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Dossier Religion : sortir des chapelles

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Dossier Religion : sortir des chapelles

Face aux difficultés du marché du livre religieux, les éditeurs du secteur essaient de capter de nouveaux publics en se jouant des frontières des disciplines, en s’aventurant dans les sciences humaines, la spiritualité et même la bande dessinée.

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Par Anne-Laure Walter,
Créé le 08.04.2016 à 00h00,
Mis à jour le 08.04.2016 à 12h05

Les succès des ouvrages du pape François, de Frédéric Lenoir ou de Matthieu Ricard monopolisent le marché du livre religieux. Mais ce sont les arbres qui cachent la forêt. En effet, le rayon a connu une année 2015 en demi-teinte si l’on en croit les données GFK qui estiment la baisse des ventes à 8,5 % en valeur (- 2 % en nombre d’exemplaires vendus). Bruno Nougayrède, président du groupe Artège, explique que "le marché est fortement fragilisé par la raréfaction d’un public chrétien et l’affaiblissement des libraires face à la surproduction des éditeurs. Fragilisé aussi par le fait que beaucoup de librairies sont à vendre et ne trouvent pas de repreneurs." Ainsi une institution rennaise (Ille-et-Vilaine), la librairie Saint-Germain, créée en 1892, a cessé son activité le 29 février dernier. Guillaume Arnaud, directeur général délégué de Fleurus-Mame, conforte ce point de vue : "L’état du marché est à peu près plat en particulier dans les librairies religieuses, même s’il y a une vitalité autour du pape."

L’effet "François"

"Le nom de Dieu est Miséricorde, coédité avec les Presses de la Renaissance, se vend sensiblement autant dans les trois canaux de la librairie."Dorothée Cunéo, Robert Laffont - Photo OLIVIER DION

En effet, depuis son élection le 13 mars 2013, le pape François incarne une autorité morale bien au-delà de la sphère de l’Eglise catholique. "Une seule certitude au cœur de l’édition religieuse : la personnalité du pape François est centrale, constate François Maillot, le directeur général de La Procure, la librairie généraliste et religieuse parisienne. Il suscite un engouement qui dépasse largement les frontières des catholiques pratiquants." La responsable du domaine religieux et spirituel du Seuil, Elsa Rosenberger, le confirme : "C’est une personnalité qui s’impose et en imposehors de l’Eglise." Sa pensée réveille les consciences, ses paroles touchent un grand nombre de non-pratiquants et même de non-croyants dès lors qu’il apostrophe son auditoire en clamant : "Qui est l’Eglise pour juger ?" La lettre encyclique Laudato si’ (Loué sois-tu) du souverain pontife sur l’écologie adresse "une invitation urgente à un nouveau dialogue sur la façon dont nous construisons l’avenir de la planète". Et a trouvé son lectorat. Publié simultanément dans quatre-vingt-quatre pays, Le nom de Dieu est Miséricorde, une conversation entre le pape argentin et un journaliste de La Stampa, le vaticaniste Andrea Tornielli, connaît un grand succès de librairie. Depuis sa parution le 14 janvier dernier, plus de 100 000 exemplaires ont été vendus en France, selon Dorothée Cunéo, directrice éditoriale non-fiction chez Robert Laffont. "Le livre coédité avec les Presses de la Renaissance se vend sensiblement autant dans les trois canaux principaux, précise l’éditrice qui a remporté les enchères et a acquis les droits auprès de la maison italienne Piemme (groupe Mondadori). Un tiers dans les librairies de 1er niveau, Relay et Fnac, un tiers dans la grande distribution, un tiers dans les librairies de 2e niveau et les librairies spécialisées. Les ventes sont très bonnes dans les rayons religieux des 1er et 2e niveaux. C’est également un best-seller aux Etats-Unis." En prenant le nom de François quand il a été désigné évêque de Rome, Jorge Mario Bergoglio rend hommage à saint François d’Assise, prêcheur de la fraternité universelle luttant contre la pauvreté. En écho, Assise, une rencontre inattendue de François Cheng de l’Académie française, chez Albin Michel, atteint depuis sa sortie en novembre 2014 les 75 000 exemplaires. La production autour du pape est dense, de François d’Assise, un récit inédit en français d’Hermann Hesse paru en automne chez Salvator, aux bandes dessinées.

