Wepler : comment une libraire bâtit un prix | Livres Hebdo

Par Clarisse Normand, le 27.10.2017 (mis à jour le 27.10.2017 à 20h21) Prix littéraire

Wepler : comment une libraire bâtit un prix

Marie-Rose Guarniéri (à droite), avec Pierre Senges, lauréat 2015 pour Achab (séquelles) chez Verticales. - Photo OLIVIER DION

Le prix Wepler, qui fête ses 20 ans, a trouvé sa place aux côtés des plus grands. Analyse du succès avec sa fondatrice, Marie-Rose Guarniéri, gérante de la librairie des Abbesses à Paris.

L’édition 2017 du prix Wepler-Fondation La Poste, programmée le 13 novembre, s’annonce marquante à plus d’un titre. Non seulement, ce sont les 20 ans du prix créé par la libraire indépendante Marie-Rose Guarniéri, gérante de la librairie des Abbesses (Paris 18e), mais c’est aussi la dernière édition avec Michel Bessière, patron de la brasserie Wepler place Clichy qui héberge le prix depuis sa création et lui a même donné son nom. Ce sera aussi la première avec le nouveau propriétaire, depuis le 1er octobre, le groupe familial Joulie, à la tête d’une dizaine d’autres établissements de la capitale (Chez André, Bouillon Chartier, L’Européen…). Confronté au défi du maintien du partenariat, le prix Wepler a pour lui d’avoir su s’imposer parmi les prix littéraires qui comptent.

"C’est un marqueur de qualité qui accélère la reconnaissance d’un travail éditorial, estime Frédéric Martin, éditeur du Tripode. Ce prix a une forte valeur symbolique et il n’est pas négligeable sur un plan commercial, même si son impact est difficile à chiffrer. Pour Anguille sous roche d’Ali Zamir, lauréat en 2016, j’évalue son apport à environ 10 % des ventes, soit 1 200 exemplaires." Directeur commercial de P.O.L, éditeur le plus primé avec cinq auteurs récompensés (Héléna Marienské, Louise Desbrusses, Emmanuelle Pagano, Leslie Kaplan et Lise Charles), Jean-Paul Hirsch salue "la très grande cohérence et la qualité des sélections".

En toute indépendance

"J’ai voulu créer un prix qui n’existait pas ailleurs", lance Marie-Rose Guarniéri, désireuse de promouvoir, "en toute indépendance", insiste-t-elle, des œuvres innovantes de la rentrée littéraire, qu’elles viennent de jeunes talents, dont certains se sont imposés ensuite, ou d’écrivains plus expérimentés mais méconnus. En témoignent les 39 auteurs couronnés par le prix ou la mention spéciale, dont Antoine Volodine en 1999, Richard Morgiève en 2000 et en 2005, Céline Minard en 2008, Jacques Abeille en 2010, Marcel Cohen en 2013, ou encore Pierre Senges en 2015.

Pour garder le cap, la pétulante libraire s’entoure chaque année d’un jury entièrement renouvelé, mêlant professionnels et non-professionnels. Comptant une douzaine de personnes qui se réunissent six fois entre juin et novembre, le jury se compose notamment d’un libraire, de deux journalistes et de plusieurs lecteurs avertis, dont un postier et une détenue en prison. "Tout commence en mai quand nous demandons aux éditeurs de nous envoyer leurs livres en une douzaine d’exemplaires, explique Marie-Rose Guarniéri. En juin, les premières réunions permettent d’élaguer la liste à environ 70 titres… à lire pour la fin d’août afin d’établir et annoncer à la mi-septembre une sélection de 12 ou 13 titres. La dernière réunion a lieu la veille du couronnement pour élire les lauréats du prix et de la mention spéciale." Membre du jury en 2013, Olivier Renault, gérant de La Petite Lumière (Paris 14e), salue "l’honnêteté et la rigueur de ce prix. Il n’y a pas de copinage et Marie-Rose fait preuve d’une grande écoute sans chercher à imposer ses choix".

La sélection 2017

• Michèle Audin, Comme une rivière bleue, Paris 1871 (L’Arbalète/Gallimard)

• Joël Baqué, La fonte des glaces (P.O.L)

• Lutz Bassmann, Black Village (Verdier)

• Jean-François Billeter, Une rencontre à Pékin/Une autre Aurélia (Allia)

• Yves Flank, Transport (L’Antilope)

• Anne Godard, Une chance folle (Minuit)

• Yannick Haenel, Tiens ferme ta couronne (Gallimard)

• Jimmy Lévy, Petites reines (Cherche Midi)

• Julie Mazzieri, La Bosco (Corti)

• Ariane Monnier, Le presbytère (JC Lattès)

• Gaël Octavia, La fin de Mame Baby (Continents noirs/Gallimard)

• Guillaume Poix, Les fils conducteurs (Verticales)

• Thomas Vinau, Le camp des autres (Alma)

13 000 euros de dotation

Le succès du Wepler repose aussi sur la fidélité de ses deux partenaires : la brasserie Wepler et la Fondation La Poste. Le premier réserve son établissement pour la soirée qui accompagne la remise du prix mais accueille aussi, autour d’un dîner, toutes les réunions du jury. Il fait rayonner le prix en insérant dans ses menus des feuillets présentant les œuvres sélectionnées et en les exposant dans une vitrine à l’entrée du restaurant. De son côté, la Fondation La Poste finance la dotation aux lauréats, soit 10 000 euros pour le prix et 3 000 euros pour la mention spéciale, et participe aux frais de l’organisation, notamment aux nombreux envois de courriers adressés aux éditeurs, pour obtenir les livres qui entreront en compétition, mais aussi à près de 600 libraires, pour les inviter à valoriser les œuvres primées. Enfin, tous les ans, une affiche est créée - cette année par Christian Lacroix - et est envoyée à 1 500 exemplaires aux journalistes, aux libraires.

Cette communication soutenue permet à un prix créé par une librairie indépendante de "rayonner à l’échelle nationale !", se félicite sa fondatrice, qui innove cette année en créant Les Lectures du jeune Wepler, auprès de 40 élèves d’une école hôtelière. Invités à s’initier à la littérature contemporaine en travaillant avec leur professeur de français sur quatre titres de la sélection, ils participeront à la fête du 13 novembre en confectionnant le gâteau d’anniversaire des 20 ans.

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