A deux mois du 101e Tour de France, les ouvrages sur la petite reine commencent à paraître. En voilà un très original qui se distingue par son traitement historique et sociologique en s’intéressant, non pas au phénomène sportif, mais aux déplacements dans les villes. Maître de conférences à l’université de Lille-1, Frédéric Héran est un des meilleurs spécialistes des transports en milieu urbain. Dans cette petite bible du biclou, il nous raconte tout sur les origines de la bicyclette et sur son retour, encore timide en France, mais bien réel dans d’autres pays européens comme les Pays-Bas, la Belgique ou l’Allemagne qui n’ont pourtant pas toujours été, comme on le pense, des accros de la bécane.
En 1817, soyons francs, le vélo concernait peu de monde. La draisienne allemande apparaissait comme une innovation bizarre, une distraction pour les bourgeois non cavaliers. Elle est devenue en enjeu lorsqu’il fallut remplacer le cheval trop coûteux. La bicyclette participa aussi à l’émancipation des femmes qui obtinrent l’autorisation de changer leur robe pour un vêtement proche du pantalon. Puis ce fut le succès foudroyant de l’automobile… Le vélo resta donc pour un long moment le moyen de transport des pauvres et des ouvriers qui ne pouvaient acquérir une auto, jusqu’à ce que le "tout-bagnole" perde du terrain en raison de l’augmentation du prix des carburants, de la crise économique et de la prise de conscience écologique.
Dans cet essai très informé, qui fait tomber bien des idées reçues sur les déplacements urbains - y compris sur le fameux Vélib’ -, Frédéric Héran montre bien comment un mode de transport passe du désuet à la tendance, de la bicyclette ouvrière à celle des bobos. Et surtout, il semble enfin que l’innovation technologique s’empare de ce moyen de transport plus que centenaire.
En matière de déplacements urbains, nous assistions donc peut-être en Europe à la naissance d’un nouveau cycle ou, à tout le moins, à une "vélorution".
L. L.
