Le paysage éditorial normand se restructure. Basée à Bayeux, la maison d'édition OREP vient de reprendre Les Éditions des Falaises, installées à Rouen. Une opération officialisée le 12 mai lors d’une conférence de presse organisée à l’hôtel Flaubert, à Rouen.
Pour Grégory Pique, directeur d’OREP, cette reprise s’inscrit avant tout dans une logique de complémentarité. « Nos deux maisons existent depuis longtemps, explique-t-il à Livres Hebdo. OREP a une quarantaine d’années, Les Falaises, une trentaine. Nous sommes à Bayeux, eux à Rouen : il y a une vraie complémentarité de catalogue et de géographie. »
Au fil des décennies, OREP s’est imposée comme un acteur majeur de l’édition régionale en Normandie. Son catalogue, riche de 850 titres et d’une soixantaine de nouveautés par an, couvre l’histoire, le patrimoine, le tourisme ou encore les livres illustrés. « Nous traitons de la Normandie sous toutes ses formes », précise Grégory Pique.
La maison bayeusaine s’est également spécialisée dans les ouvrages consacrés au Débarquement et fonctionne avec un modèle largement internalisé. « Nous sommes autodiffusés et nous gérons quasiment tout le processus de production, sauf l’impression », souligne le dirigeant. Treize salariés composent aujourd’hui l’équipe.
Deux lignes éditoriales qui se rejoignent
Face à elle, Les Éditions des Falaises disposent d’un catalogue différent, davantage tourné vers l’art et les publications muséales. Créée à l’origine par le libraire fécampois François Banse, la maison rouennaise s’est d’abord développée autour du régionalisme haut-normand avant d’élargir sa ligne éditoriale.
« Les Falaises ont pris une impulsion plus artistique, avec des catalogues de musées, des ouvrages sur la peinture ou la gastronomie, comme la collection “À la table de” », détaille Grégory Pique. La maison compte aujourd’hui environ 250 titres et une trentaine de nouveautés annuelles.
Autre différence notable : leur réseau de diffusion nationale. « Les Falaises ont une puissance de diffusion plus importante grâce à MDS », rappelle le directeur d’OREP, dont la présence commerciale reste historiquement plus forte dans l’ouest de la France, malgré un développement autour de la Première Guerre mondiale dans l’est du pays.
« Une alliance plus qu’une absorption »
Si OREP devient l’actionnaire unique de la société, le groupe insiste sur la préservation des identités des deux maisons. « Je préfère parler d’alliance plutôt que de fusion ou d’absorption », insiste Grégory Pique. « Les deux structures restent indépendantes juridiquement, avec deux SARL distinctes. »
Les synergies doivent néanmoins permettre de renforcer les moyens humains et techniques. Gérante des éditions des Falaises, Maddalena Marin « était seule » selon son nouveau collaborateur. « Là, nous reconstituons une équipe », explique-t-il. Une responsable d’édition, Delphine Hébert, a d’ailleurs été nommée à Rouen.
L'alliance, donc, doit aussi se développer sur les aspects graphiques, éditoriaux et logistiques. « Nos graphistes pourront travailler sur des projets des Falaises, indique Grégory Pique. Nous avons à Bayeux un bâtiment, et toute l’infrastructure nécessaire pour le stockage, la relecture ou la mise en page. »
Le maintien d’un ancrage rouennais demeure cependant un enjeu fort pour le nouvel ensemble : « Nous voulions montrer que nous étions toujours à Rouen et garder une proximité avec les acteurs locaux », affirme le dirigeant à propos de la conférence de presse organisée dans la capitale normande.
Préserver des maisons historiques
Cette opération s’inscrit dans une stratégie de consolidation progressive menée par OREP depuis plusieurs années. La maison avait déjà repris les éditions Isoète à Cherbourg ainsi que Vagabondage, spécialisée dans la bande dessinée.
« Ce sont des maisons qui allaient, je pense, disparaître dans tous les cas », confie Grégory Pique. Mais il distingue clairement ces reprises du cas des Éditions des Falaises. « Là, c’est autre chose. Nous voulons pérenniser et développer une belle image. »
Avec désormais plus de 1 000 titres cumulés, l’ensemble devient l’un des principaux groupes éditoriaux indépendants de Normandie. « À l’échelle régionale, nous sommes les plus gros, même si nous restons petits face aux grands groupes », observe le dirigeant.
Au-delà du livre régional, OREP ambitionne désormais de développer des projets sur mesure pour les institutions et les entreprises. « Nous aimerions être davantage consultés en région et travailler sur des projets spécifiques pour l’institutionnel ou les entreprises », conclut Grégory Pique.
