Beau succès à Leipzig pour la première nuit "Krimi à la française" | Livres Hebdo

Par Claude Combet, à Leipzig, le 26.03.2017 à 22h10 (mis à jour le 28.03.2017 à 17h19) Allemagne

Beau succès à Leipzig pour la première nuit "Krimi à la française"

Entrée de la Foire de Leipzig - Photo CLAUDE COMBET

La nuit du polar organisée par l'Institut français de Leipzig et Quais du polar de Lyon a séduit les lecteurs allemands et a replacé le roman noir français au cœur du débat social et politique.

La petite salle très conviviale en sous-sol du café Télégraph, voisin de l'Institut français, était comble le samedi 25 mars avec près d'une centaine de personnes, dans une ambiance bon enfant, autour de petites tables et d'une bière, pour entendre parler polar. Les lecteurs allemands ont été nombreux à choisir la nuit du "Krimi à la française" parmi les centaines d'animations proposées pendant la Foire du livre de Leipzig (23-26 mars).

Organisée conjointement par l'Institut français et le Festival Quais du polar de Lyon, l'opération a pris pour modèle la manifestation lyonnaise - auteurs invités, tables rondes, grande enquête dans la ville et ateliers d'écriture numérique pour les jeunes - et s'inscrit dans le programme de la France invitée d'honneur à la Foire du livre de Francfort. 
 
Photo CLAUDE COMBET
"Les Allemands ont une vraie curiosité pour le polar français" note Hélène Fischbach, directrice de Quais du polar, qui, avec son équipe, a apporté son concours. Ainsi douze auteurs francophones, traduits en allemand, étaient invités : le Belge Paul Colize, le Canadien Guy Delisle, Caryl Ferey, Sophie Hénaff, Jérôme Leroy, Dominique Manotti, le Suisse Quentin Mouron, le Gabonais Janis Otsiémi, Alexis Ragougneau, Dominique Silvain et l'Haïtien Gary Victor. "Nous sommes d'autant plus contents que certains auteurs invités n'étaient pas connus du public allemand et sont venus pour leur première traduction en Allemagne" insiste Marie-Pierre Liebenberg, chargée du programme culture de l'Institut français de Leipzig. 

Les thèmes des trois tables rondes ont aussi séduit les participants à la soirée : "Vérité romanesque. Pourquoi privilégier la fiction pour décrire des réalités sociales et politiques complexes" ; "Les lieux du crime : une littérature-monde en français" ; "Paris Noir. Réalité, distancié ou historique, regards croisés de trois auteurs sur la capitale française", émaillés de lectures en français et en allemand des œuvres des invités. "C'est l'originalité du thème qui nous a fait venir" commente Sarah Neis, francophone venue parce qu'elle avait "envie d'entendre parler français" et "sensible à l'ouverture à la francophonie". "Nous avons été surprises par le côté très professionnel de la soirée, avec la traduction simultanée et par le choix des auteurs" confirme sa sœur Lisa. 

Le crime est ailleurs

De fait, les réalités sociales et politiques de la France, fer de lance du roman noir français, ont pris une résonnance particulière en cette période d'élections et de bouleversements politiques dans plusieurs pays. "J'ai été syndicaliste et militante politique, je ne le suis plus. L'arrivée de François Mitterrand en 1981 a marqué la fin de mes espoirs. J'avais la certitude que la France s'engageait dans une période durant laquelle la gauche plongeait dans des catastrophes jusqu'à sa disparition. On y est presque" a d'emblée déclaré Dominique Manotti en introduction au premier débat. "Le crime, ce n'est pas quelqu'un qui tue un autre individu, c'est autre chose, c'est Volkswagen, qui décide froidement d'asphyxier les gens. Le vrai crime est là " a-t-elle ajouté plus tard, provoquant des applaudissements. Caryl Ferey a aussi fait rire la salle en remarquant : "Je regarde depuis tout à l'heure le traducteur dans la cabine, il ressemble à Benoît Hamon". Yanis Otsiémi a insisté : "J'écris pour le peuple gabonais. Le roman noir est le meilleur moyen de réveiller mon pays, qui souffre d'une telle corruption qu'il ne voit jamais les politiques traînés en justice. Or ce sont eux qui décident de ce qu'on mange, de ce qu'on apprend à l'école et régissent toute notre vie". Tandis que la lecture du roman Le bloc, dans lequel Jérôme Leroy imagine un parti d'extrême-droite au pouvoir, donnait des frissons. 
 
Photo CLAUDE COMBET
La grande enquête dans la ville concoctée sur le modèle lyonnais par un auteur et musicien de Leipzig reconnu, Volly Tanner, a eu d'autant plus de succès qu'elle a fait passer les participants par les studios SoKo, "extrêmement connus parce qu'il est le lieu de tournage de la série SoKo Leipzig, connue de tous les Allemands" (avec une journée de figuration dans la série à gagner).

Bilan très positif

Les organisateurs comptent renouveler l'opération en 2018. "Le bilan est très positif. Le public, pas toujours francophone, a plutôt l'habitude d'écouter les auteurs lire leurs textes que d'écouter des débats, été attiré par le concept d'une nuit du polar. L'enquête était aussi totalement inédite pour eux et a intéressé nos partenaires dans la ville ainsi que la municipalité" commente Marie-Pierre Liebenberg, qui souhaite améliorer communication sur l'enquête et espace librairie, mais compte toujours sur l'aide de Quais du polar. "Cela nous encourage à développer ce type d'événements dans d'autres pays, pour défendre les auteurs français. Le polar est une bonne entrée pour faire connaître la littérature française" conclut de son côté Hélène Fischbach. 

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