Albouraq : répondre à ce que dit l’islam

"Depuis les événements de janvier et de novembre, des librairies, par peur ou par conviction personnelle, ont préféré prendre de la distance tandis que d’autres ont été en demande sur l’islam", explique Mansour Mansour. Cet éditeur, libraire, diffuseur et distributeur de la maison Albouraq, connue pour les traductions du Coran et de livres classiques de la spiritualité du soufisme, publie une quarantaine d’ouvrages par an. Il affirme que le "public a besoin de références, de repères et d’arguments pour répondre à ce qui se dit dans l’islam". C’est la raison pour laquelle il est éditeur. "Lutter contre cette idée que l’intérêt de la France est contradictoire avec cette religion. Les deux vont ensemble. Il faut casser cette pensée d’opposition aussi bien à l’intérieur de la communauté française musulmane qu’à l’extérieur." Pour cela, il fait émerger dans une autre maison d’édition reprise en 2012, Les Points sur les i, des auteurs comme Farid Abdelkrim (L’islam sera français ou ne sera pas) ou Sofiane Meziani (L’homme face à la mort de Dieu). Il s’attache également à développer le domaine jeunesse et, dans le même temps, de sortir du cadre des librairies spécialisées. En 2005, il a pénétré le réseau de la grande distribution avec le Coran et "C dans la poche" une collection pratique et grand public de petits livres. Il poursuit son développement. Il vient en effet de lancer, pendant Livre Paris, une nouvelle collection "Je veux connaître", nourrie à raison de quatre à six titres par an, qui aborde les figures qui ont marqué la vie musulmane française, à l’exemple de René Guénon, philosophe et restaurateur de la métaphysique.

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Pour François Maillot, à La Procure, il y a eu d’autres belles surprises dans le rayon religion en 2015 comme Montre-moi ton visage, un récit de conversion au catholicisme de Véronique Lévy (la sœur de BHL), aux éditions du Cerf, "un très beau livre, un témoignage de foi mystique". Ou Quand je ne serai plus là du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine chez Robert Laffont, "un récit sur la mort écrit par un prêtre au charisme exceptionnel". Selon Dorothée Cunéo, "15 000 exemplaires vendus depuis sa parution fin septembre 2015." Chez Bayard, La Bible, quelles histoires ! de Thomas Römer a connu une réussite commerciale avec 10 000 exemplaires. "En histoire, la tête de nos ventes, poursuit François Maillot, a été La baraque des prêtres, Dachau 1938-1945 de Guillaume Zeller" aux éditons Tallandier. Sur la religion protestante, L’autre Dieu de la théologienne Marion Muller-Colard, publié chez Labor et Fides en août 2014, "a dépassé les 15 000 exemplaires dont une grande majorité vendue en France", confirme son éditeur, Matthieu Mégevand.

Quête de sens

Dans un champ culturel sécularisé, les éditions religieuses connaissent aujourd’hui une perspective paradoxale : malgré factuellement la désertification des églises, la fermeture de librairies spécialisées, "l’édition religieuse chrétienne au sens large ne faiblit pas, même si les publics traditionnels s’étiolent. Cette tendance s’étend à d’autres religions et d’autres spiritualités", selon Frédéric Boyer, directeur éditorial sciences humaines et religion chez Bayard. Suite aux attentats de janvier et de novembre, les lecteurs se sont lancés en quête de sens et sont allés chercher des réponses dans les livres, notamment ceux traitant de la religion et de l’islam. Chez Albin Michel, l’année passée fut marquée par l’ouvrage d’Abdennour Bidar Plaidoyer pour la fraternité, 25 000 exemplaires vendus. Dans cette optique d’explication du monde qui nous entoure, le Cerf publie ce 8 avril L’islam contre le radicalisme : manuel de contre-offensive où l’imam Abdelali Mamoun décrypte les mouvances islamiques radicales, leurs présupposés et leurs méthodes, avec une présentation des moyens de les combattre sur le terrain de l’idéologie. Plus généralement, l’éditeur s’ouvre à d’autres pensées et penseurs puisque, à la rentrée, il inaugurera, avec Platon, Aristote, Dante et Siddharta, une nouvelle collection initiatique : "Qui suis-je ?" (quatre titres par an).

