licence de lettres et membre du club phénomène #BookTok— pose face-caméra, un livre à la main. Désormais, les recommandations de la « Lectrice à plein temps », du nom de ses comptes TikTok et Instagram, sont suivies par plus de 45 000 abonnés, aussi fans de fantasy que leur influenceuse littéraire.

Lectrice depuis sa plus tendre enfance, Pauline Locufier dévore de nombreux classiques, du Journal de Mickey au Petit Nicolas, en passant par la bande dessinée de Julien Neel, Lou ! « Des lectures de petite fille qui vit à la campagne », résume-t-elle avec humour. Jusqu’à sa rencontre avec le libraire de sa ville d’Amboise, qui lui conseille L’attrape-cœurs, récit « d’un amour interdit mais qui conclut que l’on peut tous s’aimer, en dépit de nos différences culturelles ». De fil en aiguille, la jeune femme se découvre des narrations favorites, souvent issues de la fantasy, parfois tintées de romance, et dans lesquelles les intrigues « a priori légères, délivrent des enseignements plutôt psychologiques ». Parmi ses références, Qui es-tu Alaska de l’auteur américain à succès John Green, dans lequel la jeune lectrice décèle « une véritable philosophie du deuil », mais aussi la saga Hunger Games, Le Prince Cruel d'Holly Black, ou encore Extincta du français Victor Dixen.

L'authenticité, gage de popularité ?

Presque tous ont fait l’objet d’une vidéo sur son compte TikTok, lancé en novembre 2020 en plein confinement. Comme beaucoup d’autres internautes, Pauline Locufier a commencé à se filmer, une pile de livres à thèmes ou à couleur dans les bras, pour échapper à l’inertie de jours sans fin. Sourire aux lèvres devant une bibliothèque garnie, elle donne en quelques minutes son avis sur ses dernières lectures. Le format, inspiré des comptes anglo-saxons, n’empêche pas la jeune femme d’ajouter sa touche personnelle, le but étant d’être « la plus naturelle possible, de m’adresser à ceux qui me regardent comme à une amie ». Très vite, Pauline Locufier gagne en popularité. En quelques semaines, des dizaines de milliers de personnes suivent le contenu de la jeune lectrice, invitée dans la foulée au Salon du Livre de Paris comme représentante du #BookTok.

« La première fois où j’ai été rémunérée, c’était avec la Fnac. C’était un truc de dingue pour moi », se souvient celle pour qui les partenariats sont devenus désormais le lot quotidien. Au point de pouvoir en vivre ? Pas tout à fait. « C’est une passion pure et dure. Ça m’aide en tant qu’étudiante mais je suis obligée de travailler à côté. Mon plus gros partenariat a été de 650 euros, avec Pocket Jeunesse. Il comprenait un live, deux publications, un TikTok et un Reels », raconte-t-elle. La booktokeuse sélectionne d’ailleurs avec attention ses collaborations et ne manque pas de faire connaître ses déceptions : « J’essaye d’être totalement honnête. Par exemple, j’ai beau avoir adoré Le Passe-Miroir de Christelle Dabos, j’ai beaucoup moins apprécié Ici et seulement ici, et je ne m’en suis pas cachée ».

Des genres littéraires mal-aimés

Lectrice exclusive de young adult, de fantasy, de romance ou encore de manga, Pauline Locufier décline également toutes les propositions qui n’incluent pas cette littérature. N’en déplaise à ceux qui la taxe de « sous-genre ». « Certains critiques littéraires nous défoncent. Ils racontent qu’on recommande des torchons parce qu’ils pensent qu’on ne peut pas combiner lecture et réseaux sociaux », s’insurge la booktokeuse. Qu’importe. La jeune femme compte bien poursuivre son activité et continuer à « lutter pour que le young adult soit autant lu par un public de jeunes que d’adultes ».

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