Vincent Monadé - Il est encore trop tôt pour tirer un vrai bilan. C’est une réforme qui a pris dix-huit mois pour être mise en œuvre, j’ai laissé un an de transition aux programmateurs pour s’organiser, tout en comptant sur une aide supplémentaire du Centre national du livre. Nous consacrons quand même 200 000 euros de plus aux manifestations qui rémunèrent leurs auteurs ! Il faut désormais laisser du temps pour que cela entre dans les mœurs. Toute réforme entraîne son lot d’interrogations. Lorsqu’il y a dix ans mes prédécesseurs ont demandé à ce que les festivals laissent de la place à la librairie indépendante, tout le monde avait crié au scandale. L’inverse serait impensable aujourd’hui.
Dans les faits, sept festivals sur dix subventionnés par le CNL rémunéraient déjà leurs auteurs, et je ne crois pas que les manifestations du début d’année aient eu à faire ce type d’arbitrage. D’autant que le fait d’accorder de la place à la jeune création est l’un des critères d’attribution des aides du CNL. J’ai vu des auteurs très confirmés et d’autres émergents à Quais du polar, et la Fête du livre de Bron a été un triomphe, avec un plateau d’auteurs remarquable. Mais, en effet, peut-être faudra-t-il penser à faire des programmations un peu plus resserrées, avec des axes thématiques forts. Ce qui compte aujourd’hui pour le public, c’est la qualité de la rencontre avec l’auteur, qui n’est plus un écrivain solitaire travaillant dans sa chambre, et qui n’est pas non plus taillable et corvéable à merci. C’est normal qu’un organisme public comme le nôtre considère que tout travail mérite salaire.
Je ne suis pas puissance normative, et les auteurs peuvent signer un renoncement à leurs droits. Nous conditionnons notre aide pour les salons, mais c’est aux auteurs de s’emparer de ce dispositif, comme l’ont fait les auteurs jeunesse depuis une dizaine d’années. Quant aux aspects techniques, la rémunération en droits d’auteur ne devrait pas poser de problème puisque tous les auteurs sont assujettis aux Agessa.
Tant que le CNL aura les moyens de soutenir cette réforme, il le fera. Mais je ne crois pas que le CNL soit aujourd’hui le principal problème des organisateurs de festivals et de salons, qui doivent faire face au désengagement des collectivités territoriales. Dès le mois d’octobre, lorsque nous serons dans un léger creux au niveau des manifestations, je réunirai les programmateurs pour que nous fassions ensemble un premier bilan, afin de définir des pistes de réflexion.
