Des professionnels de la documentation dénoncent les partenariats public/privé de la BNF | Livres Hebdo

Par Laurence Santantonios, avec ls, le 22.01.2013

Des professionnels de la documentation dénoncent les partenariats public/privé de la BNF

© BNF

L'IABD et l'ABF s'inquiètent des accords pour la numérisation de documents patrimoniaux signés avec ProQuest, Believe Digital et Memnon Archiving Service.

L'annonce, le 15 janvier par le ministère de la culture de deux accords de numérisation entre la Bibliothèque nationale de France (BNF) et des entreprises privées (Voir le communiqué), qui mobilisent 5 millions d'euros d'argent public dans le cadre des Investissements d'avenir, suscite de vives réactions de professionnels pour lesquels ces partenariats public-privé constituent une dangereuse dérive.

L'accord signé avec ProQuest porte sur la numérisation de 70000 livres datant du 15e au 17e siècle. Celui qui a été conclu avec Believe Digital et Memnon Archiving Services concerne la numérisation de 200000 disques en vinyle de 78 et 33 tours.

Selon l'accord avec ProQuest, les livres - hormis 3 500 titres mis en ligne immédiatement par la BNF - ne seront accessibles en ligne qu'au bout de dix ans. Entretemps il faudra être chercheur et venir sur place pour les consulter. Quant aux disques vinyle numérisés par les deux autres sociétés, ils seraient rendus accessibles «sur les principales plateformes de distribution musicale numérique.»

Dans un communiqué, l'Interassociation archives bibliothèques documentation (IABD) dénonce «la dramatique insuffisance des financements publics en matière de numérisation qui se traduit par des restrictions d'accès incompréhensibles à l'heure du numérique en réseau.» L'interassociation revendique «un accès libre et gratuit pour tous les usages non commerciaux via le portail Gallica» et «un accès et une réutilisation libre et gratuite par les bibliothèques publiques.»

De son côté l'Association des bibliothécaires français (ABF) s'inquiète de cette inégalité d'accès au patrimoine commun et refuse d'envisager «un partenariat public-privé qui aurait pour conséquence de limiter la consultation intégrale de documents à un usage uniquement intra-muros, sauf rétribution versée, y compris par des bibliothèques et institutions publiques. Ces dispositions neutraliseraient alors l'intérêt de la numérisation de collections en obtenant de façon aberrante des revenus du grand emprunt de la part de collectivités ainsi que d'établissements d'enseignement et de recherche publics.»

Contacté par Livres Hebdo, le président de la BNF, Bruno Racine, estime qu'il est plus juste de parler «d'exclusivité pour le partenaire qui fournit la prestation, et non de privatisation.» Il rappelle que Gallica propose deux million de documents et que les grands textes écrits entre les 15e et 17e siècles y sont déjà accessibles. «Les livres anciens numérisés par ProQuest, souvent en latin, concernent plus les chercheurs que le grand public», ajoute-t-il, précisant qu'il s'agit de «compléter le travail de numérisation de la BNF et de donner accès à des livres anciens beaucoup plus vite, contrairement à ce que l'on dit, que si l'on avait compté sur nos propres moyens».

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