RNL 2022

Les libraires pressent le secteur de mieux protéger l'environnement

L'atelier "Une chaîne du livre éco-responsable : que nous apprennent les exemples à l’étranger ?", aux Rencontres nationales de la librairie à Angers, le dimanche 3 juillet. - Photo Olivier Dion

Les libraires pressent le secteur de mieux protéger l'environnement

Même si quelques solutions pour réduire l'empreinte carbone de la chaîne du livre sont testées en France et à l’étranger, les libraires ont déploré un manque d'engagement de la filière au cours de plusieurs ateliers des 6e Rencontres nationales de la librairie à Angers dimanche 3 juillet.

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Par Dahlia Girgis , Angers
Créé le 03.07.2022 à 23h27 ,
Mis à jour le 04.07.2022 à 08h28

Empreinte carbone, pilon, et gestion de stock ont été au cœur des discussions des 6e Rencontres nationales de la librairie, dimanche 3 juillet à Angers. "Le train pour l’environnement est en marche, il ne faut pas le laisser passer", lance Stéphanie Lechêne directrice adjointe de l’association régionale du livre Mobilis et animatrice dans l'après-midi de l’atelier "L’empreinte environnementale de la chaîne du livre : de la fabrication à la librairie, quelles causes principales et quelles pistes d’amélioration ?". À peine deux heures plus tard, la métaphore est reprise par l’éditeur Simon de Jocas, président des éditions québécoises Les 400 coups, lors d’une seconde rencontre, "Une chaîne du livre éco-responsable : que nous apprennent les exemples à l’étranger ?".

Pour mieux comprendre les enjeux de l’impact environnemental, les professionnels font appel au rapport "Décarbonons la culture !" de l’association The shift project. L’auteure du chapitre Livre et édition, et consultante en développement durable Fanny Valembois rappelle les risques que la profession prend en ignorant l’aspect environnemental de son travail. Parmi eux : la perte d’opportunités comme celui du marché de l’occasion, des ruptures d’approvisionnement ou encore un risque de perte de diversité éditoriale liée à la concentration et à la massification. Pour autant, difficile de chiffrer l’empreinte carbone de sa librairie, d’autant plus si la structure est de petite taille : le coût d’une étude de ce genre pour une librairie moyenne s’élève entre 5 et 10 000 euros.

Du collectif ou rien ?

Les deux ateliers, remplis de librairies mais également d’éditeurs et d’autres professionnels du secteur, ont permis des vifs échanges sur le sujet. "Recevoir des caisses qui arrivent aux trois quarts vides est un non-sens", soutiennent par exemple plusieurs intervenants. La question est : que faire concrètement ? Certains ont déjà réduit leurs nombres de livraisons. Andrea, un libraire d’Angers, se limite à deux réassorts par semaine. Des idées sont également testées à l’étranger. Au Québec, Simon de Jocas s’est lié avec quelques éditeurs pour imprimer collectivement ses exemplaires. Ces solutions ont été imaginées après des discussions entre plusieurs acteurs de la chaîne de fabrication du livre. "Pour le bien de la planète, c’est mieux de laisser la concurrence de côté", résume Tora Asling, représentante des pays nordiques au sein de la Fédération européenne et internationale des libraires.

Ce travail collectif devient inévitable comme le montre l’évolution de l’engagement militant de Thomas Bout. Fondateur des éditions Rue de l’échiquier et membre du collectif "éditeur écolo-compatibles" fondé en 2010, il multiplie les initiatives à son échelle : choix d’impression sur du papier labellisé ou recyclé, mise à disposition des invendus à Emmaüs ou à des étudiants… Mais il se rend compte qu’il faut aller plus loin : "il fallait quitter notre pré carré d’éditeurs et se confronter aux autres métiers du secteur." En 2019 est fondée l’association Pour l’écologie du livre qui regroupe l’ensemble de la filière. Distributeur, libraire, mais également pédagogie auprès de la clientèle... tout un travail d’échange reste à faire pour que le marché du livre passe au vert.

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