Nous terminerons l’année à 700 000 exemplaires imprimés, avec une forte montée en puissance au second semestre, pendant lequel nous aurons réalisé environ 600 000 exemplaires. Nous atteindrons 1 à 2 millions d’exemplaires l’an prochain, avec les trois presses installées pour le moment", explique Nicolas Gonçalves. Le directeur supply chain et fabrication d’Interforum prévoit un développement progressif de Copernics, l’unité d’impression de la société américaine EPAC, inaugurée en juin à Malesherbes, au milieu du centre de distribution d’Editis (1). "Nous maîtrisons bien maintenant l’impression monochrome ; début 2018, nous démarrerons la quadrichromie pour les livres qui le permettent (scolaire et parascolaire, guide de voyage, jeunesse). Les enjeux sont importants, c’est un segment où les prévisions de vente sont plus difficiles, Copernics nous permettra donc d’ajuster les tirages au mieux", ajoute-t-il. C’est précisément l’objet de ce projet, d’une ampleur sans précédent : le bâtiment est dimensionné pour six presses numériques, et une capacité de fabrication de 10 millions de livres, de l’exemplaire unique à 3 000 volumes. Ce qui représenterait moins de 5 % des livres produits en France hors importation, mais en revanche près d’un quart de l’impression numérique. L’impact ira au-delà, en raison de ce qu’il ne sera plus nécessaire de produire pour avoir un stock de précaution, ce programme devant permettre de répondre en temps réel à une demande soudaine en évitant les ruptures d’approvisionnement.
"Le geste qu’a posé Interforum transforme cette entreprise, mais aussi toute la chaîne de distribution en France. Personne ne peut rester sans réagir, et tous ont des projets, pas forcément aussi spectaculaires que celui-ci. Les imprimeurs vont devoir aussi se positionner, soit avec une réponse alternative, soit en collaboration avec des distributeurs", analyse Frédéric Mériot, directeur général adjoint d’Humensis, mais auparavant conseiller du groupe Editis dans la réorganisation de sa chaîne d’approvisionnement. La distribution de Madrigall s’est organisée pour intégrer de très courts tirages, afin de réduire ses stocks (programme Themis). Lightning Source France, installée à Maurepas dans le centre de distribution d’Hachette Livre, étudie un possible équipement complémentaire dans le cadre d’un vaste renouvellement de matériel entrepris par le co-actionnaire américain, qui passe de Canon chez HP. Le groupe français évoque un projet à grande échelle sans vouloir en dire plus.
Couvrir l’éventail des réalisations
"C’est une courbe d’apprentissage longue mais passionnante, qui nous tire vers le haut et change notre façon de travailler, avec les éditeurs, les fabricants, les commerciaux. Il faut intégrer une nouvelle logique de limite des risques qu’il n’est maintenant plus nécessaire de prendre avec le premier tirage, et d’apprentissage de nouveaux outils de prévision des ventes", s’enthousiasme Nicolas Gonçalves. Côté éditeur, il a fallu apprendre à maîtriser les nouvelles interfaces de référencement des titres, très détaillées en raison de l’automatisation de la chaîne de production. Sur le plan fabrication, la gamme des papiers testés (couché, bouffant bois et sans bois, poche) s’est élargie et couvre "maintenant 80 % de la littérature générale". Le pelliculage et le verni sélectif pour les couvertures fonctionnent : il s’agit de couvrir aussi largement que possible l’éventail des réalisations, pour passer indifféremment d’une impression par Copernics au retour chez un imprimeur traditionnel, sans que ce soit discernable.
Après les éditeurs filiales d’Editis, l’intégration d’éditeurs en diffusion-distribution a commencé, d’abord pour du livre monochrome, et avec ceux qui ont aussi confié leur fabrication au groupe. Les éditions de l’Opportun ont ainsi bénéficié de la réactivité du système : "Les ventes d’Agir et penser comme un chat se sont emballées et la réimpression de 10 000 exemplaires allait arriver trop tard pour éviter la rupture. Nous avons lancé une réimpression de 1 000 exemplaires, pour faire la jonction", explique Nicolas Gonçalves. Une fois ce programme bien rodé, Interforum en fera un argument de conquête d’éditeurs tiers. "Mais ils deviendront encore plus dépendants du groupe", s’inquiète un imprimeur, à la recherche d’arguments pour contenir la déperdition de ses clients.
(1) Voir LH 1136 du 30/06/17, p. 26
