Séverine Bascot (Gallimard Loisirs) : "Ado, je voyageais déjà en stop avec ma meilleure amie" | Livres Hebdo

Par Manon Quinti, le 08.08.2014 à 11h18 (mis à jour le 14.08.2014 à 12h43) Qui sont les auteurs de guides touristiques ? 5/6

Séverine Bascot (Gallimard Loisirs) : "Ado, je voyageais déjà en stop avec ma meilleure amie"

Séverine Bascot - Photo DR

Parcourir le monde, dormir à l’hôtel et dîner au restaurant tous frais payés, c'est le métier des auteurs de guides de voyage. Pourtant, on en sait peu sur cette profession qui fait rêver. Parcours, recrutement, galères, souvenirs inoubliables… Voici la suite de notre série pour mieux connaître ces voyageurs pas comme les autres. Cette semaine, Séverine Bascot, de Gallimard Loisirs.

Cette grande voyageuse de 41 ans a grandi dans le "fin fond des Alpes", en Savoie. Après avoir appris le japonais, l’anglais, l’espagnol, étudié l’allemand et le russe, elle fait le tour du monde pendant six ans avec sa meilleure amie. Se fait des amis dans le monde entier. Tombe amoureuse du Japon, s’y installe. Mais contrainte de partir, met le cap sur Bruxelles, il y a 6 ans. Elle nous raconte sa vie de voyages et de rencontres, au gré du hasard, ses galères fiscales en Belgique, et ses journées bien remplies.

Qu’est-ce qui vous a menée à l’édition touristique ?  
J’ai suivi des études de langues et d’informatique à Paris, j’ai une maîtrise à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO). A 24 ans, je pars avec ma meilleure amie faire le tour du monde. Ça dure six ans. On fait des petits jobs sur le chemin. Et puis je rencontre quelqu’un au Japon, et je décide de m’installer là-bas. Je parlais déjà la langue, j’avais beaucoup d’amis, et des opportunités professionnelles. Je monte mon petit business : j’importe des produits d’Inde que je vends au détail à Tokyo. J’enseigne un peu le français dans une école de langue. Mais au bout de quatre ans, je suis contrainte de quitter le pays.
 
En 2008, le temps de me remettre de ma déception, je vais m’installer en Belgique, à Bruxelles, car des amis peuvent m’héberger. C’est là que j’appelle Gallimard pour leur proposer de travailler pour eux. J’avais déjà eu une expérience avec l’éditeur. Lorsque j’étais à Tokyo, j’avais rencontré un auteur de Gallimard, Vincent Grandferry, qui était venu écrire un Cartoville. Les éditeurs cherchaient quelqu’un pour faire l’interprète. J’avais une amie en commun avec la directrice de collection, qui m’a recommandée. J’avais accompagné l’auteur pendant son repérage.

Comment avez-vous été "recrutée" ? 
J’ai passé des tests. Je devais écrire sur la dernière destination où j’avais voyagé, en l’occurrence, Samarcande, en Ouzbékistan, et prendre des photos dans Paris. Je suis partie à Singapour pour mon premier guide quelques semaines plus tard, le temps de préparer le voyage. Je connaissais déjà le pays, et pour les Cartoville, l’éditeur trouve toujours un correspondant local qui nous donne une première sélection d’adresses. Je ne suis pas obligée de les reprendre mais c’est une première piste.

Avez-vous depuis longtemps cette passion pour le voyage ?
Avec ma meilleure amie on a toujours eu envie de voyager. Déjà adolescentes, on faisait du stop pour se balader. On est allées en Espagne, en Italie, en Hollande… Au grand dam de nos parents qui se faisaient un souci mortel ! On ne les prévenait pas tout le temps...

Comment avez-vous travaillé ? 
Je pars en moyenne cinq semaines, puis j’écris pendant un mois et demi. Le plus dur au départ a été d’organiser mon plan de route au quotidien. J’ai tendance à m’éparpiller. Or, on n’a pas le temps de flâner ou de visiter un musée de fond en comble. Il faut être productif du petit déjeuner jusqu’à la dernière heure. Je pars avec des cartes où les adresses et les lieux à visiter sont pointés. Pour moi le repérage c’est la meilleure partie du travail : tout s’enchaîne. Je refais mon plan de route du lendemain jour après jour.
 
Le soir, après une journée de reportage, je télécharge les photos, les trie, mets à jour, classe mes notes et tiens ma comptabilité. Quand je rentre à Bruxelles, pour un Cartoville, je fais une première sélection de photos, je prépare la maquette, les cartes. Les infographistes travaillent sur mon matériel et me soumettent plusieurs frises. L’écriture, c’est finalement assez rapide.

Quel regard portez-vous sur ce métier d'auteur ? 
C’est un travail qui me permet de visiter des endroits que je n’aurais jamais eu l’occasion de visiter en tant qu’indépendante. C’est le boulot rêvé : j’ai toujours envisagé ma vie avec du voyage dans le travail.

Ce sont des contrats que nous auteurs on accepte ou on refuse, on ne peut rien négocier.

Quelles sont les difficultés ?
Ce sont de très longues journées. Les gens qui travaillent dans les bureaux ne se rendent pas forcément compte de la réalité sur le terrain. On n’a pas le temps de se reposer en fin de journée. Quand on rentre on est contents, mais lessivés. Après il faut enchaîner pour respecter les délais.

Quel est votre statut ? Arrivez-vous à vivre de cette activité ? 
Je suis payée en droit d’auteur, très mal. Ce sont des contrats que nous auteurs on accepte ou on refuse, ils sont bien ficelés, on ne peut rien négocier. En plus j’ai eu des difficultés car j’habite en Belgique, où la fiscalité n’est pas la même qu’en France. J’ai dû modifier mes contrats : je n’ai pas de statut d’auteur, mes voyages sont rémunérés comme des "prestations de service", et je paye beaucoup plus d’impôts dessus. J’ai mis cinq ans à arriver à trouver quelque chose de confortable pour moi. Si on veut vraiment vivre de ça, il faut enchaîner les guides. Ça fait deux ans que je n’ai pas pris de vacances. Il y a quelques années, je faisais des petits extras dans des clubs de jazz, je servais la bière pendant les concerts.

Quel est votre pire souvenir ? 
Mon dernier jour aux îles Baléares, à Ibiza. Sur la route pour rendre mon scooter à l’agence, je me suis fait renverser par une voiture, elle m’a coupée la route. J'ai fait un vol plané. La personne ne s’est pas arrêtée. Je n’avais rien de cassé mais j’étais toute contusionnée. J’ai rendu le guide avec un mois et demi de retard. En plus, c’était un GéoGuide, plus gros qu'un Cartoville (rires) !

Barcelone - Photo VINCY THOMAS
Et votre meilleur moment ?
J’ai beaucoup de bons souvenirs dans les restaurants, comme ma découverte de la cuisine moléculaire à Barcelone. Mais les meilleurs moments, ce sont les relations humaines : les gens qui veulent tout me montrer et qui m’invitent partout, ceux que je revois dans un autre pays... Une fois j’ai retrouvé dans une auberge du Caire quelqu’un que j’avais rencontré en Inde, ça faisait peut-être 15 ans qu’on ne s’était pas vus !


Petite bibliographie
  • Géoguide Barcelone (2012, nouvelle édition à paraître le 9 octobre)
  • Cartoville Barcelone (2009)
  • Cartoville Istanbul (2014)
  • Géoguide Istanbul (2013)
  • Cartoville Singapour (2009, 2014)
  • Géoguide Baléares (2014)
  • Géoguide Belgique (2013)
  • Cartoville Bruxelles (2014)

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