L’édition religieuse française a donc une carte à jouer dans la conquête de nouveaux publics et cet élargissement du lectorat passe par une ouverture aux sciences humaines. Ce n’est pas nouveau mais cela se confirme de manière criante. "Il y a un véritable appétit", remarque François Maillot, "un questionnement permanent", assure Clotilde Baville, directrice du pôle religieux jeunesse chez Bayard, "une quête de sens", souligne Jean-François Colosimo, directeur général du Cerf. "La religion, poursuit Frédéric Boyer, est très sollicitée à travers les sciences humaines et l’histoire qui n’est pas qu’ecclésiale." Si les sciences humaines s’intéressent au champ religieux, au niveau de la production éditoriale, le livre religieux est lui aussi plus perméable à la sociologie et à la philosophie. "Penser une démarche de foi avec des outils de sciences humaines" est fondamental, insiste Elsa Rosenberger au Seuil. Ce que confirme Matthieu Mégevand, directeur de la maison d’édition suisse Labor et Fides. "Les sciences humaines sont indispensables pour mieux comprendre les religions sous le prisme de sociologues, de philosophes ou d’historiens." Chez Artège, groupe qui compte plusieurs marques dont les éditions du Rocher, Le Senevé, Lethielleux, François-Xavier de Guibert, la stratégie développée repose sur un recentrage de la ligne éditoriale de Desclée de Brouwer (DBB) sur les sciences humaines, les essais et l’histoire tout en faisant vivre son important fonds religieux. "Nous professons que le religieux n’est pas une identité, nous sommes ouverts à l’intelligence, quelle que soit sa casaque et cela depuis longtemps. Par notre empreinte dominicaine, nous allons à la rencontre des autres et des idées et favorisons l’ouverture, considérant qu’il n’y a pas de dehors", développe Jean-François Colosimo. Avec un sens critique, ces maisons prônent donc le dialogue. "C’est de ce dialogue avec les autres que naît la vérité, revendique Yves Briend, président-directeur général des éditions Salvator qui depuis huit ans connaissent une croissance à deux chiffres. Il faut valoriser le vivre-ensemble, adhérer au pacte républicain et ne pas être des catholiques identitaires." Ce que confirme le libraire François Maillot, qui "refuse que le religieux soit ghettoïsé". L’ensemble des éditeurs religieux chrétiens partagent, au regard de leurs publications, cette ouverture œcuménique.

Décloisonnement

Si la production sur le christianisme reste dominante (68 % des nouveautés en 2015), elle s’ouvre à d’autres religions et spiritualités. Aux côtés du succès du pape, l’autre tendance du marché est, selon Elsa Rosenberger, "le succès de la pensée méditative". Le public se documente sur les autres religions. "Même si Jean Herbert, le fondateur [de "Spiritualités vivantes"], a constitué un fonds important sur l’Extrême-Orient, les monothéismes font aujourd’hui plus de la moitié de notre production, explique Jean Mouttapa, l’actuel directeur de la collection chez Albin Michel. Dans le domaine religieux, il y a une perte d’intérêt du public sur l’Inde et le bouddhisme qui s’est transformé en des formes de méditations occidentalisées. Il y a en plus la montée en puissance de l’islam - à ce sujet nous avons le fonds le plus important en soufisme." Les titres sur l’islam représentent désormais 5 % de la production.

"Tout en gardant notre identité chrétienne, notre maison a pour mission de produire et de transmettre le savoir dans une perspective œcuménique."Jean-François Colosimo, Cerf - Photo OLIVIER DION

