Rentrée littéraire

Dossier Rentrée littéraire : des voix qui émergent

Photo OLIVIER DION

Dossier Rentrée littéraire : des voix qui émergent

Alors que le marché se reprend, les éditeurs optent pour rentrée plus compacte, sans poids lourds incontestables qui polarisent l’attention des médias, mais avec un éventail propice à l’identification de nouvelles voix. Principale tendance, amorcée l’an dernier : l’exofiction, qui voit les écrivains s’emparer de la vie des autres.

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Par Anne-Laure Walter, Marine Durand, Claude Combet, Agathe Auproux,
Créé le 26.06.2015 à 00h00,
Mis à jour le 26.06.2015 à 12h02

Pour permettre aux auteurs de construire une œuvre et de la faire grandir, il faut de l’espace : c’est le credo des éditeurs pour la prochaine rentrée littéraire. Alors qu’à la rentrée de septembre 2014, et encore en janvier dernier, ils avaient déployé une forte production, centrée sur des valeurs sûres à très hauts tirages (Emmanuel Carrère, David Foenkinos, puis Michel Houellebecq ou Virginie Despentes) laissant une place modeste au reste de la production, ils présenteront dans deux mois une rentrée compacte et prudente. Au moment où le marché reprend des couleurs, l’automne s’annonce sous les auspices du renouvellement, avec un meilleur accompagnement des signatures montantes des catalogues.

L’auteur et son sujet: Simon Liberati et Eva Ionesco. - Photo OLIVIER DION

Une production resserrée

Cette orientation est rendue possible par le tasement de 3 % du nombre de fictions à paraître pendant la rentrée littéraire, par rapport à la même période de l’an dernier. Au total, d’après les données établies par Livres Hebdo, 589 romans français et étrangers sont annoncés entre août et octobre 2015, contre 607 un an plus tôt. Cette baisse touche aussi bien la littérature française que la littérature étrangère : 393 romans français sont prévus, dont 68 premiers romans, contre respectivement 404 et 75 en 2014. Le nombre de romans traduits à paraître entre août et octobre se fixe à 196 contre 203 l’an dernier. Ces textes sont soigneusement choisis pour faire émerger de nouvelles voix, comme chez Minuit qui n’avait pas publié de premier roman depuis trois ans, jusqu’à ce qu’il tombe sur le manuscrit de Marion Guillot, Changer d’air. Plus généralement, aucune maison ne programme plus de deux premiers romans pour éviter de délaisser des auteurs sur lesquels elle a déjà commencé à miser.

Cette baisse de la production est liée à un choix de fond des grandes maisons, qu’Olivier Nora, P-DG de Grasset, qualifie, en l’assumant, de "malthusianisme". D’ailleurs Grasset, qui mise notamment à la rentrée sur le multiprimé Sorj Chalandon, le deuxième roman de Laurent Binet, Charles Dantzig ou Olivier Poivre d’Arvor, est passé de 17 romans français et étrangers l’an passé à 13 cette année. Lattès opte aussi pour une rentrée plus resserrée et uniquement féminine avec Delphine de Vigan, Monica Sabolo, prix de Flore en 2013, Isabelle Monnin, pour un texte accompagné d’une BO signée Alex Beaupain, et Isabelle Sorente. Pour construire son catalogue sur le long terme, Flammarion, où la littérature générale est passée sous la houlette d’Anna Pavlowitch, se recentre sur la création maison, puisque, à part Jim Harrisson, la maison ne présente dans sa rentrée littéraire que des auteurs français, dont Christine Angot, Laurent Seksik, Bernard Chambaz ou Thomas B. Reverdy.

Des transferts moins nombreux

Particularité de la rentrée 2015, les plus gros transferts d’auteurs se produisent dans le domaine étranger, généralement stable. Martin Amis arrive chez Calmann-Lévy après le refus de son dernier roman par son éditeur habituel, Gallimard. Nick Hornby, édité chez Plon puis chez 10/18 en grand format, rejoint Stock, où il retrouvera son éditrice, Emmanuelle Heurtebize, arrivée rue de Fleurus en 2012. Et L’Olivier traduit L’infinie comédie, le roman monstre, datant de 1996, de David Foster Wallace, dont toute l’œuvre est pourtant au Diable vauvert.

