RNL 2022

5 points à retenir des Rencontres nationales de la librairie 2022

Anne Martelle lors de la clôture des RNL d'Angers. - Photo Olivier Dion

5 points à retenir des Rencontres nationales de la librairie 2022

Après trois ans sans se voir, un premier semestre 2022 marqué par un "retour à la normale" et par celui de l'inflation, les libraires rassemblés à Angers les dimanche 3 et lundi 4 juillet 2022 pour les 6e RNL avaient beaucoup à se dire comme l'ont reflété des débats à la fois chaleureux, engagés et riches d'enseignements.

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Par Souen Léger ,
Créé le 05.07.2022 à 00h11 ,
Mis à jour le 05.07.2022 à 11h59

Au sortir des 6e Rencontres nationales de la librairie, les dimanche 3 et 4 juillet à Angers, les dirigeants du Syndicat de la librairie française (SLF), qui les organisent, pouvaient se montrer satisfaits d'une manifestation professionnelle chaleureuse, qui a largement témoigné du renouvellement, du rajeunissement et de la féminisation des équipes de libraires. 5 points sont particulièrement à retenir.

1. Angers fait mieux que Marseille

Avec 1200 professionnels du livre, dont 700 libraires, réunis pour deux jours au Centre des congrès d'Angers, la fréquentation des 6e Rencontres nationales de la librairie dépasse encore celle des éditions précédentes. "Angers fait mieux que Marseille, La Rochelle, Lille et Bordeaux", s'est réjouie Anne Martelle, la présidente du SLF. Après deux années de turbulences, et le report de l'édition 2021, des libraires venus de toute la France se sont retrouvés sous le soleil d'Angers pour deux journées qu'Anne Martelle souhaitait "remplies de réflexions, de combats, de débats et de convivialité". Une mission accomplie en présence, pour la première fois dans l'histoire des RNL, de deux ministres : Rima Abdul-Malak, ministre de la Culture, et Christophe Béchu, maire d'Angers, passé lundi matin ministre de la Transition écologique après avoir été brièvement en charge des collectivités territoriales.

2. Une pression environnementale qui monte, qui monte…

De transition écologique, il a précisément été beaucoup question lors de ces deux journées rythmées par 4 séances plénières, 5 semi-plénières et 25 ateliers. Les enjeux environnementaux étaient au cœur de débats dédiés, mais ils ont aussi été imposés par les participants comme un sujet central et transversal, soulevé dans de nombreux échanges. "Je suis effarée par le nombre de cartons qui arrivent à moitié vides. Y a-t-il une réflexion pour utiliser des boîtes réutilisables ?", interroge ainsi une libraire lors d'une semi-plénière sur la distribution. Empreinte carbone, pilon, surproduction… Les libraires pressent l'ensemble du monde du livre de réfléchir ensemble à des solutions concrètes pour, enfin, décarboner leurs activités.

3. Des visions qui se rencontrent et s'affrontent

Travail de l'office, commandes, vente en ligne, communication digitale… Sur tous les aspects du métier abordés à Angers, les débats ont révélé une grande diversité dans les approches, les réalités quotidiennes et les attentes des librairies. Comme l'ont fait remarquer plusieurs libraires, les problématiques varient fortement selon la taille, la situation géographique, ou encore la spécialisation du lieu. "Je ne me retrouve jamais dans les panels de libraires", observe ainsi Natalie Julia, gérante de la librairie Caligramme à Cahors (Lot), lors d'un atelier sur le thème "Comment être plus efficace dans ses achats ?". "En Occitanie, on a de gros problèmes au niveau des livraisons qui prennent sept jours en moyenne. Dès lors, tout change dans la façon d'acheter, de commander, de sélectionner", explique la libraire. "Pour garder mes clients, et ne pas rallonger encore les délais, oui, je passe des commandes tous les soirs", précise-t-elle en réaction au sujet, récurrent, du regroupement des commandes pour optimiser les flux de distribution. Un sentiment de décalage loin d'être isolé, ce qui soulève la question de futurs ateliers, peut-être plus adaptés aux différentes typologies de librairies.

4. Le discours féministe applaudi de L'Affranchie

Dimanche soir, dans les élégants jardins de l'Hôtel du Département, sous les fenêtres du préfet, le cri de ralliement féministe de Soazic Courbet, l'une des libraires de L'Affranchie (Lille), a été attentivement suivi, puis copieusement applaudi. On a interrompu sa conversation pour ne pas rater un mot de son discours, on s'est levé ou hissé sur la pointe des pieds afin de mieux voir la libraire, montée sur scène pour recevoir le Coup de cœur du jury du Grand Prix Livres Hebdo des Librairies 2022. "Parce que le monde du livre est individualiste, polluant, capitaliste, patriarcal, qu'il reproduit les rapports de dominations, les inégalités de genre, les violences sexistes et sexuelles, présentes dans toute notre société, sans que cela ne dérange personne. (...) Sauf moi, sauf nous. Les féministes qui veulent lire, écrire, éditer autrement", a déclamé la lauréate, célébrant au passage "les libraires féministes de feu qui envahissent les villes et les campagnes". "Certains d'entre vous pensent d'ailleurs sans doute que ce coup de cœur du jury vient juste récompenser une mode, la fameuse mode féministe. Moi, je le chéris ce coup de cœur, puisqu'il me permet de vous dire : notre révolution est juste derrière vous. Le monde du livre n'y échappera pas. Collectivement nous arrivons", a conclu la fondatrice de L'Affranchie devant une foule conquise. 

5. Ce n'est qu'un au revoir

Riche en échanges entre libraires, certes, mais aussi avec les éditeurs (dont Gallimard, CNRS Edition, Sabine Wespieser et beaucoup d'autres dont une dizaine de maisons régionales ou encore celles rassemblées par Québec édition), les distributeurs et les auteurs, cette 6e édition a suffisamment séduit le maire de la ville, Christophe Béchu, pour qu'il propose d'accueillir également les prochaines RNL sous le signe de la douceur angevine. Quoi qu'il en soit, quel que soit son point de chute, le SLF a d'ores et déjà donné à tous rendez-vous en 2024 pour les 7e RNL.

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