Déployés depuis une dizaine d’années par quelques pionnières afin "d’amener la lecture là où sont les gens l’été", explique Constance Bird, chargée de communication du département de la Seine-Maritime qui pilote depuis 2006 l’opération Lire à la plage, les dispositifs de bibliothèques estivales déportées connaissent, depuis quatre à cinq ans, une croissance exponentielle. Initiées par un établissement municipal ou par un département, ces antennes de bibliothèques sont plus ou moins élaborées, de la cabane en bois au bâtiment en dur, mais reçoivent partout l’adhésion du public. En 2016, pour sa troisième édition, la Cabane à la plage d’Angoulins, petite station balnéaire de 3 800 habitants en Charente-Maritime, a ainsi reçu la visite de 458 vacanciers venus simplement "bavarder, boire un café, lire la presse du jour ou emprunter un document", se réjouit Ambre Drillaud, bibliothécaire. Tenue par une vingtaine de bénévoles et ouverte tous les jours du 7 juillet au 27 août, la cabane proposera, cette année encore, 900 documents environ répartis entre des romans contemporains, de la littérature régionale, des policiers, des albums jeunesse et de la BD. Elle recevra aussi la visite du Camion qui bulle les 23 et 24 juillet, tout comme son aînée de Dunkerque, la Bibliothèque des sables. Fondée en 1991 pour amplifier le passage d’un bibliobus "qui fonctionnait déjà très bien", raconte Amaël Dumoulin, directrice du réseau des bibliothèques de Dunkerque, le dispositif est sans doute le plus élaboré de France. Ouvert quatre mois dans l’année dans un rez-de-chaussée d’immeuble, le lieu possède "la plus belle terrasse de la digue", assure Amaël Dumoulin, et reçoit environ 250 visites par jour. Un succès qui tient, pour la directrice, à une "attention particulière portée à l’équipement et à une animation constante qui rend l’endroit très attractif". Une série d’ateliers - tricot, numérique ou café livre - s’y succèdent, parfois en toute autonomie et "qui sont devenus des points de rendez-vous entre les gens. Ainsi, nous cultivons la proximité et la connivence avec eux", se réjouit Amaël Dumoulin.
Sortir des murs
Plus globalement, les programmations estivales de bibliothèques connaissent depuis quelques années une accélération, grâce notamment à l’opération nationale pilotée par le Centre national du livre, Partir en livre, qui a permis de "fédérer des actions éparpillées et de communiquer de manière collective", signale Claire Valgres, chargée de communication à l’Alpha à Angoulême, mais qui a aussi apporté des subsides bienvenus. "Avant, nous sortions peu de nos murs, même si nous collaborions avec des partenaires locaux", témoigne Claire Aeberhardt, chargée de l’action culturelle et de la communication du réseau des médiathèques de Montpellier. Aujourd’hui, les bibliothécaires montpelliérains dressent leur tente sur des marchés, au zoo, à la piscine, sur une plage à Villeneuve-lès-Maguelone et au lac du Crès, et accueillent une roulotte à histoire menée par deux conteurs qui visitera cette année six lieux en trois jours. Une effervescence qui a certes "bousculé les habitudes de travail mais nous a permis de nous renouveler, et dont nous aurions aujourd’hui du mal à nous passer", reconnaît Claire Aeberhardt. Pour mieux investir ces lieux tiers, les bibliothèques n’hésitent plus à se doter de nouveaux équipements, parfois insolites, comme le Bibliambule de Saint-Médard-en-Jalles (Gironde). Sortie pour la première fois en 2016, cette bibliothèque ambulante, qui transporte entre 500 et 800 livres, et une demi-douzaine de transats, s’est enrichie cette année de jouets en bois et de jeux de société ainsi que d’instruments de musique. Objet de curiosité lors de tous ses déplacements, selon Evelyne Guiraud, directrice du réseau des médiathèques de Saint-Médard-en-Jalles, elle sera notamment présente au sein du festival Jalles House Rock les 7 et 8 juillet.
(1) Voir Livreshebdo.fr, "Six bibliothèques à l’heure d’été".