Face aux difficultés du marché, les éditeurs du secteur maîtrisent leur production et essaient de capter de nouveaux publics en brouillant les frontières des disciplines. Pour rencontrer un lectorat avide du fait religieux et manquant souvent d’éducation, "le décloisonnement est essentiel", comme l’affirme François Maillot. Matthieu Mégevand, directeur depuis juillet 2015 de Labor et Fides, la plus grande maison d’édition protestante francophone, établie à Genève, poursuit les axes éditoriaux de son prédécesseur en se consacrant aux sciences bibliques, à la théologie protestante et, en parallèle, à des thématiques d’ouverture sur la spiritualité en dépassant le cadre purement confessionnel. "Tout en gardant notre identité chrétienne, précise Jean-François Colosimo, notre maison, véritable laboratoire d’idées sur le fait religieux et au-delà, a pour mission de produire et de transmettre le savoir dans une perspective œcuménique, tant par les grands textes de la tradition que par des réflexions plus contemporaines." Il conforte la ligne éditoriale de la maison en publiant des intellectuels incontournables et en accueillant de jeunes plumes : "C’est la première génération d’auteurs, tous nés après la chute du mur de Berlin. Beaucoup ont un engagement catholique mais ne sont pas dans la culture identitaire. L’Eglise est dans le présent du pays. Cela crée des devoirs contre le communautarisme." Publier mieux en publiant moins, tel est le credo du directeur général du Cerf qui souhaite "réduire la production de 35 % tout en maintenant le même chiffre d’affaires". Et d’effectuer une numérisation massive de 4 500 titres d’ici à deux ans sur les 8 000 constituant le fonds. Même approche chez Artège éditions qui a produit 55 titres en 2013 pour passer à 30 en 2014 et 2015 tout en doublant le chiffre d’affaires. "Le but, pour Jean Mouttapa, chez Albin Michel, est d’augmenter le chiffre d’affaires sans augmenter la production." L’éditeur non confessionnel publie une cinquantaine de titres, toutes religions confondues, par an dont 15 à 18 poches parmi lesquels il y a 4 à 5 nouveautés, et c’est comme cela depuis quinze ans. Chez lui comme au Seuil, les collections de poche sont revalorisées avec un travail sur les couvertures.

Pédagogie

Les éditeurs misent sur la pédagogie pour consolider leur lectorat, particulièrement pour le christianisme. Mame connaît depuis cinq ans une progression grâce à la fois à une diversification avec plus de fictions et de BD, au renouvellement de la liturgie avec des retraductions depuis 2014 et de nouvelles propositions de catéchèse. "Pour clarifier les choses, pour ne pas apporter de confusion et d’ambiguïté tant auprès des libraires que des lecteurs, Fleurus, précise Guillaume Arnaud, est non confessionnelle à la différence de Mame." Sur le marché de la toute petite enfance, Clotilde Baville, chez Bayard Jeunesse, privilégie avec une caution catholique, tout en n’étant pas très catho-centré, la question du lien entre la religion, la société et la laïcité. Artège Jeunesse se renforce aussi avec une nouvelle collection, constituée de livre et CD audio, qui est proposée avec quatre titres de Paule Amblard racontant la véritable histoire de sainte Marie, mère de Jésus, de saint Paul, de saint François d’Assise et de sainte Thérèse de Lisieux (à partir de 5 ans). Après un coup d’essai, en juin 2015, avec Les Actes des Apôtres de Chantal Reynier, les éditions du Cerf ont demandé à cette dernière d’initier, en début de cette année, avec L’Evangile de Luc de Luc Devillers, une collection centrée sur les grandes figures de la théologie et les textes majeurs appelée "Mon ABC de la Bible". Cette collection accueille le 8 avril un nouveau titre, Job. Le 20 avril, Labor et Fides, en coédition avec Bayard, publie Dans les coulisses de l’Evangile, un entretien entre l’éditeur et écrivain Matthieu Mégevand et l’exégète et théologien Andreas Dettwiler afin de comprendre la portée et le message du Nouveau Testament.

Ce mois-ci également, Albin Michel lance une collection en coédition avec France Culture : "Les racines du ciel", sous la direction de Frédéric Lenoir et Leili Anvar, réunissant par thématiques les entretiens marquants de l’émission dominicale du même nom, diffusée sur la chaîne publique. Les premiers titres annoncés sont Sagesses pour notre temps et Voix d’espérances. En septembre, Jean Mouttapa publie La plénitude du vide, une odyssée scientifique et spirituelle de Trinh Xuan Thuan.

