Qui faut-il suivre ? | Livres Hebdo

Chronique Juridique

Emmanuel Pierrat

Emmanuel Pierrat est avocat au Barreau de Paris et écrivain. Il codirige avec Sophie Viaris de Lesegno et Sirma Guner le cabinet Pierrat & Associés, qui compte une douzaine d’avocats. Emmanuel Pierrat est spécialiste en droit de la propriété intellectuelle. Il a été membre du Conseil de l’Ordre du Barreau de Paris et du Conseil National des Barreaux. Il est Conservateur du Musée du Barreau de Paris. Il écrit dans Livres Hebdo depuis 1995. Emmanuel Pierrat a publié de nombreux ouvrages juridiques sur le droit de l’édition et le droit du livre, ainsi que d’essais et livres illustrés sur la culture, la justice, la censure et la sexualité. Il est l’auteur de romans et récits parus notamment au Dilettante et chez Fayard. Il a traduit, de l’anglais, Jerome K. Jerome et John Cleland, ainsi que, du bengali, Rabindranath Tagore. Emmanuel Pierrat collectionne les livres censurés et notamment les curiosa. Il est Président du Prix Sade et du Pen Club français, organisation d’écrivains internationale fondée en 1921. Il préside également le Comité des Écrivains pour la Paix du Pen International. lire la suite

Il y a 10 ans 10 mois

Qui faut-il suivre ?

            Le cinéma n’hésite que rarement à produire une suite, sitôt une sortie « plébiscitée » par le public, à défaut d’être « saluée » par la critique.             Pour ceux qui ne partageraient pas mon goût pour les films animaliers (par exemple, l’injustement ignoré Shark Attack III) , la liste du Box Office de l’année est éloquente. Se hissent en effet parmi les vingt films les plus vus en France et en salles depuis un an, selon Le Film français  : L’Âge de glace 3 , Madagascar 2 , Transformers 2 , High Scool Musical 3 , sans oublier de nouveaux épisodes de Harry Potter , d’OSS 117 , de James Bond et des X-Men . Ce qui totalise 40 % du haut du palmarès, où l’art et essai ne se glisse généralement que par erreur.             L’habitude est désormais tellement ancrée que les contrats, dans le milieu du cinéma, comportent tous une clause par laquelle le scénariste cède d’emblée tous les droits, non seulement de « remake », mais encore de « prequel » et de « sequel », bref permettant de réutiliser les pots neufs pour y faire la plus rentable des soupes, délayée jusqu’à lassitude des spectateurs. Nul ne s’offusque du changement de dialoguiste et de réalisateur au gré des opus qui se succèdent.             Dans l’édition, de part et d’autre de l’Atlantique, l’affaire, et donc le commerce, se compliquent. Surtout quand les commandes de suites s’adressent à d’autres romanciers que le créateur d’origine. Et que les ventes conséquentes sont seules visées, même si l’ « hommage » au chef d’œuvre de départ est toujours invoqué en guise de justification.             L’auteur de ce blog en sait quelque chose pour avoir poursuivi lors des deux premières étapes judicaires, il y a quelques années, la suite des Misérables à la demande de Pierre Hugo, arrière-arrière-petit-fils de Victor. Ce qui a donné lieu à une série de décisions en tout sens : les Miz appartenant au domaine public, le débat portait sur le droit moral, cette faculté d’empêcher une atteinte au respect de l’œuvre.             Le problème pourrait sembler moins compliqué à trancher quand l’écrivain est encore là pour donner son avis et que les héritiers – dans l’esprit des longues soirées des îles anglo-normandes – n’en sont pas réduits à faire tourner les tables. Erreur… Une suite à L’Attrape-cœur             Le feuilleton du moment met aux prises J.D. Salinger avec Fredric Colting, publiant sous le pseudonyme de… « J.D. California » - lequel évoque davantage un nom de scène pour un porno qu’un futur Nobel de littérature.             Pour ceux qui seraient partis en vacances dès le premier jour de l’été, rappelons que le match a débuté lorsque Nicotext, maison d’édition suédoise, implantée en Angleterre et que dirige le même Colting/California, a sorti, le 25 juin dernier, 60 Years Later Coming Through The Rye , présenté comme la suite de L’Attrape-cœur ( The Catcher in the Rye ).             Salinger a attaqué aux Etats-Unis et obtenu gain de cause auprès de la juge Deborah Batts, qui a interdit cette suite des aventures de Caulfield, prévues pour envahir les librairies américaines le 15 septembre. La contrefaçon a été retenue, et les tentatives de qualifier le coup sous l’intitulé de « parodie » et d’ « analyse » écartées. Or, California - notre Suédois - a interjeté appel. Et, le 4 septembre, trois juges fédéraux, moins inspirés que Deborah, ont décidé que l’affaire devrait être prochainement rejugée. Un seul membre du trio a émis un avis plus nuancé que ses collègues. En clair, il faudra encore patienter pour savoir si le mutique Salinger peut être dépossédé de son personnage au nom de la liberté d’expression ! Pour l’heure, le livre ne peut sortir aux Etats-Unis. Mais, comme l’ont relevé les magistrats pour expliquer leur peu d’empressement à trancher, il peut être commandé en anglais via internet, aucune poursuite n’ayant été engagée contre les éditions européennes. Pour compliquer le tableau, la succession Saint-Exupéry, qui est d’ordinaire assez prompte à manier l’interdiction et à agir en justice, a autorisé, à tirage limité, une suite argentine du Petit Prince . Là encore une rareté pour bibliophile hispanophone, achetable… en ligne.             Sans compter que les passionnés de procès… à suites, regarderont du côté d’Astérix, qui devait fêter sereinement ses cinquante ans le 29 octobre. Las, Sylvie Uderzo est en guerre avec son père, qui a gagné, avant les vacances, la dernière manche au tribunal de commerce.              En attendant, comme aurait dit Eugène Sue en fin d‘épisode, «  La suite, à demain  » !  

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