Bad boy. Depuis quelques années, la hype Abel Ferrara, née il y a plus de trente ans avec The King of New York ou Bad Lieutenant, est un peu retombée. La mode peut être mauvaise fille. Qu'importe, l'écume des jours, il y a fort à parier que le réalisateur new-yorkais n'a pas dit son dernier mot. Et cette réhabilitation, qui ne serait que justice pour une œuvre torturée et marquée par la grâce, pas si éloignée de celle d'un Scorsese et même d'un Pasolini, ne passera peut-être pas par un film, mais plus étonnamment par un livre : ses mémoires, Scène, qui paraissent en cet automne. Étonnamment, parce que le talent d'écriture de Ferrara ne saurait honnêtement y être contesté. Scène, comme son titre l'indique, c'est une suite de flashs venus d'une vie vécue en un merveilleux désordre, les tournages, les souvenirs d'enfance dans le Bronx, les années vaches maigres, la dope, les femmes, les bagnoles, les « parrains » et bien entendu aussi les grandes rencontres : Willem Dafoe, Harvey Keitel, Christopher Walken, Béatrice Dalle, Asia Argento... La vie d'Abel Ferrara, fils d'un bookmaker italien et d'une forte femme qui fut sa première mécène, se déroule comme un film de John Cassavetes ou un roman d'Hubert Selby Jr. C'est tout son mérite que de l'exposer ainsi, avec lucidité, justesse et une surprenante douceur. Ferrara aura peut-être été toute son existence un mauvais garçon, c'était pour renaître aujourd'hui en très bel écrivain.
Scène. Mémoires
Séguier
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Yves Gabay
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 21 € ; 256 p.
ISBN: 9782386360732
