11 janvier > Récit France

Le 10 juillet 2014, on retrouvait, dans sa chambre minable de la rue Saint-Benoît (la même rue où il avait vécu avec Marguerite Duras jusqu’à sa mort, en 1996), le corps sans vie de Yann Andréa. Andréa, le dernier homme de la vie de celle qu’il avait célébrée dans M.D. (Minuit, 1983), laquelle avait fait de lui un personnage de son œuvre (L’homme atlantique, 1982, Yann Andréa Steiner, 1992), le rebaptisant, l’immortalisant et le phagocytant à la fois, au point qu’après 1996, incapable de vivre sans elle, il était devenu une épave.

C’est cet homme que l’éditrice d’origine allemande Maren Sell, admiratrice passionnée de Duras, avait rencontré en 1998, puis qu’elle avait accouché de Cet amour-là, paru chez Pauvert en 1999, label de Fayard qu’elle dirigeait alors. Le livre, réalisé à partir d’entretiens, racontait les derniers temps de l’histoire d’amour, sublime et sordide à la fois, entre le grand écrivain et son personnage. Il était dédié à Katia, la fille de Maren, alors adolescente. Signe que quelque chose existait déjà entre eux. "J’ai commencé à vous aimer", écrit l’éditrice. Le succès fut au rendez-vous, et le livre adapté à l’écran par Josée Dayan en 2001. Entre-temps il y aura eu un autre livre, Ainsi, en 2000 toujours chez Pauvert, mais arraché dans la douleur, et qui sera, au contraire du précédent, très mal accueilli par la critique et le public. Personne n’a compris alors de quelle femme parlait Andréa.

Mais c’est en 2002 que commence vraiment et se déroule leur histoire d’amour. Une année de folie totale, où Andréa, complètement à la dérive, manque entraîner Maren dans sa spirale mortifère. "Détruire, dit-il", écrit-elle. Passion, jalousie, dépression, délires, alcool, Maren n’a plus de vie, met sa propre famille en péril.

Son mari, Georges, est au courant, souffre mais la laisse libre. Elle convainc Yann Andréa de faire un autre livre, de raconter cet amour-ci. Chaque nuit ou presque, au bar du Bedford, imbibé à la vodka-orange, il lui écrit des espèces de lettres-poèmes répétitives, dans un style durassien, où il est question surtout de son impuissance créatrice, de son mal-être. "Je ne sais pas bien ce que j’écris", note-t-il. Ces textes figurent dans L’histoire, en italique, en alternance avec les chapitres où Maren Sell a décidé de tout révéler au grand jour.

Elle le fait après la mort de Yann, après celle de son mari, avec l’accord de ses enfants, et chez Pauvert, maison récemment réactivée par Fayard, où elle revient en tant qu’auteur. La boucle est bouclée avec, touchant et horripilant à la fois, ce récit impudique d’un "amour kamikaze" sur lequel plane largement, comme celle de la statue du Commandeur, l’ombre de M.D. J.-C. P.

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