Côté français, Gérard Mordillat, qui confiait ses textes de fiction à Calmann-Lévy, publie son prochain roman chez Albin Michel, éditeur jusqu’alors d’Alice Zeniter, qui entame, elle, une migration vers Flammarion puisque Juste avant l’oubli sera coédité par les deux maisons. Auteurs Flammarion, Alain Defossé rejoint Fayard, et Simon Liberati, qui avait cependant publié Jayne Mansfield 1967, prix Femina 2011, chez Grasset, arrive chez Stock, tout comme Tobie Nathan autrefois chez Rivages ou Emilie Frèche venue d’Actes Sud. Robert Laffont ouvre son catalogue à Eugène Green, issu du catalogue Gallimard. Colombe Schneck revient aussi chez Stock après un passage chez Grasset. Pour leur deuxième roman, plusieurs auteurs tentent un nouvel éditeur, à l’instar de Jessica Nelson, passée de Fayard à Belfond, qui accueille aussi Renaud Santa Maria, tandis que Félicité Herzog va de Grasset à Gallimard, et Fabrice Loi de Yago à Gallimard. Guillaume Lecasble, lui, change régulièrement de maison, mais en suivant le même éditeur, Jacques Binsztok, qui crée à la rentrée La Fanfare. A.-L. W.

Plus risqué que la traduction, le domaine français constitue un investissement sur l’avenir pour l’édition. Il se trouve conforté par l’arrivée de plusieurs nouvelles éditrices. Arrivée chez Fayard au début de l’année, Stéphanie Pollack édite notamment Alain Defossé et Franck Maubert. Alice d’Andigné a rejoint Stock, qui propose les nouveaux romans de Simon Liberati, Tobie Nathan, Brigitte Giraud ou Eric Faye. Lisa Liautaud s’est installée chez Plon qui, pour marquer sa volonté de renouveau éditorial, a repensé sa ligne graphique, écrin des textes de Denis Tillinac, Sigolène Vinson et Luc Blanvillain. Tiffany Gassouk est devenue responsable éditoriale chez Calmann-Lévy, qui se concentre sur les romans d’Anouar Benmalek et René Guitton.

Gallimard prévoit un cru 2015 homogène avec Hédi Kaddour, Boualem Sansal ou Jean Hatzfeld, et s’engage à long terme aux côtés de Carole Martinez dans une histoire romancée des femmes, du Moyen Age à l’époque contemporaine, qui devrait compter sept romans, et dont La Terre qui penche est le deuxième. Actes Sud poursuit son régime débuté il y a quatre ans en stabilisant sa production pour accompagner des auteurs montants du catalogue, Mathias Enard en tête, mais aussi Jeanne Benameur, Claro ou Anne-Marie Garat. Tout comme le Mercure de France qui mise sur Yves Bichet et Douna Loup ou De Fallois sur Joël Dicker le 1er octobre avec Le livre des Baltimore.

Plusieurs petits éditeurs se polarisent sur un seul texte français pour le défendre au mieux comme Sabine Wespieser avec Diane Meur, Héloïse d’Ormesson avec Emilie de Turckheim, Le Tripode avec Pierre Cendors, Philippe Rey avec le premier roman de Sophie Daull, Le Nouvel Attila avec Geneviève Peigné, le Rouergue avec Alexandre Seurat, ou Zulma qui n’accompagne qu’Hubert Haddad mais, avec deux romans de l’auteur, met les bouchées doubles. Viviane Hamy passe son tour tandis qu’Anacharsis, absent depuis quatre ans, revient pour porter Booming, roman que l’Allemand Mika Biermann a choisi d’écrire directement en français. Une démarche singulière similaire à celle de la Bulgare Albéna Dimitrova qui, chez Galaade, écrit également dans sa langue d’adoption.

De nouvelles écritures

Cette respiration dans la production permet à une nouvelle génération d’émerger. Elle est portée par des auteurs de grande culture, qui connaissent leurs lettres et leurs maîtres sur le bout des doigts, et savent s’en abstraire pour se lancer dans des projets ambitieux nourris par une vraie recherche formelle. Des surdoués, souvent agrégés, comme la jeune Lise Charles chez P.O.L, Sébastien Rongier chez Fayard ou Tristan Garcia chez Gallimard. A chaque nouveau roman, ils s’essaient à une nouvelle écriture, jouant avec les codes du roman contemporain. La puissance de l’imaginaire d’Alice Zeniter lui permet de créer de toutes pièces l’œuvre d’un écrivain, toile de fond de Juste avant l’oubli chez Flammarion, tandis qu’après un roman flaubertien l’an dernier Sophie Divry, chez Noir sur blanc ("Notabilia"), passe à un récit qui invente une forme à base de calligrammes, mots valises ou émoticônes pour la mettre au service d’une réflexion politique et sociale.

