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Pourquoi Joseph Andras a refusé son Prix Goncourt du premier roman

Joseph Andras - Photo S. REZVAN

Pourquoi Joseph Andras a refusé son Prix Goncourt du premier roman

Le lauréat surprise du Goncourt du premier roman 2016 a indiqué par une lettre à l'Académie, jeudi 12 mai, que la distinction était contraire à sa conception de la littérature.

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Par Marine Durand,
Créé le 13.05.2016 à 16h46,
Mis à jour le 14.05.2016 à 17h42

Lauréat inattendu du Goncourt du premier roman 2016 alors qu'il ne figurait pas dans la sélection, le romancier Joseph Andras a refusé la récompense, a annoncé l'émission de France 5 "La grande librairie", jeudi 12 mai.

Le jeune auteur de De nos frères blessés, paru le 11 mai chez Actes Sud, l'a indiqué dans une lettre envoyée à l'Académie Goncourt et transmise par la maison à Livres Hebdo. Joseph Andras, qui souhaite éviter la médiatisation, y remercie les membres de l'Académie mais explique que les distinctions sont contraires à sa conception de la littérature, et qu'il ne peut accepter le Goncourt du premier roman 2016.

"J'ai pris connaissance du prix "premier roman" attribué à De nos frères blessés par l'Académie Goncourt. Que ceux qui ont trouvé quelque intérêt à ce livre soient ici sincèrement remerciés – il n'en reste pas moins que je ne peux l'accepter: la compétition, la concurrence et la rivalité sont à mes yeux des notions étrangères à l'écriture et à la création", indique l'écrivain dans sa brève lettre.

"La littérature, telle que je l'entends en tant que lecteur et, à présent, auteur, veille de près à son indépendance et chemine à distance des podiums, des honneurs et des projecteurs. Que l'on ne cherche pas à déceler la moindre arrogance ni forfanterie dans ces lignes: seulement le désir profond de s'en tenir au texte, aux mots, aux idéaux portés, à la parole occultée d'un travailleur et militant de l'égalité sociale et politique."

Le précédent Julien Gracq

Contacté par Livres Hebdo, Bernard Pivot, le président de l'Académie Goncourt s'est avoué un peu surpris par le refus du lauréat. "Son éditrice, que nous avions prévenue lorsque De nos frères blessés s'est retrouvé parmi les finalistes, nous avait informé qu'il ne viendrait pas à la remise, car il ne souhaite pas entrer dans le circuit médiatique, ce que je peux comprendre. Mais j'ai trouvé plus étonnant, et un peu dommage, qu'il ne nous ait pas prévenu qu'il refuserait le prix dans le cas où il l'obtiendrait."

Marie Desmeures, l'éditrice de Joseph Andras chez Actes Sud, s'en est expliquée auprès de Livres Hebdo, soulignant qu'un léger malentendu était derrière ce coup de théâtre. "En annonçant qu'il n'irait pas recevoir le Goncourt du premier roman s'il le recevait, Joseph Andras pensait en fait qu'il annulait ses chances de le recevoir. Il est opposé à toute forme de concours, de médaille, de prix littéraire, et il est par ailleurs très indépendant et ne voulait pas avoir le sentiment d'être redevable à cette institution. De mon côté, je n'ai pas imaginé un instant qu'il le refuserait dans le cas, assez peu probable, où il le recevrait."

Avant Joseph Andras, Julien Gracq est le seul lauréat à avoir refusé le Prix Goncourt, en 1951 pour Le rivage des Syrtes (Corti). Aucun auteur n'avait encore refusé le Prix Goncourt du premier roman, créé en 2009 et ayant pris la suite des bourses Goncourt, fondées en 1990.

Commentaires (7)

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g

gérard

il y a 4 ans à 21 h 27

Il est évident que cette histoire est montée de manière artificielle, pour créer le buzz. Le problème de ce roman, c'est qu'il n'est pas très intéressant et du coup les médias ne s'y intéressent pas vraiment. Pour des raisons tactiques, l'auteur (qui est certainement un écrivain parisien établi qui se fait passer pour un ermite normand) doit, pour que la sauce médiatique monte, apparaître vexé qu'Eric Emmanuel-schmitt le considère comme un prodige. Malheureusement pour toute cette mascarade, une Elena Ferrante ne se monte pas de toute pièce, et personne n'est dupe. Pourquoi ce Andras, que seule son éditrice jure d'avoir rencontrer, accepte-t-il de se faire prendre en photo? Passé l'été, tout sera oublié, mais quelques éditeurs auront acheté les droits sur le french Ferrante... g


r

robert

il y a 4 ans à 00 h 00

Et puis il faudrait peut-etre etablir les regles une fois pour toutes. Le laureat doit etre preselectionne et pas arriver en fin de parcours, comme un cheveu sur la soupe. N'est_ce aps la moindre des choses de respecter les autres nomines qui ont du passer par les qualifications? Ou alors il suffir de dire que le jury choisira comme il veut quand il veut et sans rendre de compte a personne.


C

Cosette

il y a 4 ans à 10 h 10

deux fautes d'accord dans la citation de Bernard Pivot, c'est un peu fort, non?


d

dutestres

il y a 4 ans à 11 h 38

À lire vos aigreurs , on comprends mieux son besoin de rester loin des gens de votre ...sic


v

Véronique

il y a 4 ans à 10 h 33

En lisant ce matin le refus du prix par cet auteur, j'ai apprécié qu'il ait lui-même, sans doute, fait observé l'irrégularité d'un prix Goncourt décerné AVANT la parution du livre. Je suis donc d'autant plus surprise du contenu de sa lettre. La personne semble n'avoir pas compris qu'il s'agit d'une reconnaissance, non d'une compétition. En principe du moins, car comment peut-on décerner un prix (le 9) à un ouvrage non encore divulgué (le 11) ? C'est d'abord une question de droit, sur laquelle le public attend une réponse compétente. C'est ensuite une remise en cause du prix et de son jury. C'est enfin la remise à sa place d'une attitude de pruderie.


l

Patrick

il y a 4 ans à 10 h 45

Bref! En lisant le différents avis on n'y comprend plus rien, et comme nous n'avons pas lu le livre nous n'avons pas encore d'avis, paix à ton âme Emile Ajar!


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