À Lyon, le week-end de Pâques est synonyme d'arrivée du printemps mais aussi, plus que jamais, de littérature policière. Pendant trois jours, du 3 au 5 avril, la 22e édition de Quais du Polar a une nouvelle fois déplacé les foules, avec près de 100 000 festivaliers et festivalières recensés. Partout, entre Rhône et Saône comme dans l'ensemble de la métropole, 250 évènements ont attiré le public de toute la France, voire de bien plus loin.
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Dès le vendredi matin, les files d'attente pour obtenir des dédicaces des stars du roman noir s'allongeaient déjà au Palais de la Bourse et à l'Hôtel de Ville, les deux cœurs battants d'un festival devenu au fil des années l'un des tout premiers temps forts du livre en France. Côté programmation grand public, le festival a comme à son habitude infusé son énergie dans tout Lyon : célèbre grande enquête urbaine qui investissait cette année les rues de Gerland, projections dans les cinémas de la région, rencontres dans les médiathèques, balades de justice dans le centre-ville, bus des experts, joutes de traductions… Partout, les rencontres littéraires, rendues possibles grâce au réseau de 450 bénévoles, affichaient complets, dans une programmation toujours à la fois populaire, très dense et ouverte sur l'international.
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La grande librairie du polar, au palais de la bourse, épicentre du festival- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Cette année, pas moins de 132 autrices et auteurs, en provenance de 21 nationalités, figuraient parmi les invités, avec, parmi l'interminable liste de têtes d'affiche : Guillaume Musso, Franck Thilliez, Michel Bussi, Bernard Minier, Olivier Norek, Don Winslow, Dolores Redondo, R.J. Ellory, Søren Sveistrup, Shari Lapena… Ceci avec un succès commercial qui est logiquement parvenu à se maintenir. « Dans une période de crise pour la librairie indépendante, le livre et la lecture, le festival s'affirme comme un îlot de résistance, avec un chiffre d'affaires qui se maintient à 400 000 euros pour sa grande librairie », fait part la direction de Quais du polar.
Une mécanique pro bien rodée
Mais la manifestation ne se limite plus à ses rendez-vous grand public. Polar Connection, le programme professionnel parallèle s’est déployé sur trois jours au Palais de la Bourse, sous forme de tables rondes, conférences, ateliers, sessions de pitchs, présentations de catalogues, rendez-vous BtoB et moments d’échanges plus informels.
Au programme, outre les traditionnelles tables rondes, conférences et rendez-vous B2B : polar à l'écran et tendances côté série, IA générative, collaboration avec les experts de la police, rencontre avec ceux d'Interpol, rapport d'expériences croisées entre grand-messes mondiales du polar (de la Semana Negra de Giron au Seoul Writer International Festival en Corée du Sud), échanges entre traducteurs, remise de prix (voir encadré), étude de cas, pitchs de projets de polar ou d'adaptations, présentations de catalogues d'éditeurs, rencontres de la Scelf, ateliers d'écriture, masterclass, apéritifs en tous genres…
Les rencontres de la Scelf- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
L'Association internationale des libraires francophones (AILF) est ainsi venue présenter une ambitieuse cartographie du polar francophone, issu d'un an de travail collaboratif avec une centaine de librairies réparties dans 60 pays. La carte en ligne propose une sélection de titres géolocalisés selon le lieu de l’intrigue, accessible via QR code, avec des capsules de présentation pour chaque œuvre.
Maryline Noël, libraire à Santiago du Chili et membre de l’AILF, a insisté sur le potentiel multifonction de l’outil : « Le projet a été pensé pour un usage multiple : comme ressource pour nos libraires membres en quête d’idées de titres, comme support d’animation en librairie, tout comme pour nos clients francophones qui voyagent ».
Olivier Truc, passé du journalisme en Laponie à star du polar (de la Police des rennes à son tout dernier ouvrage réalisé avec le musée des Confluences de Lyon, La Baleine et le Berger chez Cambourakis), est venu pour sa part donner un témoignage vivant sur la vitalité du polar francophone à l'international, en partageant ses expériences de tournées en librairies francophones et en Alliances Françaises, de Jérusalem à Karachi.
L'importance des couvertures… et de l'audio
« Le vert ou le bleu font-ils moins vendre ? Faut-il mettre un personnage en couverture ou non ? Mettre un bandeau jaune « Police do not cross » est-il rédhibitoire ? ». Un autre échange marquant des rencontres professionnelles s'est ensuite intéressé aux univers graphiques du roman policier. Plusieurs maisons d'édition venaient y évoquer tout le travail aussi crucial que méconnu sur la maquette et l'identité visuelle des polars : couverture, illustration, création de typo, filets, titres… « Dans un marché en tension, la couverture est la première pub d’un livre ! », a lancé Carine Verschaeve, éditrice chez Belfond et responsable de Belfond Noir. « Lorsqu'un livre ne marche pas, c'est toujours la faute de sa couverture ! », a-t-elle lancé.