On retrouvera aussi à cette rentrée Pascale Gautier, dont le précédent roman, Les vieilles, a séduit 220 000 lecteurs (Joëlle Losfeld), Jean-Paul Didierlaurent après le succès du Liseur du 6 h 27 qui retourne à sa forme de prédilection, la nouvelle (Au Diable vauvert), ainsi que des plumes aguerries comme Philippe Delerm, Alain Mabanckou et Eric Holder qui tirent la très belle rentrée du Seuil, Agnès Desarthe et Claire Castillon à L’Olivier, Nicolas Fargues (P.O.L), Philippe Jaenada et Yasmina Khadra chez Julliard. Parmi les voix montantes, Alizé Meurisse (Allia), Diane Brasseur (Allary), Isabelle Stibbe découverte avec Bérénice 34-44 (Serge Safran), Maïssa Bey (L’Aube), Mathieu Riboulet (Verdier) ou Antoine Choplin (La Fosse aux ours). Enfin, ofigurent parmi les romanciers de la rentrée des professionnels du livre qui passent cette année de l’autre côté du miroir. Ainsi, l’adjoint du directeur de la Bibliothèque de l’hôtel de ville de Paris, Pierre-Alain Tilliette, au Passage ; la directrice des ventes de Folio, Nathalie Poitout, chez Alma ; l’éditrice Laure Limongi, fondatrice de Laureli, chez Grasset ; le cofondateur des éditions Rue Fromentin, Jean-Pierre Montal chez Pierre-Guillaume de Roux ; ou Jessica Nelson, à la tête des éditions bibliophiliques des Saints-Pères et programmatrice d’émissions culturelles, qui livre une critique acerbe de la société médiatique chez Belfond.

Plusieurs hommes et femmes de médias s’invitent également au rendez-vous d’automne à l’instar de Florence Noiville, rédactrice en chef adjointe au Monde des livres, qui publie son troisième roman chez Grasset, la journaliste de France Inter Colombe Schneck chez Stock, tandis qu’entrent en littérature Emily Barnett des Inrockuptibles chez Rivages, Laurent Carpentier du Monde ou Christophe Boltanski de L’Obs chez Stock, ainsi que Gérard Lefort, qui vient de quitter Libération, à L’Olivier. La journaliste indépendante Judith Perrignon figure, elle, au programme de L’Iconoclaste qui, pour sa toute première rentrée littéraire, a attiré trois autres plumes réputées : Jean-Michel Ribes, Eve de Castro et le Goncourt 2008, Atiq Rahimi. A.-L. W.

Les immanquables français

Mathias Enard

Melki

Boussole (Actes Sud)

Prix Décembre en 2008 pour Zone, Mathias Enard est monté en puissance en 2010 avec Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, prix Goncourt des Lycéens. Son huitième roman, tiré à 60 000 exemplaires, se présente comme une déclaration d’amour à l’Orient, ses arts et sa culture.

Sorj Chalandon

Profession du père (Grasset)

Deux ans après Le quatrième mur, prix Goncourt des Lycéens, Sorj Chalandon, qui a souligné dans la présentation de rentrée de son éditeur qu’"il y avait un peu de la figure de [son] père dans chacun de [ses] romans", aborde ouvertement la folie de son géniteur dans son nouveau roman tiré à 70 000 exemplaires.

Christine Angot

Un amour impossible (Flammarion)

Racontant l’histoire de ses parents, Christine Angot entreprend de mettre à nu les relations complexes avec sa mère, de l’amour inconditionnel au ressentiment envers celle qui n’a pas vu l’inceste. Trois ans après Une semaine de vacances, Flammarion a prévu un tirage de 25 000 exemplaires.

Yasmina Khadra

Robert Espalieu

La dernière nuit du Raïs (Julliard)

Auteur prolifique et multiprimé, Yasmina Khadra se glisse cette fois dans l’esprit troublé du dictateur libyen Mouammar Kadhafi, évoquant les dernières heures de son règne, entre folie et fragilité. Julliard soutient l’un de ses auteurs phares avec un tirage à 50 000 exemplaires.

Carole Martinez

C. Hélie

La Terre qui penche (Gallimard)

Carole Martinez retrouve dans son troisième roman, tiré à 60 000 exemplaires par Gallimard, le Moyen Age et le domaine des Murmures, cadre de son précédent roman, qui a obtenu le prix Goncourt des Lycéens 2011. La vie de Blanche y est restituée par vieille âme et petite fille, qui partagent une même tombe.

Delphine de Vigan

Delphine Jouandeau - Delphine de Vigan, seule femme finaliste du prix du roman FNAC

D’après une histoire vraie (JC Lattès)

Auréolée du succès de Rien ne s’oppose à la nuit, prix Renaudot des Lycéens en 2011, Delphine de Vigan bénéficie d’un tirage ambitieux de 100 000 exemplaires pour un récit qui brouille les frontières entre fiction et réalité.