Plusieurs temps forts en 2016, notamment des anniversaires, devraient animer le rayon religion. Pour célébrer le 800e anniversaire de l’ordre des Dominicains, le Cerf mettra à l’office cet automne La Bible de Jérusalem avec de nouvelles notes entièrement revues et complétées, ainsi qu’un dictionnaire monumental de trois mille pages, intitulé Bible et littérature, ayant nécessité la collaboration de quatre cent cinquante contributeurs sous la direction de Sylvie Parizet. Pour le 500e anniversaire de la Réforme, célébré en 2017, Labor et Fides publiera à la rentrée un grand livre sur Luther de Marc Lienhard, une biographie thématique qui explore la vie et les inspirations de celui qui s’opposa à la vente d’indulgences ainsi que son rapport avec le judaïsme, l’islam et le catholicisme. Autre publication chez le même éditeur, un recueil de textes du premier des réformateurs, "une anthologie fondamentale". Salvator mise sur une autre biographie sur Luther de l’historien allemand Heinz Schilling, en attendant, dans un autre domaine, la sortie d’un ouvrage de Navid Kermani, musulman allemand fasciné par l’art sacré chrétien. A l’époque où l’émotion prend le dessus sur la raison, les religions nous interrogent encore et toujours. d

La religion en chiffres

La production
Nouveautés et nouvelles éditions - Photo SOURCE : LIVRES HEBDO/ELECTRE.COM

En dépit de la baisse de 1,7 % de l’ensemble de la production de livres enregistrée l’an dernier en France, le nombre de nouveaux titres de religion progresse encore de 5 %. La hausse concerne les ouvrages relevant du judaïsme, de l’islam et du christianisme, alors que la production dédiée aux autres religions ou aux religions anciennes se tasse.

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La répartition de la production
en nombre d’exemplaires édités en 2015 - Photo SOURCE : LIVRES HEBDO/ELECTRE.COM

Plus de trois nouveautés ou nouvelles éditions sur quatre dans le secteur des religions concernent le christianisme et la Bible. Toutefois, l’islam s’installe avec 5 % de la production.

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La part des traductions
en nombre d’exemplaires édités en 2015 - Photo SOURCE : LIVRES HEBDO/ELECTRE.COM

Après s’être effritée en 2014, la part des traductions dans la production de livres religieux remonte légèrement, de 18,4 % à 18,6 %, en 2015. Elle reste légèrement supérieure à la part des traductions dans l’ensemble de la production française de livres, qui s’inscrit à 17,7 %.

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Les principaux éditeurs
Ventes en valeur en 2015 - Photo SOURCE : GFK/LIVRES HEBDO

Quatre millions de livres religieux ont été vendus en France en 2015 (-2 %) pour un chiffre d’affaires de 49,2 millions d’euros d’après GFK. En hausse, la part des poches atteint 33,7 % en volume.

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Bulles religieuses

Très tôt, l’édition religieuse s’est intéressée à la bande dessinée afin de toucher le jeune public. Passage en revue des cases catholiques.

"A ses origines, la BD religieuse avait une vocation pédagogique très classique. Aujourd’hui, un sujet spirituel peut toucher sans a priori tous les publics, aussi bien les croyants que les laïcs."Pascal Chaffois, La Procure - Photo OLIVIER DION

La religion aime le 9e art et cette idylle remonte aux origines mêmes de la bande dessinée grand public. René Nouailhat, historien des religions, a consacré sur le sujet, dans Lesavatars du christianisme en bandes dessinées (Eme, 2014), une analyse détaillée en revenant aux premières heures des cases catholiques : "La BD confessionnelle franco-belge est née d’une certaine pastorale de l’Eglise grâce aux bons pères. Avec la création de Spirou et de Tintin dans les années 1930-1940, la thématique religieuse a été récurrente avant d’être transgressée et maintenant revisitée." Responsable de l’espace bande dessinée à La Procure, Pascal Chaffois explique : "A ses origines, la BD religieuse avait une vocation pédagogique très classique, avec notamment la vie des saints. Aujourd’hui, un sujet spirituel peut toucher sans a priori tous les publics, aussi bien les croyants que les laïcs. Un graphisme plus moderne, une liberté de ton et de style se prêtent plus facilement à une divagation poétique."

