Le bourreau de Bourdeaut. Écrire sur sa famille est devenu un tel lieu commun ces derniers temps qu'on se demande si les libraires ne vont pas finir par installer un rayon dédié. Olivier Bourdeaut, que l'on attendait partout sauf ici, publie pourtant le livre qu'on ne peut écrire qu'une fois dans sa vie : Une histoire d'amour et de violence, un récit consacré à son père, qui renvoie au vestiaire celles et ceux qui l'ont précédé sur ce terrain.
Son premier roman, l'époustouflant En attendant Bojangles, paru il y a dix ans chez Finitude, a connu un succès faramineux : 350 000 exemplaires en grand format (ebooks compris), autour de 500 000 en poche, trente-quatre traductions dans cinquante-trois pays, une pluie de prix - dont le Grand Prix RTL-Lire, le prix du roman France Télévisions, le prix Emmanuel-Roblès et le prix du roman des étudiants France Culture- Télérama. Il a été adapté en bande dessinée, au théâtre dans sept pays et au cinéma avec Romain Duris et Virginie Efira.
En une décennie, on aura vu Olivier Bourdeaut embrasser la féerie d'une famille loufoque dans un château en Espagne (En attendant Bojangles, Finitude, 2016), exhumer un drame familial (Pactum salis, Finitude, 2018), dénoncer l'enfance volée d'une little miss (Florida, Finitude, 2021) puis entamer à tâtons la mue de l'introspection (Développement personnel, Finitude, 2024, en « Folio » fin mai sous le titre La tête à l'envers).
Ici, l'auteur, qui ne se sent toujours pas écrivain, encore moins romancier, se jette dans les eaux noires de l'autobiographie, sans bouée. À l'heure de devenir père, il se tourne vers le sien. Le bourreau de la famille Bourdeaut : Pierre, notaire à Nantes. Sur presque deux cents pages, l'éclosion d'Olivier, l'écrivain, coïncide avec la consomption de Pierre par la maladie. L'élévation d'un côté, la dégradation de l'autre. Entre les deux : les brimades, le chantage, les rafales de gifles, comme autant d'« humiliations dans la joie de vivre » que le notaire n'est jamais parvenu à atteindre. Échecs scolaires, professionnels, alcool, drogue, clopes, RSA, voilà l'enfer des jeunes années du fils « raté ».
Mais le livre ne tue pas le père, ce serait trop simple. Une histoire d'amour et de violence est une histoire d'amour. Un livre pour apprendre qu'il faut parfois une enfance malheureuse pour « devenir un bon écrivain ». Que la sienne, contusionnée, dégradée, cette « poubelle » comme il dit, est aussi son « trésor ». On est malheureux pour l'auteur, on en tremble. Une arrivée dans l'écurie Gallimard qui va secouer les lecteurs. Que celui qui ne verse pas une larme avant la fin lève la main.
Une histoire d'amour et de violence
Gallimard
Tirage: 0
Prix: 19,00 €
ISBN: 9782073130242
