Quais du polar amène les auteurs de noir à Palerme | Livres Hebdo

Par Claude Combet, à Palerme, le 11.06.2018 à 18h56 (mis à jour le 11.06.2018 à 19h00) Manifestation

Quais du polar amène les auteurs de noir à Palerme

Una marina du libri - Photo CLAUDE COMBET/LH

En partenariat avec l’Institut français de Palerme, le grand festival de polar lyonnais a organisé "Noir alla francese" au sein du salon "Una marina di libri", qui a eu lieu dans la capitale sicilienne du 7 au 10 juin.

Le célèbre festival lyonnais Quais du polar exporte son savoir-faire avec l’aide de l’Institut français. Après Leipzig et son "Krimi à la française" en 2017 et 2018, "Una marina du libri", le salon du livre de Palerme (Sicile) qui s’est déroulé du 7 au 10 juin, a accueilli "Noir alla francese" en partenariat avec Quais du polar. Neuf auteurs français de romans policiers ont été invités à participer à des rencontres ou à une joute de traduction, tandis que les visiteurs pouvaient jouer à "Delitto alla marina" sur le modèle lyonnais de "l’enquête policière dans la ville".  

Sous les ficus du Jardin botanique de Palerme, les auteurs français –Barbara Abel, Laurent Binet, Gilles del Pappas, Marc Fernandez, Emmanuel Grand, Dominique Manotti, Dominique Sylvain, Olivier Truc– ont débattu avec leurs confrères siciliens, Piergiorgio Di Cara, Santo Piazzese, Antonio Pagliaro, Gian Maura Costa des grands thèmes du polar: "De l’histoire à l’Histoire: les tendances du noir entre la chronique de faits divers et les événements historiques", "Le roman policier français entre suspense et atmosphère noire", "La ville dans le roman noir". Tandis qu’Ena Marchi, éditrice d’Adelphi, racontait l’histoire de la traduction de Simenon en italien.

Plutôt axée sur les petits éditeurs indépendants, la manifestation "Una marina di libri", si elle est généraliste, n’en est pas moins située en terre de polars. Avec les figures tutélaires de l’auteur de best-sellers Andrea Camilleri, et l'éditeur phare du genre en Italie, le Palermitain Sellerio, le roman noir a les faveurs des auteurs et du public, solidement ancré dans une réalité urbaine, sociale et quotidienne, sur fond de mafia. Pour l'écrivain Santo Piazzese, Palerme symbolise la réalité urbaine décrite par les romans: "la ville est nécessaire au roman noir, facultative au jaune" précise-t-il. "On ne peut pas écrire un roman noir sans parler de la mafia, surtout à Palerme" confirme l’auteur Antonio Pagliaro. Pour preuve, la petite maison Il palindromo a même une collection entière "de littérature militante anti-mafia. C’est un engagement qu’il faut avoir dans son catalogue" ajoute l’un des fondateurs Francesco Armato.

Assassinat d'un jardinier
 
Rencontre sous les ficus - Photo CLAUDE COMBET/LH
Parallèlement, la coopérative palermitaine U’game, créatrice de jeux grandeur nature pour les musées ou la ville, a adapté l’enquête proposée par Lyon au Jardin botannique, imaginant, à partir d’une scène d’un roman de Santo Piazzese, l’assassinat d’un jardinier, avec des indices disséminés dans le jardin et avec l’aide d’un smartphone. "L'énigme se déroule dans un lieu clos. Elle se veut assez littéraire mais c’est aussi l’occasion d’apprendre sur les plantes qui font la richesse du jardin botanique" insiste Davide Leone, l’un des créateurs, qui espère conquérir les jeunes adultes les plus éloignés de la lecture.  

Multiculturelle et attentive à la traduction, Palerme ne compte pas moins de trois associations –Aniti (Associazione nazionale italiane Traduttori e interpreti), Stradlab et AITI (Assoxiazione italiana traduttori e interpreti)– qui ont organisé un "slam" (une joute) de traduction samedi 9 juin sur un texte d’Emmanuel Grand, où deux traducteurs ont chacun proposé leur version du texte. L’exercice, toujours passionnant, a surpris l’auteur, mis face à deux versions de son texte dans des styles très différents. " J’ai l’impression de deux livres complètement différents", s'est-il étonné, faisant part de son impression de ne plus être l'auteur, mais "le co-auteur" de ses romans à l’étranger. "Je suis inquiet pour mes lecteurs italiens", a-t-il ironisé.

Renforcer les liens
 
Photo CLAUDE COMBET/LH
En 2015, 25 000 visiteurs ont fréquenté "Una marina di libri", pour acheter des livres (30 % des ventes en Italie sont réalisées sur les salons) et assister à des rencontres dans tous les coins du jardin. "Il est difficile de faire exister "Noir alla francese" au milieu des 300 événements proposés par le festival. Mais Palerme est la capitale italienne de la culture 2018 et c’était important d’inviter des écrivains français. Parallèlement, cela nous a permis de renforcer nos liens avec Sellerio, qui a accueilli ses auteurs dans sa maison et leur a organisé un dîner" raconte Eric Biagi, directeur de l’Institut français de Palerme. "Una marina di libri a joué le jeu et bien intégré "Noir alla francese" dans son programme. C’est un salon où il y a peu d’auteurs étrangers et les Français ont créé l’événement" confirme Hélène Fischbach, directrice de Quais du polar, qui ajoute "Ils ont aussi rencontré des éditeurs et des journalistes italiens, ce qui contribue à leur notoriété". "Je suis très surprise qu’on ne dédicace pas mais cela allège notre programme et... prouve que les festivals sont très différents d’un pays à l’autre" s'amuse l’auteure Barbara Abel.

Très contente du partenariat entre Institut français, Quais du polar et "Una marina di libri", Bernadette Vincent, attachée pour le livre à l’Institut français en Italie, commente: "Quais du polar a su s’adapter à la réalité locale et s’est montré très souple dans ses propositions. "Una marina di libri" est une manifestation à taille humaine et conviviale, et l’opération "Noir alla francese" a permis de créer des liens avec les auteurs, qui, j’espère, resteront solides", ajoutant: "Cela n’a pas de sens de la renouveler chaque année mais nous réfléchissons à d’autres festivals dans d’autres villes". "Le jardin botanique est "the place to be" à ce moment de l’année", conclut Eric Biagi.
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