Essai/France 5 mars Rodolphe Christin

Le loisir touristique est devenu un antivoyage que les touristes eux-mêmes dénoncent, furieux de voir les sites transformés en parc d'attractions avec foule compacte et heures d'attente pour prendre son selfie. Devrait-on, dans ces conditions, cesser de voyager ? Le sociologue Rodolphe Christin, auteur en 2008 d'un remarqué Manuel de l'antitourisme (réédité par Écosociété) invite à réfléchir sur la question. Il a grandi dans le massif de la Chartreuse et il a vu se transformer les points de vue en pic de fréquentation. Point de manichéisme, donc dans sa démarche dans laquelle il n'oppose pas le visiteur en tongs à l'aristo du godillot. Pour ce lecteur de Segalen, Thoreau et Artaud le voyage est « un acte de l'esprit », une « expérience du monde » qui n'a rien à voir avec une sorte d'élitisme du déplacement. Point n'est besoin d'aller très loin pour fuir. « S'échapper n'est plus possible, c'est ici qu'il faut agir, penser, vivre. » L'exotisme est d'abord une façon de voir. Nicolas Bouvier l'envisageait comme un « exercice de disparition », une attitude écoresponsable à une époque où l'on nous somme de laisser le moins de traces possibles. Il ne s'agit plus de ne plus partir, mais de repartir. Autrement. Bref, c'est le genre de livre à emporter avec son guide touristique. L.L.

Rodolphe Christin
La vraie vie est ici : Voyager encore ?
Écosociété
Tirage: 2 300 ex.
Prix: 12 euros ; 120 p.
ISBN: 9782897195595

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