Interview

Bruno Pham (Akata) : “Découvrir toutes les facettes du manga, sans avoir de filtre"

Bruno Pham, directeur éditorial d’Akata - Photo DR

Bruno Pham (Akata) : “Découvrir toutes les facettes du manga, sans avoir de filtre"

Deux nouveaux titres rejoignent le 12 octobre la jeune collection Héritages de Akata, dédié aux "classiques patrimoniaux" du manga : Autant en emporte la brume et Confidences d’une prostituée. Chacun montre les différentes "facettes du manga, sans ses filtres", selon le directeur éditorial d'Akata, Bruno Pham.

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Par Dahlia Girgis,
Créé le 10.10.2023 à 10h48 ,
Mis à jour le 10.10.2023 à 18h51

Le manga ne se limite pas à ses meilleures ventes. C’est l’un des messages que veut faire passer Bruno Pham, directeur éditorial d’Akata (Leduc) à travers la collection Héritages. Lancée en avril avec le shôjo Le clan des Poe, Héritages s'agrandit le 12 octobre avec Autant en emporte la brume et Confidences d’une prostituée. Tirés chacun à 4000 exemplaires, ils dévoilent les "classiques patrimoniaux" du manga. Au programme, des shôjo mais aussi des gekija (drame pour adultes) et d’autres facettes du manga. Bruno Pham précise les enjeux de ce catalogue qui accueillera quatre autres nouveautés en 2024.

Livres Hebdo : Pouvez-vous nous parler des prochains titres publiés dans Héritages ?

Bruno Pham : Confidences d’une prostituée de Takao Saitō, auteur du viril Golgo 13, est étonnamment sensible. L'auteur y évoque le quartier "chaud" de sa jeunesse à travers les histoires des femmes du coin. La place qu’elles y occupent est en décalage avec son époque (publié en 1972). L’objet de la collection n’est pourtant pas d’être féministe, mais de découvrir toutes les facettes du manga, sans avoir de filtre.

Quels types de filtres ?

Il en existe beaucoup comme croire que le Japon est misogyne. Si je prends l’exemple du shôjo, il n’y a eu aucun "art séquentiel" qui a donné autant de place aux femmes. Les filtres peuvent aussi être la mise en avant des mêmes auteurs : dire qu’Osamu Tezuka a tout créé est faux, il est certes très important, mais il y en a eu d’autres.

Certains filtres sont-ils un frein à la publication en France ?

Il faut montrer les réalités de chaque époque. Je ne pense pas qu’il faut gommer des cases problématiques, l’invisibiliser serait même dangereux.

"Confidences d’une prostituée" de Takao Saitō
Extrait de "Confidences d’une prostituée" de Takao Saitō- Photo SHOFU NAOMI YAWA © 2016 TAKAO SAITO / SHOGAKUKAN

Comment se fait votre sélection ?

Takao Saitō cite dans une interview Confidences d’une prostituée comme étant le plus important de sa carrière : je favorise la parole des auteurs, mais aussi celle des professionnels japonais. Aller directement à la source est un coupe filtre en tant qu’européens. Mes choix se font aussi selon la disponibilité du matériel. Parfois certaines planches sont perdues ou les ayants droit ne sont pas identifiés. Je favorise les titres où un travail de reconstitution a déjà été effectué comme pour Autant en emporte la brume.

Comment Autant en emporte la brume montre une autre image du shôjo ?

Ce shôjo publié en 68 est culte à sa sortie. Il est totalement avant-gardiste en abordant des tabous comme l’adoption, l’abandon et le suicide. Le shôjo a une vraie culture constituée d’influences, de narration et d'un découpage particulier. Il serait abusif de le réduire à un genre pour jeunes filles.

Récemment un hashtag Libérez le shôjo a mis en avant ce genre… Constatez-vous un intérêt croissant ?

Nous manquons souvent d’analyse fine à cause par exemple des chiffres de vente non rapportés au nombre de publications. Depuis le Covid-19, tout le monde se jette sur la moindre tendance dont le shôjo, qui pourrait de nouveau en pâtir. Il est nécessaire de faire évoluer la mentalité des professionnels en arrêtant de tout voir sous le spectre du marché.

N’appréhendez-vous pas la réception de ces œuvres par le public français ?

Je souhaite porter un projet culturel, et être rentable. D'où un important travail auprès des libraires, des journalistes… Par exemple, dans Autant en emporte la brume, nous avons ajouté un texte d’accompagnement, une interview de la fille de la mangaka, et publions sur nos réseaux une vidéo de l’autrice que j’ai eu la chance de rencontrer avant son décès. La difficulté est juste de trouver le bon accompagnement afin d’assurer un avenir à la collection.

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