Compte rendu

IA, féminisme, renouveau de la SF... les tendances des Utopiales 2023

Entrée des Utopiales, à Nantes - Photo Fanny Guyomard

IA, féminisme, renouveau de la SF... les tendances des Utopiales 2023

La 24ᵉ édition du festival de science-fiction des Utopiales s'est tenue jusqu'au 5 novembre, à Nantes. L’occasion d’entendre de grands auteurs réfléchir sur le renouveau du genre. Résumé des grandes tendances du cru 2023. 

Par Fanny Guyomard à Nantes,
Créé le 05.11.2023 à 18h00 ,
Mis à jour le 13.11.2023 à 10h34

Un vent apocalyptique souffle sur Nantes, en ce début de festival consacré aux dystopies et effondrements. Ou plutôt à leur dépassement. Du 1ᵉʳ au 5 novembre, les Utopiales ont fourmillé de vie. Ici, scène Shayol de la Cité des Congrès, une rencontre avec le romancier Kim Stanley Robinson (connu pour sa trilogie sur Mars) ; là, une exposition sur la manière dont le jeu vidéo Zelda a inspiré les artistes.

Dans l’espace dédié aux jeux, un modéliste peint minutieusement une figurine, non loin de festivaliers coiffés d’un casque de réalité virtuelle. Côté librairie, la foule se serre les coudes entre les piles de livres, tandis qu’une queue d’une cinquantaine de mètres attend la prochaine projection de film de science-fiction dans la salle baptisée « Dune », en référence à l'œuvre de Frank Herbert. « Il y a énormément de monde. Les Utopiales ont du succès. La SF intéresse », se réjouit Jérôme Vincent, directeur des Nouvelles éditions ActuSF et visiteur puis acteur des Utopiales depuis 2000, la première édition.

Renouveau

Et pourtant, la maison d’édition fondée par Jérôme Vincent, ActuSF, sort d’une liquidation judiciaire. Elle vient d'être reprise par le groupe Salomon-Sansonnet et Pollen Diffusion. Prochains objectifs : réintégrer les 100 000 livres en stock dans le circuit « et établir un programme de parution en mai ou juin », nous annonce-t-il. Quelle sera la SF de demain ? Une nouvelle vague anglaise déferle déjà, celle qui ouvre la SF à la poésie et au style.

Autre renouveau : en remettant ce vendredi 3 novembre le prix Julia Verlanger 2023 à Claire Garand pour Paideia, les Utopiales mettent en lumière les éditions La Volte, qui fêteront en juin prochain leurs vingt ans. Un roman qui débute sur l’illusion d’une renaissance triomphale de l’humanité… « Nous allons notamment réimprimer des livres emblématiques sous un format plus écologique », annonce l’éditeur Mathias Echenay.

Métal hurlant, magazine de SF en BD, a aussi eu droit à la grande scène pour parler de sa réapparition, il y a deux ans. 

La SF au féminin

C'était le fil rouge du festival : la place des femmes dans la science-fiction. Il a fallu attendre cette 24ᵉ édition pour que l’affiche soit réalisée par l’une d’elles, Elene Usdin. Un milieu macho ? Conjugué à celui de la BD… Aux débuts de Métal hurlant, en 1975, « les éditeurs disaient : “les femmes, ça ne se vend pas !” Mais encore faut-il en publier ! », rabroue Chantal Montellier, dessinatrice de presse qui a créé, il y a dix-sept ans, une association pour mettre en lumière les autrices et illustratrices de BD, et un prix, Artémisia, avec un jury exclusivement féminin.

Un procédé sexiste ? « Ça ne fait rien ! Grâce à notre travail, on bouge les imaginaires, et des femmes s’emparent de sujets forts et ne parlent plus seulement de maternité ou de famille », défend Chantal Montellier, mentionnant Valentine Cuny-Le Callet, pour la BD Perpendiculaire au soleil, une correspondance avec un homme condamné à mort. « Des auteurs hommes, eux, s’écartent de la virilité », rebondit Elene Usdin.

Un sujet reste peu traité, et a fait l’objet d’une table ronde : les menstrues. Ou s’il en est question dans Saletés d'hormones et autres complications (Ketty Steward), c’est pour raconter que des extraterrestres ont amené comme bienfait la suppression de ces cycles ! « La SF peut s’intéresser aux premières ou aux dernières règles, mais ne se prête pas trop aux règles ordinaires. Il faut de l’action ou du cérébral, avance l’autrice invitée Julie. D. Kurtness. On ne va pas écrire : “Faisons une pause dans la quête, il faut que je change de tampon !” » Et à la chercheuse Camille Berthelot d’indiquer que le sang utérin a pourtant un potentiel science-fictif, car il contient des cellules souches…

L’avènement de l’IA...

À l’inverse, des sujets cantonnés à la science-fiction sont désormais bien ancrés dans le réel : l’intelligence artificielle, avec des outils très médiatisés ces derniers mois comme ChatGPT. Peut-on parler d’intelligence, voire de conscience ? Comment les humains vont-ils utiliser l’IA ?

Le samedi, une performance a fait dialoguer l’auteur de Frontier (Rue de Sèvres, 2023), Guillaume Singelin et une IA plus ou moins entraînée. L’idée : montrer comment celle-ci fonctionne, et mettre en dialogue imagination humaine et algorithme. Générativité vs créativité.

... et de l’humour (noir)

Devrait-on les appeler les Dystopiales ? Il est beaucoup question d’avenirs inquiétants, en écho à une actualité cauchemardesque. En quelques décennies, les auteurs russes ont par exemple basculé d’une SF humaniste vers une science-fiction nationaliste et impérialiste.

Et quand une société sombre dans le fascisme ? Tant mieux, à la limite : « Il n’y a pas d’histoire sans méchant », souligne l’écrivain Christian Lehmann, avec un Guillaume Meurice faisant le show sous les rires et les applaudissements du public. Et à l’humoriste empêtré dans des polémiques de s’amuser, après une mauvaise blague : « Je vais m’attirer des problèmes. »

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