L’écrivain, essayiste, traducteur et critique Alberto Manguel est couronné du prix de la Bibliothèque nationale de France (Bnf). Un prix spécial du jury a également été attribué à l’écrivaine, poétesse, artiste et musicienne Patti Smith. Les deux récompenses ont été remises lors du dîner des mécènes de la BnF, organisé le 28 septembre au bénéfice de l’enrichissement des collections de la Bibliothèque. « Cette double distinction rend hommage à deux œuvres singulières, comme forme d’ouverture et de dialogue interculturel en relation avec notre patrimoine documentaire, et s’inscrit dans la vocation de la BnF à faire vivre, conserver et transmettre la création contemporaine », indique un communiqué.
Cette édition du prix de la BnF revêt une résonance particulière, marquée par la disparition, le 12 juin dernier, de Jean-Claude Meyer, président du Cercle de la BnF et créateur de ce prix. Il avait participé aux délibérations du jury et à la désignation des deux lauréats.
Ouverture à un auteur étranger
« Cette année, et conformément à la volonté de Jean-Claude Meyer qui a créé le prix, le jury a décidé de distinguer des auteurs et artistes étrangers qui contribuent au rayonnement des collections de la BnF : une façon claire d’accompagner notre volonté de faire plus que jamais de la Bibliothèque le vecteur d’une diplomatie solidaire autour des savoirs et des arts. Les deux prix exceptionnellement décernés à l’écrivain et bibliothécaire Alberto Manguel et à l’artiste et écrivaine Patti Smith illustrent au plus haut niveau ce que la Bibliothèque nationale de France dit au monde », complète la BnF.
Le prix de la BnF, doté de 10 000 euros, récompense traditionnellement l’ensemble de l’œuvre d’un auteur vivant de langue française. Cette année, a été décidé de pouvoir également attribuer le prix à un auteur étranger pour l’ensemble de son œuvre, dès lors qu’une partie de celle-ci a été traduite en français et que son travail témoigne de liens étroits avec la France et sa culture. Cette ouverture « marque une reconnaissance accrue de la diversité littéraire et des échanges culturels internationaux, représentative de la Bibliothèque nationale de France et de ses collections. »
Érudition et liberté
Auteur d’une œuvre qui explore avec érudition et liberté les rapports entre littérature, lecture, mémoire et histoire, Alberto Manguel a publié de nombreux ouvrages de fiction, d’essai et de critique, traduits dans de nombreuses langues. Son œuvre lui a valu de nombreuses distinctions, parmi lesquelles le prix Médicis étranger en 1998, le prix Formentor en 2017 et le prix Gutenberg en 2018. Directeur de la Bibliothèque nationale d’Argentine jusqu’en 2018, il a également occupé la chaire « Europe : langues et littératures » au Collège de France de 2021 à 2022. Il dirige aujourd’hui à Lisbonne l’« Espaço Atlântida : Centro de Estudos da História da Leitura », consacré à l’histoire de la lecture.
Figure majeure de la création artistique contemporaine, dont l’œuvre traverse depuis plusieurs décennies la poésie, la littérature, la musique, la photographie et les arts visuels, Patti Smith s’est imposée dès les années 1970 comme une voix singulière de la scène artistique new-yorkaise, développant une œuvre à la croisée de la poésie, de la musique et des arts plastiques. Son premier album, Horses, paru en 1975, est devenu une œuvre majeure de l’histoire du rock. Elle a depuis publié de nombreux recueils de poésie et récits autobiographiques, parmi lesquels Just Kids, récompensé par le National Book Award en 2010, et M Train. Son œuvre littéraire est largement traduite en français et occupe une place importante dans les collections de la BnF. En 2026, les éditions Gallimard publient Le Pain des anges, dans une traduction de Claire Desserey. Dans ce nouveau récit autobiographique, Patti Smith poursuit son exploration de la mémoire, de l’absence, de l’art et de la littérature, dans une prose qui fait dialoguer les différentes époques de sa vie. Elle entretient une relation étroite et féconde avec de nombreux écrivains français, comme Rimbaud et Proust.
En 2025, le prix de la BnF avait récompensé Michelle Perrot.