Emballé. J’ai été tellement emballé par le dernier Yasmina Khadra, que je lui emprunte ici son magnifique titre tellement   adapté à nos vies minuscules. LymphoMan, le retour ! Je reviens de quelques jours en Bretagne, une Bretagne éclatante de soleil et de bonheur. Après plusieurs mois d’angoisse, de chimio, de chambre stérile, mon ami est vivant. Pas guéri statistiquement, il faut attendre cinq ans, mais bien vivant. Les semaines d’épuisement s’estompent même déjà. Nous avons parcouru la plage dans tous les sens, emprunté le chemin des douaniers. Mais surtout, chose promise chose due, nous avons bouffé son crabe ensemble. Délicieux. ( 1 ) *** En rire grossièrement . Il m’arrive de m’échauffer la rate   pour pas grand chose. Ainsi ai-je titré un de mes blogs, le 25 septembre 2007 : «  les économistes sont des cons  », ajoutant hypocritement un point d’interrogation. A quoi bon s’énerver. Regardez ce qui se passe un an plus tard. Difficile de parler aujourd’hui d’«  économistes distingués  » tant ils paraissent ridicules. Qui avait prévu le tsunami financier qui parcourt la planète avant, peut-être, de la ravager? Personne. Il a même fallu attendre de longues semaines pour qu’un début d’explication –les fameuses subprimes- vienne   éclairer les peuples, simples spectateurs de leurs propres vies. On a aperçu les golden boys quittant leur job, leur carton sous le bras, en ravalant leur arrogance (l’un d’entre eux expliquait encore : «  J’ai perdu la moitié de ce que j’avais gagné en un mois  » Un milliard !). A quoi bon se fâcher, mieux vaut en rire ! Ou attendre que les socialistes réforment le capitalisme. Not’ OmniPrésident, lui, a déjà commencé à en parler. *** Lire et vivre . A force de lire de mauvais manuscrits, j’ai de plus en plus de mal à lire de bons livres. Paradoxe de l’éditeur (qui se réjouit de voir la première traduction d’un de ses livres : Les aventures de ce fabuleux vagin en Italie). Pour passer le temps, j’ai beaucoup lu de polars. Certains m’ont détendu, d’autres m’ont bien plu. Et puis j’ai découvert quelques grands livres dont un chef d’œuvre. Oui, un « chef d’œuvre », terme que l’on réserve le plus souvent aux livres à nobles couvertures blanches. Je parle ici de Cotton Point de Pete Dexter (L’Olivier). Un usurier dans une petite ville de Georgie au milieu des années 50, le racisme ordinaire des petits blancs, la justice quand règne l’injustice. Magnifique ! Grand livre : Les feuilles mortes de Thomas H. Cook (Série Noire). Une petite ville de la cote Est des Etats-Unis bouleversée par la disparition d’une fillette. Peu à peu l’adolescent qui la gardait ce soir-là est soupçonné. Un ado refermé sur lui-même et que son propre père se met à   épier. Trouble et envoutant. Je pourrais ajouter tous les James Crumley, mort la semaine dernière. J’avais rencontré le Texan bourru à Missoula (Montana). Etrange bonhomme plein de finesse (ami du très distingué écrivain indien, James Welsh, son voisin) et plein d’alcool (pote de tous les piliers de bars de l’Etat) qui jouait les mauvais jours à la roulette russe. Ogre qui imposait à ses hôtes à Paris la fenêtre ouverte quelle que soit la température. A lire ou à relire tous ses livres (ils ne sont pas si nombreux) du premier Un pour marquer la cadence à son dernier, La dernière contrée . *** L’écrivain n’est pas vain . Auteur de polar, Mohamed Moulssehoul le fut avec son commissaire Llob. Mais ce militaire algérien dut prendre ensuite un pseudonyme pour continuer à écrire librement. Il choisit les prénoms de sa femme, Yasmina Khadra ce qui lui valut d’autres ennuis. Quand il quitta l’armée et révéla qui il était, il fit des déçus, ceux qui avaient cru découvrir une grande auteure algérienne, et des suspicieux, ceux pour qui militaire algérien signifiait tortionnaire dans la sale guerre avec les islamistes. Yasmina Khadra est un homme et un homme digne. Mais c’est surtout un auteur majeur. Il a publié une trilogie qui a connu un très grand succès ( Les hirondelles de Kaboul , L’attentat et Les sirènes de Bagdad ). Il revient avec un grand livre, un drame antique inscrit dans notre entre-siècle, dans l’Algérie partagée entre France et Algérie, écrit dans langue classique, un roman qu’on ne doit pas rater. Ce n’est pas l’ancien critique qui le dit c’est l’homme, j’oserai dire l’ami. Je me souviens qu’à la veille de la sortie de L’Attentat j’avais rencontré quelqu’un de désespéré, quelqu’un en colère. Khadra en voulait à la terre entière, à l’Occident qui ne comprenait pas les risques que des gens comme lui prenait en luttant contre l’intégrisme, à son éditeur qui ne le reconnaissait pas à sa juste valeur, à ses lecteurs qui ne le méritaient pas, etc, etc. J’avais beau lui dire qu’il avait écrit un livre formidable qui allait connaître un grand succès, rien n’y faisait. Alors, en désespoir de cause, je lui expliquais que son livre figurant dans la liste des meilleurs livres de la rentrée que le JDD avait établi avec France Inter , le mieux serait qu’il   ne tienne pas ces propos à l’antenne. Quelques semaines plus tard je recevais une lettre de remerciements signé par lui et son épouse. Avec Ce que le jour doit à la nuit j’ai reçu les meilleures nouvelles qu’il pouvait m’envoyer. __________ ( 1 ) Pour ceux qui s’intéressent à cette maladie, qu’elle rôde autour d’eux ou qu’elle touche un de leurs proches je vous renvoie sur le blog de Caro[line] en date du 13 septembre dernier :   Journée mondiale du lymphome  
15.10 2013

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