Bien que nombre d’écrivains indiens de la jeune génération soient tout à fait décomplexés par rapport à leur culture et à ses traditions, on n’a guère l’habitude de lire un premier roman comme celui de Deepti Kapoor, dont on espère pour elle qu’il n’a rien d’autobiographique, mais on n’en jurerait pas.
C’est l’histoire désespérante d’un amour impossible, d’une relation passionnée et violente, d’une double descente aux enfers, et d’une mort absurde. Tantôt héroïne, tantôt narratrice, une jeune bourgeoise de 20 ans, "intacte ", précise-t-elle, rencontre un jour, en 2000, dans un resto bobo de New Delhi, un certain Idha. Un type plus vieux qu’elle, laid, foncé de peau, en qui elle décèle "quelque chose d’animal". Elle, orpheline de mère, délaissée par un père qui vit à Singapour, hébergée chez une tante qui veut à tout prix la marier, se sent bien seule dans la vie. Elle va succomber, puis tomber vraiment amoureuse, se donner, s’abandonner. Le garçon a 28 ans, il est orphelin, riche, oisif, intéressant, a vécu sept ans à New York. Mais il brûle son temps et son argent dans les milieux les plus interlopes de la ville, surtout ses dealers et ses junkies, concentrés à Paharganj, en particulier de nombreux jeunes Israéliens, en route pour Goa. Idha, adepte de Shiva dans sa version destructrice, va partir en vrille : drogues, alcools, infidélités, violences… Devenu une épave, il meurt sous les roues d’un camion - accident ou suicide ? - et ses cendres sont dispersées à Rishikesh, capitale himalayenne des babas chics. Les Beatles y ont séjourné en 1968.
La jeune femme, contaminée, va devenir à son tour une camée, plus ou moins prostituée, maîtresse entretenue d’un businessman. Il lui faudra des années, apparemment, pour raconter son histoire, de manière elliptique, nerveuse, en petits fragments, comme autant de flashs sous extasy. Et tout en flash-back, mêlant des souvenirs de son enfance nomade (Agra, Bombay, Delhi…) et solitaire à ceux de sa triste idylle avec son "mauvais garçon". La sage Delhi a peut-être trouvé là l’auteur de ses "nuits fauves". J.-C. P.
