La bibliothèque universitaire n’est plus utilisée, ou très peu, pour emprunter des livres. Voici l’un des enseignements de l’enquête menée par l’Ifop pour l'alliance universitaire européenne Civica, auprès de 2 294 étudiants de niveau bachelor, master et doctorat, via une interface conversationnelle sur smartphone. L’angle : comment les étudiants cherchent et traitent l’information.
Les répondants expliquent que pour 61 % d’entre eux que l'IA générative est déjà devenue un usage courant (61 % d'usage déclaré), loin devant les catalogues des bibliothèques (38 %). Plus surprenant, parmi ces 61 % des étudiants qui utilisent l'IA générative, seuls 35 % la considèrent comme utile et pertinente pour les études ! Pour la compréhension de contenus complexes, la synthèse, le développement d'idées…
Qui lit encore du livre papier ?
L'utilisation de l'IA varie selon le niveau d’études et les disciplines : 35 % des doctorants déclarent l'utiliser pour trouver de l'information contre 63 % des étudiants en master ; 70 % des étudiants en économie contre 32 % des étudiants en histoire. Comme le relève dans cette synthèse Cécile Touitou, chargée de mission Prospective à la bibliothèque de Sciences Po Paris, l’un des dix établissements ayant participé à l’enquête, « les doctorants, plus critiques, utilisent l'IA de manière plus ciblée pour la recherche d'articles et moins pour la compréhension ou la génération d'idées ».
Au détriment des livres ? Pour les étudiants en master, c’est criant : 7 sur 10 déclarent : « La plupart du temps, je lis des résumés de livres/articles plutôt que des livres/articles entiers ». Pour les doctorants, le chiffre tombe à 4,5 sur 10. En cause, disent-ils : une charge de travail trop lourde et des délais trop courts.
Et quand ils lisent, c’est avant tout en numérique. Les trois quarts des doctorants privilégient ce support quand ils ont le choix avec le papier. Davantage que les bachelors (63 %). « L'usage déclaré des ebooks est en moyenne à 5 points plus élevé que celui de l'imprimé, pour autant seulement 33 % des répondants déclarent les utiliser ; 22 % les utilisent tout le temps ou fréquemment, 12 % quelques fois ; mais 67 % rarement ou jamais ! », pointe Cécile Touitou.
Ainsi, 73 % des répondants déclarent-ils utiliser rarement ou jamais les livres imprimés. Les doctorants sont les plus nombreux à en lire (42 %). « Les livres imprimés sont devenus une ressource de niche, surtout mobilisée par les doctorants, dans des travaux nécessitant de la littérature approfondie ou dans des domaines où le numérique est moins développé », retient la chercheuse.
Les bibliothèques comme levier stratégique
Reste que les bibliothèques sont largement utilisées (81 % des étudiants), avec une fréquentation croissante selon le niveau d'études. Comme le décrit Cécile Touitou, « la non-utilisation s'explique surtout par des obstacles pratiques : complexité d'accès (38 %), méconnaissance des besoins (37 %) et des services (34 %) », et « la bibliothèque reste avant tout valorisée comme espace de travail calme (75 %), loin devant l'accès aux ressources numériques (48 %) ou l'emprunt de livres (39 %) ».
« Entre quête d'efficacité et pression du temps - érodé par l'omniprésence des écrans -, ils privilégient les contenus “rentables” plutôt que les sources fiables. Ils nous disent qu'ils utilisent peu les documents primaires dont la lecture peut être exigeante, longue, et ardue, et passent désormais par l'IA pour en obtenir la synthèse », résume l’ex-documentaliste.
Avant de poursuivre : « Ils font confiance aux bibliothèques universitaires mais trouvent certains services inadaptés, suivent avant tout les recommandations de leurs enseignants, et manquent de compétences pour bien utiliser l'information et les IA génératives. Conscients des risques d'erreurs et de biais, ils se sentent désemparés et demandent plus de formation et d'accompagnement. » Et de conclure : « Les bibliothèques disposent d'un levier stratégique majeur : améliorer le signalement des ressources, rendre les parcours d'accès plus intuitifs, développer des formations ciblées sur l'usage responsable de l'IA et les méthodes de recherche académique. »
