Le développement du numérique constitue une véritable révolution pour les bibliothèques et les personnels qui y travaillent. Selon l’inspection générale des bibliothèques, qui vient de publier un rapport intitulé Quels emplois dans les bibliothèques ? Etat des lieux et perspectives, c’est sans conteste aujourd’hui le plus important facteur de changement pour la profession. Les services, le rapport aux usagers, la nature des collections et la façon de les diffuser auprès du public se trouvent considérablement transformés. La mutualisation, notamment au sein de grands réseaux d’établissements comme Couperin, constitue l’autre grand facteur de changement, avec l’externalisation de tâches techniques telles que l’équipement de documents. Les conséquences pour les personnels des bibliothèques sont importantes : une plus grande diversité dans leurs tâches, une plus grande polyvalence et, globalement, une hausse du niveau de compétences. Le cœur de métier se déplace de la gestion technique des collections vers la création de services et la médiation, bref vers une conception entièrement renouvelée du métier. « Reste à inventer, en grande partie, un profil de bibliothécaire-médiateur, compétent sur le contenu des collections et disponible à l’égard des publics », résume le rapport.
Ces éléments devraient conduire, selon le rapport, à un rééquilibrage de la pyramide des emplois. Le nombre de conservateurs dans les bibliothèques universitaires et les grandes institutions, telles que la Bibliothèque publique d’information et la BNF, devrait être rééquilibré (à hauteur de 15 % environ) au profit des bibliothécaires. Pour mieux refléter la réalité de leurs responsabilités, 15 % des emplois de bibliothécaires adjoints spécialisés (BAS) devraient être requalifiés en bibliothécaires, et 15 % des emplois de magasiniers requalifiés en BAS. Dans les bibliothèques publiques, certains postes de bibliothécaires, affectés à des fonctions de direction, devraient être transformés en postes de conservateurs. Le rapport recommande par ailleurs que le concours de conservateur soit ouvert non plus aux titulaires d’une licence, mais à ceux d’un master 2, ce qui serait « plus en phase avec leurs missions et avec la qualification de leurs homologues étrangers ». Si la formation des conservateurs d’Etat et territoriaux ainsi que celle des bibliothécaires d’Etat dispensée par l’Ecole nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (Enssib)sont considérées comme satisfaisantes, celle des bibliothécaires de la fonction publique territoriale est jugée tout à fait insuffisante. Dans tous les cas, la formation devrait être rapprochée des universités. En 2012 il y avait 6 157 agents dans la filière bibliothèque de la fonction publique d’Etat, tandis qu’en 2010, on estimait à 33 640 le nombre d’agents dans le cadre d’emplois bibliothèque et patrimoine de la fonction publique territoriale. Véronique Heurtematte
