Rentrée littéraire 2021

Richard Ford, « Rien à déclarer » (L'Olivier) : Et rien d'autre

Richard Ford - Photo © KRISTINA FORD

Richard Ford, « Rien à déclarer » (L'Olivier) : Et rien d'autre

Dix nouvelles douces-amères du maître américain Richard Ford, autour du temps qui passe et de la solitude. Tirage à 9000 exemplaires.

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Par Olivier Mony,
Créé le 27.08.2021 à 10h00,
Mis à jour le 27.08.2021 à 11h09

Dans la première et peut-être la plus belle des dix nouvelles qui composent le nouveau recueil de Richard Ford et qui lui offre son titre, Rien à déclarer, un avocat en voyages d'affaires à la Nouvelle-Orléans retrouve plus ou moins par hasard une femme qu'il avait connue et aimé dans sa jeunesse, lors d'un séjour touristique trente-cinq ans auparavant en Islande.

Le temps a passé. Les deux anciens amants quittent l'hôtel où ils séjournent tous deux pour s'offrir une promenade en ville - une ville qui à leur image porte la marque de la récente catastrophe naturelle qui s'est abattue sur elle. On ira voir la mer et ses horizons possibles. Le temps, encore, sera-t-il retrouvé ? Non, bien sûr, ou alors fugitivement. Le temps qui est peut-être seulement celui d'un baiser échangé comme un regret. « Les choses qu'elle lui avait apprises représentaient un sujet trop touffu pour l'aborder à présent, mais elle n'avait jamais fait son bonheur, elle n'avait même pas essayé. Idem pour lui. Il avait seulement, brièvement, failli l'aimer, il y avait très longtemps. »

Portraits

Tout est de la même eau douce-amère dans ce recueil de Ford, sans doute parmi ses plus beaux livres. Tout y est baigné de la même et infinie quiétude triste. Le monde, de Dublin à Paris, de New York au Michigan, n'y apparaît plus que comme un vieil album de photos jaunies où se dévoile la finitude des choses. On ne voyage vraiment que dans ses souvenirs. Ceux-là restent comme l'ironie qui baigne ces récits. Ce qui demeure aussi, enfin, c'est la solitude. La solitude de cette femme qui vient de perdre son compagnon et qui part s'en consoler chez un couple qui comptait sans doute parmi leurs meilleurs amis.

Celle de cet avocat sur un bateau en route vers l'Irlande croisant trois compatriotes trop gaies et âgées pour lui. Celle de ce veuf qui passe l'été près de la mer dans une belle et modeste maison de bois et qui va recueillir une jeune serveuse, véritable chien perdu sans collier. Celle de ce père divorcé qui accompagne sa fille dire un dernier adieu à une camarade de classe en partance avec sa famille pour de supposés meilleurs horizons. Celle de cet ancien magnat du pétrole coulant une retraite heureuse dans un loft new-yorkais, quitté sans que rien ne le laisse présager par sa seconde femme. Quelques années plus tard, elle lui propose impromptu de l'accompagner voir sa mère qui finit ses jours dans un hospice. Tant d'histoires, tant de malentendus, tant d'incompréhensions et malgré tout dans le soir, l'espoir désormais unique d'un apaisement...

Si ce Rien à déclarer est si beau, c'est aussi parce que Richard Ford, sans rien perdre de sa capacité à incarner des personnages jusque dans leurs béances, y rend un hommage magnifique à l'un de ses maîtres, le grand James Salter. Comme chez lui (notamment comme dans son merveilleux ultime roman Et rien d'autre), l'indécision du réel y est reine. Comme dans nos vies...

Richard Ford
Rien à déclarer Traduit de l’anglais (États-Unis) par Josée Kamoun
Éditions de l’Olivier
Tirage: 9 000 ex.
Prix: 22,50 € ; 384 p.
ISBN: 9782823617283

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