8 et 14 janvier > Histoire France

D’abord la sidération. On savait sans savoir, on imaginait sans concevoir. La libération des camps fut un choc. Dans l’instant, on saisit l’ampleur du massacre et l’étendue du désastre pour la civilisation européenne. Annette Wieviorka revient sur cette découverte à laquelle elle a consacré de nombreux travaux en adoptant un angle original. Cette grande spécialiste de la Shoah raconte la libération des camps sous le regard de deux correspondants de guerre parmi les troupes alliées.

Tous les deux sont juifs. Meyer Lewin est américain, Eric Schwab est français et photographe pour l’AFP. Le premier recherche ce qui reste du monde juif et de la culture yiddish que les nazis ont détruits. Le second recherche sa mère déportée qu’il retrouvera à Terezin dans une scène bouleversante.

De Paris à Terezin, en passant Buchenwald et Dachau, nous suivons ces deux reporters dans leur voyage au cœur des ténèbres à bord de leur jeep baptisée "The Spirit of Alpena" d’avril à juin 1945. Passer par ces deux médiateurs, à travers leurs mots et leurs photos, permet de saisir autrement une histoire maintes fois rapportée.

De même, la personnalité de Raoul Wallenberg permet d’élargir la focale pour comprendre le sort des Juifs en Hongrie et comment un homme réussit à en sauver 100 000 du 9 juillet 1944 au 17 janvier 1945. Dans ce livre collectif, Annette Wieviorka et Fabrice Virgili reviennent sur la personnalité de ce diplomate suédois, honoré en 1963 du titre de Juste parmi les nations. Arrêté à Budapest en 1945, par la même Armée rouge qui libéra Auschwitz, l’homme est porté disparu. Il est mort en 1947 dans les geôles moscovites. Les diverses contributions reviennent sur la particularité du génocide en Hongrie et le parcours de ce héros bien moins connu en France qu’un Oskar Schindler.

Dans la dernière partie de son récit sur la découverte des camps, Annette Wieviorka explique qu’il a fallu attendre la fin des années 1980, bien après le succès du feuilleton Holocauste, pour que la spécificité d’Auschwitz devienne centrale. En 1945, ce camp libéré par les Soviétiques est absent de la médiatisation car dans l’horreur on ne distingue pas les Juifs des autres déportés.

Les Américains obligèrent la population locale à visiter ces camps. Les regards sont fermés, absents. On ne voit que ce que l’on comprend. La grande dignité de ces deux journalistes auxquels Annette Wieviorka rend un scrupuleux hommage est justement d’avoir saisi que quelque chose d’inouï s’était déroulé et que l’homme ne pouvait désormais plus se regarder comme s’il ne s’était rien passé. L. L.

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