Saga

Vivendi / Lagardère, 2002-2004 : la naissance d’Editis (4/5)

Vivendi / Lagardère, 2002-2004 : la naissance d’Editis (4/5)

Vivendi / Lagardère, 2002-2004 : la naissance d’Editis (4/5)

En 2002 s’ouvrait le long processus de rachat de Vivendi universal publishing (Vup, devenu Editis) par le groupe Lagardère. 2 ans de tractations ont suivi, bouleversant le paysage éditorial français. Retour, au fil des archives de Livres Hebdo, sur ce feuilleton qui résonne de manière étrangement familière aujourd’hui. 

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Par Pierre Georges,
Créé le 24.01.2022 à 14h59 ,
Mis à jour le 03.03.2022 à 11h30

A la Foire du livre de Francfort 2003, cette affiche : « Investima 10, les maisons d’édition de Vup, deviendra Editis le 14 octobre 2003 ». Editis, « vous éditez » en latin. Alors que la Commission européenne s’apprête à communiquer ses « griefs » qui boucleront le rachat de Vup par Lagardère et façonneront ainsi le futur paysage éditorial français, Lagardère cherche des solutions. « Pendant toute la durée de la Foire de Francfort le hall français a bruissé des rumeurs les plus contradictoires concernant l’avenir de Vup et les modalités de son rapprochement avec Hachette », écrit le journaliste Fabrice Piault dans notre numéro 530 du 17 octobre 2003. « Depuis le 5 juin, Lagardère ne croit plus à la possibilité de la reprise quasi totale de Vup », ajoute-t-il.

Confusion finale

Une certitude au milieu des rumeurs : le groupe Lagardère devra se séparer de la majorité des maisons du groupe Editis. Au fil des semaines, les noms de repreneurs potentiels circulent dans les pages de Livres Hebdo. D’abord Albin Michel, puis Média Participations, le néerlandais Wolters Kluwer ou l’italien Rizzoli. Un scénario évoque même le rachat du groupe Editis par lui-même. Entre « griefs » et « remèdes », la situation a rarement été aussi confuse. « La presse a multiplié les articles mêlant futur et conditionnel », résume le rédacteur en chef de Livres Hebdo, Pierre-Louis Rozynès. « Chaque jour, la presse se fait l’écho de nouvelles candidatures », ajoute-t-il dans notre numéro 534 du 14 novembre.

Les nerfs de la guerre lors de cette bataille finale : Larousse, Interforum (la filiale distribution d’Editis et son centre de Malesherbes à l’époque le plus important et moderne de France) ou encore les activités internationales de Vup (notamment le groupe espagnol Anaya). Mais les griefs finissent par tomber et, d’après les services de Mario Monti à Bruxelles, ce ne sont pas moins d’une douzaine de secteurs dans lequel l’hypothétique groupe Lagardère / Editis serait en infraction aux règles de la concurrence européenne (avec des parts de marché supérieures à 40%) : littérature générale, poche, diffusion, distribution, grossiste, jeunesse, pratique, encyclopédie, scolaire, parascolaire, dictionnaire.

Le nouveau paysage éditorial français

Les « remèdes » finissent par arriver : Lagardère bouge ses pions, revoit ses ambitions, à la baisse, forcément. Mercredi 7 janvier 2004, près de deux années après le début du feuilleton, Bruxelles donne son accord pour le rachat de certains actifs : les éditions Larousse, Dalloz, Dunod, Nathan Université, Armand Colin, Sedes, divers revues universitaires, le groupe espagnol Anaya et enfin le centre de distribution d’Ivry. Lagardère augmente de la sorte son périmètre d’activité de 38%. Numéro un de l’édition française, Hachette remonte aussi du 11e au 6e rang mondial. Et ne compte pas s’arrêter là, comme en témoigne l’entretien d’Arnaud Nourry dans notre numéro 541 de janvier 2004.

Et quid de la reconstitution d’un numéro deux français, alors qu’Editis se voit amputé de 40% de son chiffre d’affaires ? Mise au point d’un dossier de cession, réception des candidatures, analyse des dossiers… L’avenir du groupe occupera encore les pages de Livres Hebdo tout au long de l’année 2004. Le 30 septembre, Wendel Investissement remportera la mise et fera l’acquisition de 100% d’Editis. Des années plus tard viendra l’ère Planeta, puis une nouvelle ère Vivendi.

Pour finir de chambouler le tableau, en réaction au renforcement d’Hachette et à la vente du reste d’Editis, La Martinière acte en début d’année 2004 le rachat du Seuil et devient par là le troisième éditeur du pays. Le nouveau tableau de l’édition française est terminé et ne sera pas re-chamboulé de sitôt, avec l'acquisition de Flammarion par Gallimard puis de La Martinière - Le Seuil par Média-Participations. Arrive l’année 2021 et l’offensive d’un certain groupe Vivendi, mené par Vincent Bolloré et récent propriétaire d’Editis, sur un certain groupe Lagardère et son fleuron Hachette Livre, devenu entre temps le 3e éditeur généraliste planétaire. Car si les années passent, les feuilletons politico-financiers se ressemblent.

Dans le dernier volet de cette saga Vivendi-Lagardère : analyse, avec certains protagonistes de l’époque, de la situation en 2021.

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