Marie-Jo Bonnet a su très tôt qu'elle ne voulait pas d'enfant. Qu'elle ne serait ni mère ni épouse, statuts symboles du destin biologique opprimant des femmes de sa génération et des précédentes. Du destin de sa propre mère, aussi bien, à qui elle avait dédié Simone de Beauvoir et les femmes, l'essai paru en 2015 dans lequel elle dressait un portrait iconoclaste de l'intellectuelle féministe qui avait marqué son engagement dans le MLF quand elle avait 20 ans. Pourtant, si Marie-Jo Bonnet a renoncé en toute conscience à la maternité biologique, l'historienne des femmes, la militante cofondatrice du Front homosexuel d'action révolutionnaire (Fhar) et des Lesbiennes rouges, remet dans ce nouveau livre la question de la maternité au cœur du projet émancipateur féministe, en rappelant notamment que la maternité a bien d'autres visages et en célébrant le « pouvoir matriciel de chaque femme qui dépasse la séparation entre mère et non-mères ».

Avec sa façon singulière de relier politique et spiritualité, elle réhabilite et exalte même, dans ce nouveau livre, la dimension symbolique de la maternité, quand la fécondité des esprits et des cœurs compte autant que celle des corps et quand la « mise au monde de soi », les « enfants de l'esprit » sont aussi importants que les « enfants de chair ». Elle convoque ainsi des représentantes remarquables de cette autre maternité, figures mythologiques et chrétiennes notamment, et, parmi les contemporaines, rend en particulier hommage à sa propre mère spirituelle, la peintre et poète Charlotte Calmis. Elle consacre aussi un portrait admiratif à la Française Françoise d'Eaubonne, pionnière oubliée de l'écoféminisme, une pensée qui représente pour Marie-Jo Bonnet, dans sa version actualisée, un des courants profonds parmi les plus vivifiants du féminisme contemporain.

Réitérant en la développant sa critique vis-à-vis de la PMA, son opposition à la GPA qu'elle voit comme une nouvelle exploitation du corps des femmes par le pouvoir médical et le marché, elle s'élève contre « la forme de matricide » perpétrée par les nouvelles biotechnologies de la procréation, lisible dans des acronymes qui font disparaître dangereusement le mot mère. Or pour Marie-Jo Bonnet, l'enjeu du féminisme reste d'assumer individuellement, collectivement et solidairement la dimension maternelle du féminin, la maternité dans toute sa puissance. Un livre pour nourrir le débat.

Marie-Jo Bonnet
La maternité symbolique : être mère autrement
Albin Michel
Tirage: 3 000 ex.
Prix: 20,90 € ; 352 p.
ISBN: 9782226448996

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