Une partie de l’avenir des bibliothèques académiques se jouera dans le « nuage informatique », hébergement et traitement des données à distance sur le Web, thème qui a dominé les journées annuelles de l’Agence bibliographique de l’enseignement supérieur (Abes), organisées à Montpellier les 14 et 15 mai. Le projet de système de gestion de bibliothèque mutualisé (SGBM), notamment, a suscité à la fois intérêt et réticence. Ce programme piloté par l’Abes proposera dès l’année prochaine aux bibliothèques de s’abonner à un système de gestion de nouvelle génération hébergé à distance dans le « cloud » informatique, une formule déjà adoptée par 250 bibliothèques dans le monde. Les avantages : une économie d’échelle, l’accès à l’univers des services Web ; les inconvénients : la difficulté d’adapter un outil unique aux particularités de chaque établissement, le risque de se trouver dans un marché captif, un changement en profondeur dans le travail et l’organisation des équipes.
Autre enjeu pour les bibliothèques universitaires ou de recherche : s’inscrire dans le Web de données. « Il faut que les standards des bibliothèques évoluent vers ceux du Web », a affirmé Gildas Illien, de la BNF. Cette dernière a déjà 20 % de ses catalogues dans le Web de données via le site Data.bnf.fr qui fédère des ressources de nature et de provenance hétérogènes, liées entre elles de manière thématique. Grande fierté de la BNF : 80 % des visites sur la nouvelle plateforme se font via une recherche dans les moteurs généralistes : signe que les bibliothèques existent sur le Web !
Les stratégies de numérisation
du patrimoine
La table ronde consacrée aux partenariats public-privé pour la numérisation des collections patrimoniales a été un autre temps fort. Jacqueline Sanson, directrice générale de la BNF, a rappelé l’évolution de la politique de numérisation de son institution, passée de la sélection de corpus thématiques à la numérisation de masse avec un objectif d’exhaustivité. Elle a également dû revenir sur l’accord entre son institution et Proquest, contesté par le milieu professionnel lors de son annonce en janvier, en particulier parce que la gratuité de l’accès aux documents numérisés n’était prévue que dans l’enceinte de la BNF. Un écueil qu’a su éviter la Bibliothèque royale de Copenhague qui, dans son accord avec le même fournisseur, a négocié la gratuité d’accès pour l’ensemble des bibliothèques du pays. « Nous cherchons aujourd’hui des solutions pour que les bibliothèques françaises n’aient pas à débourser d’argent pour la consultation de ces documents », a affirmé la directrice générale. Une chose est sûre, sachant que la numérisation de l’ensemble des collections patrimoniales détenues par les bibliothèques européennes coûterait 100 milliards d’euros, le recours aux partenariats public-privé est incontournable. Les participants qui se sont succédé à la tribune ont salué le travail accompli par Raymond Bérard, directeur de l’Abes, qui quittera ses fonctions cet été.
Véronique Heurtematte
