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Science-fiction : une nouvelle ère aux Utopiales de Nantes

Eva Sinanian, Floriane Soulas, Nicolas Martin et Yann Olivier forment le comité de programmation littéraire des Utopiales 2024 - Photo Utopiales

Science-fiction : une nouvelle ère aux Utopiales de Nantes

Après sept éditions sous la houlette de Jeanne-A Debats, la direction artistique des Utopiales de Nantes a été confiée à un comité « de transition » de programmation littéraire composé de Nicolas Martin, Floriane Soulas, Yann Olivier et Eva Sinanian.

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Par Charles Knappek,
Créé le 23.01.2024 à 11h11

Premier festival de science-fiction en Europe, les Utopiales de Nantes réorganisent leur direction artistique. Après une édition 2023 marquée par une affluence record, l’événement s’appuiera en 2024 sur un comité de programmation littéraire composé du journaliste scientifique Nicolas Martin, de l’autrice Floriane Soulas, de Yann Olivier (éditeur à L’Atalante) et d’Eva Sinanian (libraire au Mots à la bouche, à Paris). Les quatre nommés remplacent Jeanne-A Debats, autrice et anthologiste qui supervisait la ligne artistique des Utopiales depuis 2016 et qui n’a pas souhaité être associée à cette nouvelle organisation.

« Nous n'avons pas l'intention, pour l'instant, d'incarner en une seule personne, la direction artistique des Utopiales. C'est pourquoi nous avons réuni un comité paritaire, composé de profils experts en littérature de SF, explique Axelle Roze, directrice des Utopiales. En tant que président du festival, Roland Lehoucq remplit déjà ce rôle d’incarnation. » Les quatre membres du comité ont pour cahier des charges de maintenir une offre de tables rondes de même ampleur que lors des éditions précédentes tout en renforçant les liens avec les sciences, le cinéma et les nouvelles formes de création. « Nous leur demandons aussi d’éditorialiser la prochaine thématique pour permettre aux autres programmateurs de faire correctement leur travail et d’identifier un plateau de littérature ambitieux. Il n’y a pas de révolution par rapport à ce que faisait Jeanne-A Debats », ajoute Axelle Roze, qui précise également le caractère « transitoire » de la nouvelle direction artistique.

Jeanne-A Debats voulait continuer

De son côté, Jeanne-A Debats aurait volontiers continué une année ou deux afin de former une personne qui lui aurait succédé, mais pas au sein d’un comité. « J’ai la conviction qu’une direction artistique, ce sont d’abord une patte et une personnalité, réagit l’intéressée pour Livres Hebdo. La direction de la Cité des congrès a décidé après la dernière édition, et c’était son droit le plus strict, de faire évoluer la fonction, mais elle l’a fait d’une façon qui ne me correspondait pas. Pour avoir vu Angoulême fonctionner en comité depuis des années, je ne me sentais pas les épaules et l’énergie d’éviter les écueils possibles dans ce genre d’organisation. »  

Jeanne-A Debats n’en salue pas moins la qualité des personnalités retenues pour former le comité. « Les Utopiales sont entre de bonnes mains », insiste-t-elle. Un avis globalement partagé par les observateurs. Président du jury des Utopiales 2017 et rédacteur en chef adjoint de Métal Hurlant, Lloyd Chéry signale par exemple la « cohérence de cette direction collégiale » même s’il estime que le comité manque d’un auteur ou d’une autrice « qui ait eu un succès critique et public au-delà du petit monde de l’imaginaire. » « Quelqu’un qui soit plus que de la SF, qui s’affranchisse du milieu, précise-t-il. Je pense à Alain Damasio, Catherine Dufour ou Romain Lucazeau qui ont tous écrit des chefs-d’œuvre ces vingt dernières années. »

L'enjeu médiatique

Car, en dépit de leur immense succès auprès du public de SF, les Utopiales peinent encore à exister dans les grands médias nationaux. Les ingrédients sont pourtant réunis : doté d’un budget supérieur à un million d’euros, l’événement peut se targuer d’être passé de 82 000 visiteurs en 2016 à 141 000 pour la dernière édition de l’ère Jeanne-A Debats. « Nous sommes très satisfaits de la fréquentation, qui se situe à un niveau que nous pouvons maîtriser et qui se renouvelle régulièrement. Chaque année, un quart du public est composé de personnes qui assistent pour la première fois aux Utopiales », souligne Axelle Roze. Témoin de cet engouement, la librairie temporaire, dont la gestion est confiée chaque année à l’association Les libraires complices (qui regroupe les libraires indépendantes nantaises) a réalisé un chiffre d’affaires record d’environ 140 000 euros en 2023.

Ce succès public est pourtant altéré par le relatif faible écho médiatique des Utopiales. « Pour moi, il y a un problème de communication, tranche Lloyd Chéry, qui s’étonne au passage que le nouveau comité de programmation littéraire ait été annoncé le 11 janvier, jour de remaniement ministériel. Le journaliste pointe aussi la quasi absence du festival dans les médias nationaux. « En 2023, il y a seulement eu deux articles de presse nationale, Ouest France et France Culture qui sont des partenaires historiques du salon. On a d’ailleurs plus parlé des Utopiales quand le réalisateur Rintaro était invité en 2022. Prendre une agence de communication et de presse comme Games of Com ou La Bande faciliterait les choses. La première s’occupe de Japan Expo et la seconde du Festival d’Angoulême. Pour attirer des journalistes, on doit les connaître, les rencontrer, les inviter pour qu’ils découvrent le salon. »

Un âge d'or de l'image

« La médiatisation est une question délicate, concède Axelle Roze. Nous sommes en province et nous faisons de la SF, ce qui explique sans doute en partie le manque d’intérêt des élites intellectuelles et médiatiques. C’est pour faire évoluer ce regard que nous donnons la parole aux chercheurs. Il s’agit de montrer que la plus-value de la SF va bien au-delà du divertissement et qu’elle irrigue aujourd’hui les débats à tous les niveaux de la société. » Pour continuer à grandir, le développement des nouveaux médiums de la SF semble incontournable. En littérature, « seuls les classiques du genre semblent intéresser le grand public, mais rares sont les nouveaux auteurs et encore plus rares les français à vendre massivement de la science-fiction », relève Lloyd Chéry, qui estime en revanche que le genre de la SF vit « un âge d’or de l’image ». « La SF n’a jamais été aussi forte sur les plateformes de streaming et dans les jeux vidéo, conclut-il. Même notre cinéma français pourtant avare de mauvais genres termine une année en beauté : Acide, Le Règne Animal, Mars Express, Vincent doit Mourir, Vermines. On vit un basculement. »

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