Treize ans de collaboration et un dernier ouvrage, Les guerriers de l'hiver (2024), écoulé à 260 000 exemplaires en grand format, 300 000 en poche et plus de 100 000 en numérique : Olivier Norek est devenu la locomotive des éditions Michel Lafon. Dans ce premier « Éditeur de la semaine » nouvelle version, plus longue, la directrice générale de la maison fondée par son père en 1980, Elsa Lafon, se confie pendant près de 40 minutes à Lauren Malka.
Un an de salaire offert
Dans une première séquence intitulée « Anatomie d'un succès », la dirigeante reprend la trajectoire de l'auteur, qui repose sur une règle de la maison : éviter les « piles qui ne baissent pas ». Pour Code 93, son premier roman paru en 2013, la mise en place reste raisonnable, à 6 000 exemplaires, pour viser l'écoulement et le réassort. Le poche joue ensuite le rôle d'accélérateur. Autre pari peu commun : un an de salaire offert au capitaine de police pour qu'il se consacre à l'écriture de son deuxième roman.
Le virage Entre deux mondes (2017), sur les migrants, inquiète la maison. Il se vend pourtant à 60 000 exemplaires en France et dans une trentaine de pays, jusqu'à être élu « Best crime novel of the Year » 2024 par The Times.
La baisse de la non-fiction
Le vrai défi arrive avec Les Guerriers de l'hiver (2024). Pour sa première rentrée littéraire, la maison n'a ni réseau ni habitude des jurys. Elsa Lafon rencontre en six mois six jurés sur dix de chaque prix, puis achète elle-même des exemplaires un dimanche pour les déposer chez deux jurés. Résultat : une sélection Goncourt, une première pour la maison, et un triomphe en Finlande, où le livre s'écoule à 60 000 exemplaires pour un objectif local de 2 000.
L'éditrice aborde aussi l'érosion du livre de témoignage, cœur historique de Michel Lafon : la non-fiction est passée de 30 % à 10 % du chiffre d'affaires entre 2016 et aujourd'hui. Elle a été remplacée par la littérature générale, la BD et le manga, portés par des créateurs de contenu comme Inoxtag. Sa règle est de créer une œuvre, pas de décliner une chaîne. « Dans déclinaison, il y a déclin », assure-t-elle dans cet entretien sans concession, dans lequel elle annonce le prochain roman d'Olivier Norek pour mars prochain.
