Creuse toujours. La nature, c'est beau. Pour les urbains ou les néoruraux, surtout. La nature, sinon, pour ceux qui vivent tout proche, c'est « chiant à crever », dit la narratrice de Pas si tant de Salomé Botella. C'est juste le quotidien, rien qu'un alignement de troncs d'arbres. La primo-romancière venue à la capitale pour faire des études en arts plastiques se remémore la Creuse de son enfance. Images, odeurs, sensations se bousculent - des champs, des tracteurs, des hameaux « où Google Earth n'est jamais allé », des bourgades où les services publics s'étiolent, des bistrots où on biberonne dès le matin, des barbecues entre voisins (« ma madeleine de Proust »), un sanglier qu'on a percuté puis chargé à l'arrière d'un pick-up et qui terminera en civet, des virées où on se met la tête à l'envers, des journées chargées en THC... Dans ce récit autobiographique, Salomé Botella se revoit tuer des insectes par ennui, se bagarrer avec ses « frangins », partager avec eux leurs ruses. L'adolescence arrive, puis sa fin. Une autre vie l'attend à Paris : l'étudiante des Beaux-Arts semble avoir tourné le dos à « ce trou ». Mais l'endroit d'où elle vient se rappelle à elle, c'est comme un appel d'air. Outre ce tableau d'une jeunesse en Creuse, la plasticienne brosse le double portrait du père, qu'elle imagine éplucher les patates et « trinquer à cette petite vie qu'on mène », et de la mère tant usée qu'elle ne la verra plus si souvent debout... Chanté dans une langue pleine de rugosités, Pas si tant est un hommage tendre et énervé à ses racines de celle qui n'a au fond rien renié.
Pas si tant
Éditions de l'Ogre
Tirage: 2 500 ex.
Prix: 13,50 € ; 136 p.
ISBN: 9782377562572
