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Décès de Déwé Gorodé, auteure et indépendantiste kanak

Déwé Gorodé et Imasango à Sète en 2016 - Photo Editions Bruno Doucey

Décès de Déwé Gorodé, auteure et indépendantiste kanak

Poétesse et écrivaine née en 1949 en Nouvelle-Calédonie, importante figure de l'indépendance kanak et membre du gouvernement néocalédonien durant 20 ans, Déwé Gorodé est décédée le 14 août 2022 à Poindimié (Nouvelle-Calédonie) à l'âge de 73 ans, des suites d'un cancer.

Par Adriano Tiniscopa,
avec AFP Créé le 16.08.2022 à 16h21

Poétesse, femme de lettres et militante pour l'émancipation politique et la défense de la culture des kanaks, Déwé Gorodé, est décédée à 73 ans dimanche 14 août des suites d'un cancer. Elle a été inhumée dans son village natale de l'Embouchure, à proximité de Ponérihouen, dans le nord-est de la Nouvelle-Calédonie.

Déwé Gorodé est née en 1949. Enseignante de français et de langue paicî à Houaïlou et Poindimié après des études de lettres en métropole entre 1969 et 1973, elle a intégré les premiers mouvements indépendantistes kanak en participant à des actions militantes qui lui vaudront plusieurs séjours en prison. Après deux années d'enseignement, elle a participé en 1976 à la création du Palika (Parti de libération kanak), l'une des deux principales composantes du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS). Cette coalition historique de la lutte kanake a tenu à saluer « une grande dame de cœur et d'esprit » et qui « a lutté de tout temps pour la liberté de son peuple et la pleine souveraineté de son pays ». La ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, a quant à elle tenu à souligner « sa bataille de cœur, la défense de la culture et de l'identité kanak ».

Membre du gouvernement calédonien de 1999, date historique de l'accord de Nouméa, jusqu'en 2019, elle y a été nommé par deux fois vice-présidente, et a aussi été en charge de la culture, de la condition féminine et de la citoyenneté.

Hommages des éditeurs

Déwé Gorodé a reçu de nombreux hommages du monde de la culture néocalédonien. La Nouvelle-Calédonie lui doit notamment la création de la Maison du livre, l'Académie des langues kanak, le Salon international du livre océanien (Silo), le Pôle export de la musique et de la danse (Poemar)... Auteure de plus d'une dizaine d'ouvrages, son premier texte, Sous les cendres des conques (Edipop), a été publié en 1985. Notons aussi Utê Mûrûnû, petite fleur de cocotier (Grain de sable, 1994), un recueil de nouvelles, Kënâké 2000, une pièce de théâtre, ou encore L'Épave (Madrépores) en 2005. 

Les éditions Madrépores ont déploré la perte pour la Nouvelle-Calédonie « de sa plus grande figure culturelle ». L'éditeur la dépeint comme une conteuse de talent, un don hérité de son père, et une femme de convictions, que Jean-Marie Gustave Le Clézio, lors de sa conférence de remise du prix Nobel de littérature en 2008, avait associée « à d’illustres auteurs français, ultramarins ou internationaux qui l’ont accompagné dans son chemin d’écriture ».

Se donner le pays : paroles jumelles (Doucey, 2016) est le dernier ouvrage en date de l'écrivaine. Un livre dans lequel elle dialogue avec une autre poétesse, Katia Imasango, autour de thèmes tels que l'éducation des enfants, la place des femmes, la lutte indépendantiste, la sexualité, etc. Son éditeur Bruno Doucey lui a par ailleurs aussi rendu hommage évoquant une « militante qui n'abandonne jamais le combat pour la culture et la défense de son peuple, porteuse de fraternité et d'espérance ».

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