C’est le cas d’une série plébiscitée, Le voyage des pères, dont le quatrième tome, Barabbas, vient de paraître (après Jonas, Alphée, Simon), suivie d’une deuxième époque, L’Exode selon Yona, par David Ratte chez Paquet. François d’Assise de Dino Battaglia chez Mosquito, premier prix européen de la BD chrétienne 2011, a trouvé son public car il est porteur d’un message de fraternité. Les explorateurs de la Bible : le manuscrit de Sokoka de Delalande, Bertorello et Lapo (Glénat, 2015) joue le suspense à travers l’enlèvement à Jérusalem d’un moine dominicain. Chez ce même éditeur, la série Campus Stellae de Saint-Dizier et Mutti, un voyage initiatique et haletant, conte en quatre albums, via quatre voies et quatre destins, une quête spirituelle sur les chemins médiévaux de Saint-Jacques-de-Compostelle. Glénat toujours, dans la collection "Ils ont fait l’Histoire", après Saint Louis de Mariolle, Nikolavitch et Cenni, paru en janvier 2015, publie ce mois-ci Jeanne d’Arc de Legris, Noé et Gaude-Ferragu. Dans la collection "Graphica", Le kabbaliste de Prague de Makyo et Raimondo, d’après le roman de Marek Halter, qui embrasse la religion juive, paraîtra le 11 mai.

Plus libre et décalé, l’original et peu orthodoxe Dieu n’a pas réponse à tout de Benacquista et Barral (2 tomes chez Dargaud, 2007-2008) révèle le potentiel des bulles sur un thème prêtant à sourire et à réfléchir. Dans un spectre plus confessionnel, L’histoire des Bénédictins de Bidot, Hallé et Nève, chez Artège BD, raconte la vie de saint Benoît pour se poursuivre jusqu’au XXe siècle. Même la bande dessinée japonaise s’y met : le pape du manga, Osamu Tezuka (1928-1989), a connu un vif succès avec La vie de Bouddha (8 tomes chez Tonkam, 2004-2006). Kurokawa a choisi un positionnement plus décalé avec sa série à succès Les vacances de Jésus & Bouddha d’Hikaru Nakamura dont le tome 11 a été publié en mars, tandis que Variety Artworks, un collectif de dessinateurs nippons, a abordé dans la pure tradition manga l’Ancien et le Nouveau Testament, deux volumes chez Soleil, en restant fidèle au texte de la Bible.

Succès papal

De bulle en encyclique, le pape François trône sans conteste parmi les 50 meilleures ventes Livres Hebdo/GFK du rayon religion pour l’année 2015, avec pas moins de 7 livres. Le Saint-Père occupe le haut du classement avec la lettre encyclique Laudato si’, Loué sois-tu, un message qui s’adresse à tous sur le devenir de notre planète. Selon l’éditeur (car il n’y a pas d’exclusivité, toute maison peut la publier à condition qu’elle verse des droits à la Conférence des évêques de France), elle se hisse aux 2e, 4e, 9e, 11e et 49e places, à laquelle on peut ajouter Le visage de la miséricorde (7e). Sans compter les publications qui sont consacrées au souverain pontife : François parmi les loups et François, le printemps de l’Evangile.

Dans un monde en quête de sens, le philosophe et sociologue Frédéric Lenoir, ancien directeur de la rédaction du Monde des religions de 2004 à 2013, aujourd’hui produisant et présentant "Les racines du ciel" sur France Culture, compte 6 ouvrages, de la 1re à la 35e place, avec en tête L’âme du monde, un conte philosophique au sein d’un monastère tibétain, relatant la rencontre de différentes voies de la sagesse. A croire que l’œcuménisme et la tolérance engendrent le succès en librairie. Au même titre que Le livre tibétain de la vie et de la mort, paru il y a plus d’une décennie, les trois ouvrages du moine Matthieu Ricard, interprète de Sa Sainteté le dalaï-lama, et l’écrit du moine Thich Nhât Hanh, maître zen de la tradition vietnamienne, témoignent de l’intérêt que portent les lecteurs au bouddhisme. Enfin, la Bible et le Coran demeurent, avec le missel, des textes de référence, donc toujours bien vendus.

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