Avant-critique Essai

Ben Wilson, "Metropolis. Une histoire de la plus grande invention humaine" (Passés/Composés)

Vue sur la ville de Tokyo depuis la tour Tokyo Skytree - Photo OLIVIER DION

Ben Wilson, "Metropolis. Une histoire de la plus grande invention humaine" (Passés/Composés)

Ben Wilson retrace une histoire mondiale de la ville, de la cité sumérienne d'Uruk aux mégalopoles contemporaines de Tokyo, São Paulo ou Mumbai.

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Par Sean Rose,
Créé le 10.01.2024 à 14h00

Urbain, hyper urbain. De nos jours, la ville a mauvaise presse. Il fut une époque, pourtant, où la ville était le principe même de civilisation, sa métonymie, un échantillon reflétant le grand tout de la culture. Au point que dans le dictionnaire, l'un des sens d'« urbain » est « poli », à savoir affable et civil, tandis que « rustique » peut encore vouloir dire mal dégrossi. À l'argument du rat des champs, qui préfère sa campagne où nul trouble-fête ne vient vous gâcher l'appétit, s'ajoute contre le surmulot citadin la question de l'urgence climatique. Force est de constater que les villes sont polluantes.

Ben Wilson ne le voit pas de cet œil-là, pas qu'il soit climatosceptique, mais le regard qu'il porte sur toutes ces agglomérations et l'urbanisation croissante du monde est clair : la ville est la plus belle invention humaine. Du reste, qui dit ville ne dit pas forcément béton. Dans Urban jungle (non traduit), l'essayiste anglais, historien de formation, né en 1980, prône la végétalisation des cités. Dans Metropolis, il entend appréhender le cycle ininterrompu des destructions et des reconstructions, « les saisir en mouvement et non au repos ». De la cité sumérienne d'Uruk aux mégalopoles contemporaines de Tokyo, São Paulo ou Mumbai, Ben Wilson chante sa geste urbaine, déroule la chronologie à travers des villes quasi archétypales, emblématiques de la décadence (Babylone, 2000-539 avant J.-C.), de la sociabilité cosmopolite (Londres, 1666-1820), du flâneur (Paris, 1830-1914) ou de l'extermination (Varsovie, 1939-1945).

L'Homo sapiens est un animal politique. Son besoin d'organiser son grégarisme naturel et de gérer ses besoins d'échanges matériel, social ou intellectuel, passe par une cohabitation à grande échelle et un maillage serré des courroies de transmission (communication, transport, éducation) favorisant la multiplication des possibilités de commerce. Seules l'activité et l'émulation générées par la ville permettent l'accroissement du niveau de vie. Sans prôner la théorie du ruissellement, de fait, souligne Ben Wilson, et quoique la misère s'y accumule sous forme de bidonville, la ville permet également l'élévation du niveau éducatif. En trois générations, le taux d'illettrisme des enfants des favelas a chuté : dans celles de Rio de Janeiro, par exemple, où on comptait 79 % d'analphabètes, 94 % des petits-enfants de ces migrants pauvres de l'intérieur savent lire et écrire. Quant à la cacophonie urbaine, elle sait être créative : dans les années 1990, des geeks nigérians ont fait de Lagos le plus grand marché informatique africain. La population urbaine étant vouée à doubler entre 2000 et 2030, la superficie s'ajoutant à l'actuelle jungle de béton équivaudra à celle de l'Afrique du Sud. Face à la pénurie de ressources, prévient Wilson, il faudra s'adapter. Pas en s'étalant hors de la concentration citadine mais en réinvestissant les centres-villes... On sera urbain, hyper urbain.

Ben Wilson
Metropolis. Une histoire de la plus grande invention humaine
Passés composés
Tirage: 6 000 ex.
Prix: 26 € ; 420 p.
ISBN: 9782379339073

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