Entretien

Djaïli Amadou Amal: "Le Goncourt des Lycéens représente l'espoir d'un avenir meilleur"

Djaïli Amadou Amal

Djaïli Amadou Amal: "Le Goncourt des Lycéens représente l'espoir d'un avenir meilleur"

Lauréate du prix Goncourt des Lycéens 2020, l’écrivaine Djaïli Amadou Amal aborde l'origine de son livre et exprime un message d'espoir pour les femmes du Sahel. 
 

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Par Thomas Faidherbe,
Créé le 02.12.2020 à 18h24,
Mis à jour le 02.12.2020 à 20h57

Quelle est l’origine du roman ?
Je voulais écrire sur les violences faites aux femmes, sous plusieurs formes. Le mariage précoce et forcé, le viol conjugal, les violences psychiques et psychologiques. Donc comment écrire sur tous ses sujets-là? Pour moi, il fallait la voix de plusieurs femmes. J'ai pris trois voix de femmes pour faire le tour de la question. Mais il fallait aussi un mot, une phrase qui pouvait un peu résumer le tout. Pour moi, c’était la patience. Puisque c’était le mot que l’on entendait à chaque occasion, et notamment lors des circonstances douloureuses de notre vie. C’est comme ca que je me suis mise à écrire.
 
Recevoir le prix Goncourt des lycéens, qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Ce prix représente l’espoir pour l’avenir, l’espoir d’un avenir meilleur. C’est un livre qui parle des violences faites aux femmes et de la condition des femmes. Quand je parle de la violence faites aux femmes, je parle bien de la violence universelle. Que des jeunes soient là et aient été sensibles à ce sujet là et décident de couronner ce livre, je suis contente. Ces jeunes seront les hommes et les femmes de demain.
 
Dans le cadre exceptionnel de l'année 2020, comment avez-vous vécu les nouvelles circonstances ?
Le prix en lui-même n’a pas changé.  Généralement on allait dans les lycées pour promouvoir son livre. Mais evidemment avec la Covid-19, on a tous été obligés de s’adapter, d’adapter notre façon de vivre. Je suis quand même venu à Paris malgré le confinement ; je suis revenue pour pouvoir rencontrer les autres. Malgré les conditions actuelles, cela s’est très bien passé. C’était une autre expérience et même une bonne expérience.
  
A votre avis, pourquoi votre livre a séduit les lycéens ?
Pour moi, c’est difficile de répondre à cette question, parce que je sais que tous les autres livres de la sélection étaient des livres fantastiques, qui évoquent de sujets divers et tout aussi intéressants. Mais je ne sais pas ce qui a fait la différence.
 
Est-ce qu’un livre comme le vôtre peut aider à alerter les consciences sur les femmes en Afrique ?
 Bien sûr, nous sommes une littérature engagée. C’est pour cela que moi je me suis engagée dans la littérature. C’est pour pouvoir sensibiliser. Je pense qu’aujourd’hui, sincèrement, il y a un vrai travail qui est fait autour. Les personnes prennent conscience et cela conduit à une évolution des mentalités.
 
Pourquoi avoir choisi de mettre en lumière les femmes du Cameroun et pas d’autres pays ?
J’ai décidé de planter mon intrigue au Cameroun.  Pour ce roman-là, je le ressentais comme cela. Vous savez, on ne parle bien que de ce qu’on connait le mieux. J’avais envie de faire connaitre ma culture, ma ville et de montrer la beauté qu’il y a dans notre culture, tout en abordant les choses qui font souffrir.
 
Vous êtes présidente de l’association des femmes du Sahel, dans votre livre vous racontez l’histoire des femmes qui font face aux mariage forcées. Est-ce pareil dans d’autres pays du Sahel ? Est-ce que cela commence à avancer ?
La condition des femmes dans le Sahel est la même partout, que ce soit pour les femmes musulmanes, chrétiennes, peules. C’est la même condition pour tout le monde. Et cette situation ne peut qu’évoluer, parce que le monde change. Aujourd’hui les femmes ont un peu plus accès à l’éducation. D’une part, il y a un véritable changement qui est train de s’opérer parce qu’il y a plus d’écoles. D’autre part, il y a en même temps, un retour en arrière sur certaines conditions. Vous savez, dans les villages où il y a l’intrusion des groupes armées, des groupes terroristes comme Boko Haram, à ce moment-là, tout régresse avec un bond en arrière de 20-30 ans.
 
Pourquoi avoir choisi un style indirect pour décrire la réalité d’un viol conjugual ?
J’ai décidé de faire une fiction. Donc je raconte les choses avec le plus de détails possibles mais sans pour autant apporter du jugement. Je laisse les lecteurs avoir leur propre vision. Je ne voulais pas écrire de témoignages.  
 
Avez-vous d’autres projets d’écriture autour de cette thématique ou comptez-vous vous en détacher ?
Sincèrement, je ne sais pas. Je ne pense pas pouvoir m’en détacher complètement parce que c’est un sujet qui me touche énormément. C’est aussi un sujet sur lequel on ne peut pas se dire que l’on a fait le tour de la question. Il y a toujours à écrire ou à dire. C’est une cause que je défends, aussi bien par le biais de l’association que par le biais de la littérature. Pour moi, l’un ne va pas sans l’autre. C’est sûr que j’en parlerais toujours de la cause des femmes.
Sinon, pour répondre pleinement à votre question, actuellement, je suis déjà sur deux manuscrits. Je fais beaucoup d’enquêtes. A chaque fois que j’écris un livre, je vais sur le terrain. J’essaye de préparer. Je suis le genre d’écrivain qui ne se dit pas « voilà je vais écrire 200 000 mots par jours ». où bien « je vais travailler de telle heure à telle heure ». Je suis le genre à beaucoup réfléchir à mes thèmes, à réfléchir à la façon dont je vais aborder les choses, à cogiter. Un beau jour, si j’ai envie d’écrire, je peux écrire dix pages et puis  reprendre ce manuscrit un ou cinq mois plus tard...
 
 

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