Premier Roman/France 6 janvier Thibault Bérard

C'est une femme qui nous parle d'où l'on ne parle pas. De ce que Barthes appelait l'évènement-même : la mort. Cette mort qui est venue la cueillir à quarante-deux ans, après des années d'âpre combat contre un cancer. Amoureuse de son homme, Théo, de ses enfants, encore si jeunes, Simon et Camille, de la vie, la sienne. Celle que cette punkette dépressive de province n'aurait jamais cru pouvoir avoir, même si alors elle l'imaginait, ou la désirait, plus courte encore. Une vie à s'aimer, se désirer, à regarder en boucle La vie est belle de Capra. Sarah s'adresse aux siens, à ses lecteurs depuis l'au-delà de cette vie.

Sarah est l'héroïne, post-mortem, mais pourtant si vivante de Il est juste que les forts soient frappés, premier roman de Thibault Bérard, éditeur dans le civil à l'enseigne des éditions Sarbacane. Cette phrase titre est celle qui vient, par un apparent paradoxe, à l'esprit de Simon lorsqu'il apprend la sentence de mort qui vient frapper sa femme et donc son couple, sa famille. Si la faucheuse doit frapper, se dit-il, autant qu'elle s'attaque non aux plus faibles, à ceux pour qui « il ne manquerait plus que ça », mais à ceux qui comme Sarah rayonnent de vie, d'énergie, de projets. A de véritables adversaires, en somme. Le livre est le récit de sa vie donc, puis de ce combat, mené indéfectiblement à deux avec toute la rage et le désespoir aussi parfois dont leur amour les dote. Il y aura toujours des fêtes, des nuits sans fin, des colères, des enfants à prendre dans les bras et à promener, des amis. Il y a la vie et ce n'est pas rien.

Bien sûr, on pourrait craindre d'un tel récit qu'il ne soit qu'un mélodrame, tirant sans cesse le lecteur par la manche du côté de l'émotion. De fait, c'est un mélodrame, il y a de l'émotion, mais ni l'une ni l'autre n'ont à rougir d'être là. Le mérite en revient à l'écriture formidablement énergique de Thibault Bérard, à son sens incontestable de la scène. Malgré tout, l'auteur de ces lignes ne garantit pas que la lecture de la fin de ce « roman » ne lui soit pas rendue difficile par ses yeux mouillés. Mais enfin, en littérature aussi, on peut parfois se laisser aller.

Thibault Bérard
Il est juste que les forts soient frappés
Editions de l’Observatoire
Tirage: 7 500 EX.
Prix: 20 euros ; 304 P.
ISBN: 9791032908815

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