Littérature américaine

Susie Yang, « Ivy » (Calmann-Lévy) : La petite voleuse

Susie Yang - Photo © ONUR PINAR

Susie Yang, « Ivy » (Calmann-Lévy) : La petite voleuse

Susie Yang imagine le rêve américain d'ascension sociale d'une jeune héroïne d'origine chinoise sans scrupules. Tirage à 9000 exemplaires.

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Par Sean J. Rose,
Créé le 03.04.2021 à 11h00,
Mis à jour le 09.04.2021 à 16h18

Les Asiatiques en Occident sont vus comme travailleurs et discrets. D'aucuns diraient fourbes - à savoir, sous leurs sourires niais et leurs rires jaunes, ils n'en pensent pas moins. Parmi les stigmates racistes affectant les communautés d'Extrême-Orient en Amérique, la malhonnêteté ne semble pas compter au premier chef. Ça tombe bien pour Ivy, d'origine chinoise, qui entend user de ce crédit de faciès d'adolescente sans histoire, à la limite de l'insignifiance, pour voler dans les magasins. Quand on n'a pas les moyens, il faut bien se les donner. L'autonomie et l'opportunisme sont « les deux qualités nécessaires à la survie ». L'héroïne éponyme du premier roman de la Sino-Américaine Susie Yang a appris le précepte de sa grand-mère Meifeng, reine de la ristourne, qui l'a élevée en Chine jusqu'à ce que ses parents, partis en premier aux États-Unis, aient gagné assez d'argent pour les accueillir, elle et l'aïeule. Une fois de l'autre côté du Pacifique, Ivy s'intègre à la culture américaine mais pas vraiment à son collège. Elle trouve en Roux Roman, d'un milieu modeste, un alter ego de la marge, voleur lui aussi. Elle lui préfère cependant Gideon Speyer, le parfait patricien WASP. Quand ce dernier l'invite à la fête d'anniversaire de ses 14 ans, la jeune fille consigne dans son journal : « Maintenant, tout va changer. » Pas tout de suite. Les années passent, l'obsession demeure. Faute de pouvoir troquer ses yeux bridés et ses cheveux de jais contre le regard bleu et la chevelure blonde d'une Bostonienne bien née, Ivy ne vise rien de moins que l'assimilation dans le milieu des Blancs huppés. Il ne lui suffira pas d'avoir fait des études et de trouver un emploi stable d'enseignante. Recroiser Sylvia, la sœur de Gideon, la remet en orbite dans les hauteurs stratosphériques des ultrariches. La midinette aux dents longues veut glisser la bague au doigt de Gideon, désormais diplômé de Stanford, qui a rejoint deux années consécutives la liste des « trente jeunes de moins 30 ans les plus influents selon le magazine Forbes ».

Susie Yang décline à la sauce aigre-douce le Rastignac au féminin de la littérature anglo-saxonne, qu'on rencontre dans Chez les heureux du monde d'Edith Wharton - Lily Bart -, ou dans La foire aux vanités de William Thackeray - Rebecca Sharp. Ivy a jeté son dévolu sur Gideon qui est tombé dans les rets de la calculatrice et, chez les Speyer, revoit Roux, devenu riche et le fiancé de... Sylvia. Un bad boy qui en veut, c'est toujours plus sexy. Ivy, en anglais, c'est le lierre, ici métaphore de l'arrivisme, plante grimpante, en l'espèce, menacée par son propre narcissisme. Attention, qui trop s'embrasse n'arrive à rien.

Susie Yang
Ivy Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jessica Shapiro
Calmann-Lévy
Tirage: 9 000 ex.
Prix: 22,50 € ; 448 p.
ISBN: 9782702182703

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