Coup sur coup, lors de leurs vœux respectifs en janvier, le président du Syndicat national de l'édition, Vincent Montagne, et celui du Syndicat de la librairie française, Xavier Moni, ont appelé leurs pairs à agir devant la « surproduction » de livres. Une injonction paradoxale alors que la production de nouveautés et de nouvelles éditions se révèle, en 2018, stable pour la quatrième année consécutive, mais qui souligne à quel point la surproduction est une valeur relative. Périodiquement fustigée par les libraires, et parfois les éditeurs depuis... plus d'un siècle, elle tient moins au niveau de la production lui-même qu'à la capacité du marché à l'absorber.

Or force est de constater que, après dix ans de contraction presque ininterrompue des ventes, celui-ci n'en peut mais. D'après les statistiques du SNE, le tirage moyen des nouveautés est tombé à 6 742 exemplaires en 2017. Douze ans plus tôt, en 2005, il se situait à 10 130. La chaîne de fabrication s'est largement adaptée à la multiplication des courts tirages. Les libraires les plus expérimentés trouvent également la parade en se montrant toujours plus sélectifs dans la composition de leur assortiment et dans leur prise de commande, au risque de tensions avec les diffuseurs sur le niveau de leur remise. Mais pour de nombreux libraires, et plus encore pour les éditeurs, entre lesquels la concurrence s'accentue, le maintien d'un niveau de production élevé quand les ventes ne suivent pas est synonyme de perte de rentabilité. Il exacerbe aussi les relations avec les auteurs, dont les revenus se réduisent mécaniquement.

On peine pourtant à imaginer les partenaires de la chaîne du livre se lancer dans la négociation de quotas d'édition ou d'autorisations de diversification. Pour combattre la surproduction, y a-t-il d'autres moyens que de s'en remettre à la raison des éditeurs, appelés à plus de sélectivité, et à la sélection naturelle des meilleurs titres par le marché ? Livres Hebdo est prêt à relayer toutes les propositions.


01.02 2019

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