Au Vietnam, un éditeur mise sur Tocqueville et Voltaire

Chu Hao

Au Vietnam, un éditeur mise sur Tocqueville et Voltaire

Malgré la censure et le carcan idéologique du Vietnam, la Maison de la Connaissance, à Hanoï fait le pari de la différence.

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Par Vincy Thomas,
avec vt, avec afp,
Créé le 01.09.2010 à 00h00,
Mis à jour le 01.09.2010 à 00h00

Dans De la démocratie en Amérique du français Alexis de Tocqueville, le terme "démocratie" passait mal au Vietnam communiste. Pour publier le livre, il a fallu négocier avec la censure et paraphraser le titre, devenu De la gouvernance du peuple en Amérique.

La "Maison de la Connaissance" à Hanoï s'est donné comme objectif de traduire des ouvrages clés de la philosophie et des sciences humaines. Mais elle se heurte à un triple défi: la censure, un maigre lectorat et un creuset insuffisant de traducteurs capables de s'atteler aux classiques.

"En raison de la guerre, et des problèmes légués par l'histoire, l'éducation vietnamienne, de l'enseignement général à l'enseignement universitaire, s'est passée de la quasi-totalité des valeurs universelles contenues dans les oeuvres classiques", juge Chu Hao, son directeur et ancien vice-ministre des Sciences.

"Ce qu'on pouvait apprendre se limitait à ce qui est contenu dans les manuels sur le marxisme-léninisme", poursuit-il. "Aujourd'hui encore, la philosophie, surtout l'histoire de la philosophie, restent étrangères aux étudiants vietnamiens".


Pour ses premiers pas il y a environ quatre ans, la maison d'édition a choisi quelques auteurs phares, "les plus connus et les plus suggestifs", indique Pham Toan, traducteur de De la démocratie en Amérique. Une centaine d'ouvrages, économiques aussi, ont déjà été traduits.

Parmi eux, Tocqueville donc, le philosophe britannique John Stuart-Mill, avec son De la liberté, ou encore, pour contre-balancer, l'intellectuel américain de gauche Noam Chomsky, connu pour ses critiques de la politique étrangère des Etats-Unis. Ont suivi des pionniers des lumières françaises comme Rousseau et Voltaire, dont certains traducteurs disent s'être inspirés pour combattre le colonisateur français.

Les oeuvres ne se vendent qu'à quelque 2.000 exemplaires, dit Chu Hao. Les lecteurs sont surtout "des chercheurs et hommes d'affaires", pas tellement "les étudiants ou les fonctionnaires".

Les jeunes Vietnamiens, qui apprennent de moins en moins le français, comprennent souvent l'anglais, plus utile pour l'entrée sur le marché du travail. Au Vietnam, les concepts ne sont pas enseignés, dans un système d'éducation encore très formaliste, plus tourné vers la répétition que la réflexion.

Sortir un classique est donc compliqué. D'autant que les ouvrages sur le libéralisme ou la démocratie secouent les vieux carcans idéologiques.

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