RNL 2022

Distribution : Faut-il choisir entre l'urgence des livraisons et l'urgence écologique

Plus de 360 professionnels ont assisté, dimanche 3 juillet 2022, à la semi-plénière intitulée "Vers quelle distribution au service des libraires ?". - Photo Olivier Dion

Distribution : Faut-il choisir entre l'urgence des livraisons et l'urgence écologique

Dans les échanges ouverts entre libraires et distributeurs à l'occasion des 6e Rencontres nationales de la librairie, le 3 juillet à Angers, les défis commerciaux, dont les délais de livraison, se heurtent aux impératifs écologiques.

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Par Par Souen Léger , Angers
Créé le 03.07.2022 à 23h35

Y a-t-il "urgence" à livrer les librairies indépendantes plus rapidement ? Sur fond de préoccupations environnementales de plus en plus partagées par la profession, la question fait débat à l'occasion des 6e Rencontres nationales de la librairie qui se tiennent à Angers les 3 et 4 juillet 2022.

Qui a ce besoin d'être livré en 24 heures ?

D'un côté, les libraires sont en effet nombreux à demander une amélioration de la distribution, notamment du point de vue des délais de livraison, afin de garder les clients conquis pendant la crise et de tenir la distance face aux géants de la vente en ligne. "Tous les jours, quand on annonce à nos clients qu'il va falloir une semaine pour recevoir leur bouquin, on perd des commandes sèches", déplore Emilie Berto, gérante de la librairie Pantagruel à Marseille, lors d'une semi-plénière consacrée, dimanche 3 juillet, à la "distribution au service des libraires". 

De l'autre, des voix s'élèvent pour interroger la pertinence de cette accélération. "Qui a ce besoin d'être livré en 24 heures ? C'est peut-être le cas dans les grandes villes mais il y a différentes typologies de clients…", estime un autre libraire en réaction à l'engagement de livraisons en 24 heures pris par Editis comme par Madrigall. Représentés lors de cette semi-plénière par Michèle Benbunan, directrice générale d'Editis, et par Dominique Wettstein, directeur général distribution de Madrigall et président de Dilicom, les deux groupes ont toutefois des approches différentes sur la question. 

Les distributeurs divisés sur la méthode

"Je quitte un atelier où certains de vos collègues se sont fait applaudir en demandant qu'on décélère ! Les enjeux environnementaux nous amènent à réfléchir aux coûts de cette accélération qui est malgré tout souhaitée par une partie d'entre vous", remarque Dominique Wettstein, soulignant un paradoxe dans les revendications de la filière. Pour résoudre cette équation, Madrigall a choisi, explique-t-il, de "faire la part des choses entre les commandes urgentes et les commandes de réassort, sans créer d'emballage supplémentaire". Pour les commandes clients, considérées comme urgentes, le code "2424", qui permet aux libraires de signaler les commandes prioritaires, sera désormais utilisé non seulement à la Sodis mais aussi chez Union Distribution. 

Chez Editis, qui s'est aussi engagé à ce que courant 2023 les commandes soient disponibles partout en France en 24 heures, il n'est pas question en revanche de séparer commandes urgentes et non urgentes. "Ça fait deux colis, c'est pas très RSE", plaide Michèle Benbunan. 

"Pas très RSE" non plus les plateformes logistiques en province, suggérées par des libraires de l'assistance pour faciliter les livraisons. "Ça génère beaucoup de transport, et donc de consommation de carburant, entre le site central et le site de province", justifie Michèle Benbunan, rejointe sur ce point par Dominique Wettstein qui pointe par ailleurs les difficultés de recrutement dans le secteur de la logistique.

Le sujet des emballages a lui aussi été soulevé à plusieurs reprises. "Peut-on envisager des boîtes réutilisables ?", interroge un libraire. "C'est un sujet qu'on regarde régulièrement, notamment parce que le carton devient une denrée chère, mais on n'a pas encore trouvé la solution, admet Michèle Benbunan. Il faut organiser le ramassage des caisses et changer tout notre matériel en conséquence", précise-t-elle. "Ça voudrait dire une révision de nos outils, soit des millions d'euros d'investissement", renchérit Dominique Wettstein. 

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