Lors de Polar Connection- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
« Les gens se lassent de tout : on adore certains graphismes de séries, jusqu'au jour où on les voit plus du tout », a poursuivi Sylvia Alterio, directrice artistique chez Actes Sud Littérature. Loïc Desroches, de la librairie Le Furet à Rennes, a lui pointé « un quasi-fétichisme » des lecteurs de polar pour les graphismes. Miles Hyman, peintre et créateur des couvertures Rivages Noir (une référence du genre depuis près de 40 ans), a présenté ses croquis et son processus de travail : accompagner l’évolution de la collection, tout en restant fidèle à l’esthétique, et en sortant des clichés que sont la bande jaune « police », les voitures et les gouttes de sang, pour aller vers l’inattendu. Ont notamment été disséquées ses dernières couvertures très colorées réalisées pour les romans de Jim Thompson.
Autre nouvel allié indispensable du rayon polar : le livre audio, qui a lui aussi été passé au crible. Une présentation de Constance Parpoil, consultante, a exploré les modèles économiques du genre (vente à l'achat, abonnements, crédit temps, formules illimitées…), et a appris aux professionnels présents que 70 % des Suédois avaient une application de lecture audio, dans un marché où 60 % des livres sont vendus en ce format…
« En France, le livre audio est un petit modèle économique qui tourne, les podcasts se cherchent encore, la fiction sonore ambitieuse dépend, elle, beaucoup des subventions », a poursuivi Auriane Cabot, responsable marketing et numérique chez Audiolib, maison qui revendique en 18 ans la production de 2 000 titres avec 500 voix différentes.
A suivi une découverte de métiers méconnus, comme les bruiteurs de livres audio, mais aussi un débat sur le choix des meilleures voix par les studios de production. Hippolyte Audouy, comédien voix-off et auteur de fictions sonores, a insisté sur « le rôle des silences et des repos en contrepoint de la tension ». Mehdi Bayad, auteur polar et créateur radio, a évoqué une « création sonore en pleine ébullition, mais encore trop peu connue ».
Tous les prix remis à Quais du Polar 2026
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Prix des lecteurs Quais du polar / Le Figaro : On ne mange pas les cannibales de Stéphanie Artarit (Belfond).
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Mention étudiants, en partenariat avec le Crous : Le Livre des prodiges d’Olivier Ciechelski (Le Rouergue).
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Mention Polar derrière les murs : On ne mange pas les cannibales de Stéphanie Artarit (Belfond).
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Prix Jeunesse Quais du polar / Ville de Lyon : Le Secret de Golden Island de Natasha Farrant, traduit par Marie Leymarie et illustré par David Dean (Gallimard Jeunesse).
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Prix Polar en Séries / SCELF : Les Sept robes de Tristan Saule (Le Quartanier).
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Prix Polar et Justice du Tribunal Judiciaire de Lyon / Libération : La Collision de Paul Gasnier (Gallimard).
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Prix BD Polar Expérience / France 3 Auvergne-Rhône-Alpes : IRL de Mark Eacersall, Henri Scala et Jérôme Savoyen (Glénat).
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Prix Quais du polar des bibliothécaires de la métropole de Lyon : Nulle part où revenir de Henry Wise, traduit par Julie Sibony (Sonatine).
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Prix Le Point du polar européen : Le Sang des collines de Scott Preston, traduit par Paul Matthieu (Albin Michel).
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Prix Claude Mesplède : Catherine Fruchon-Toussaint, pour son émission Café Polar sur RFI.
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Concours de nouvelles Quais du polar / Babelio, parrainé par S. Khara : Ainsi soit-il d’Antoine Gateau.
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Concours de nouvelles jeunesse Quais du Polar, parrainé par Jean-Christophe Tixier : Virus Mortel d’Adam Rizzotto (candidat libre) et Le Secret de la mine de Dahlia Lakhal (concours scolaire).
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Concours Court polar, nouvelles des lycéens en partenariat avec la Police nationale — Prix coup de cœur : La Ligne fracturée de Joss Leleux, au lycée Saint-Pierre de Bourg-en-Bresse.
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Concours Court polar — Prix de l’œuvre individuelle : La Accords du crime d’Inès Ounas, au lycée Gambetta de Tourcoing.
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Concours Court polar — Prix de l’œuvre collective : Les Lauriers ne sont pas que pour les vainqueurs, par la classe de latinistes de Jérôme Baud et Magali Le Sénéchal au lycée Henri-Bergson d’Angers.
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