Simon Liberati

Francesca Mantovani - Simon Liberati

Eva (Stock)

Avec Jayne Mansfield 1967, prix Femina 2011, Simon Liberati s’essayait déjà à l’exercice de l’exofiction. Il signe son arrivée chez Stock du portrait d’Eva Ionesco, femme-enfant à l’innocence volée par sa mère, qui lui avait inspiré son premier roman. Le livre présenté comme l’éloge d’une "petite fée surgie de l’arrière-monde " est tiré à 15 000 exemplaires.

Alain Mabanckou

Hermance Triay - Alain Mabanckou

Petit Piment (Seuil)

Natif du port de Pointe-Noire, au Congo-Brazzaville, Alain Mabanckou y situe l’action de Petit Piment, faisant bourlinguer son narrateur d’un orphelinat catholique à la moiteur d’une maison close. Le prix Renaudot 2006 pour Mémoires de porc-épic (Seuil) revient à la fiction. Avec un tirage de 30 000 exemplaires.

Amélie Nothomb

Photo Olivier Dion

Le crime du comte Neville (Albin Michel)

Pour sa 23e rentrée, avec un tirage habituel de 200 000 exemplaires, Amélie Nothomb quitte le récit d’inspiration autobiographique pour s’amuser avec une histoire dans le style d’Oscar Wilde, dans laquelle un aristocrate dont la fille a disparu se rend chez une voyante.

Bernard Chambaz

Vladimir Vladimirovitch (Flammarion)

Prix Goncourt du Premier roman pour son entrée en littérature en 1993, Bernard Chambaz construit une œuvre solide et poétique, qui culmine avec Vladimir Vladimirovitch, à la fois roman biographique sur Poutine, son pays et les spectres de l’Empire soviétique, et poème en prose sur l’amour perdu et la solitude. 6 000 exemplaires imprimés et une réimpression à 4 000 envisagée dès la sortie.

La vie des autres

Prolongeant la tendance déjà manifeste l’an passé, les romanciers français investissent l’exofiction. Mais ils s’attachent à renouveler ce récit de la vie des autres en misant sur la fantaisie ou sur des figures méconnues. Le cru 2015 est aussi marqué par les questionnements religieux et la recherche de nouveaux modèles de société.

L’auteur et son sujetYasmina Kadra et Mouammar Kadhafi. - Photo OLIVIER DION

Bien connue des cinéphiles et souvent gage de succès dans les salles obscures, la formule "inspirée de faits réels" marque plus encore que les années précédentes la rentrée littéraire 2015. Mais qu’ils collent au plus près à la vie de leur héros ou qu’ils se laissent aller à plus de liberté, les écrivains tendent à apporter au genre de l’exofiction un nouveau souffle. Délaissant les grandes figures, de nombreux titres mettent en lumière des inconnus au destin hors du commun. Patrick Roegiers raconte Christian Simenon (L’autre Simenon, Grasset), frère sans qualités du célèbre romancier belge, membre du mouvement rexiste et collaborateur opportuniste condamné à mort en 1945. Après avoir sondé le mythe Marilyn Monroe, Véronique Bergen aborde elle aussi dans les heures sombres de l’Europe avec Le cri de la poupée (Al Dante), retraçant la vie de l’artiste allemande Unica Zürn qui fraya avec les surréalistes parisiens autant qu’avec les nazis. Diane Meur s’attache à un banquier allemand oublié par l’histoire (La carte des Mendelssohn, Sabine Wespieser). Douna Loup s’inspire de la trajectoire de Jean-Joseph Rabearivelo et Esther Razanadrasoa, deux figures de la littérature malgache (L’oragé, Mercure de France), Maryline Desbiolles du compositeur niçois Maurice Jaubert (Le beau temps, Seuil), Mathieu Larnaudie de l’actrice américaine Frances Farmer (Notre désir est sans remède, Actes Sud), et Clélia Anfray de Charles Brifaut, courtisan influent de Charles X (Le censeur, Gallimard).

Laurent Binet - Photo OLIVIER DION

Politiques et écrivains

Mais c’est probablement dans le récit de la vie des personnalités connues que les romanciers s’autorisent le plus de fantaisie, piochant sans complexe dans la sphère politique. Dans Vladimir Vladimirovich (Flammarion), Bernard Chambaz décrypte les multiples vies de Poutine à travers les carnets de notes d’un homonyme. Anne Saulay pénètre la tête de Jean-Luc Mélenchon au moment de la présidentielle de 2012 (L’homme qui voulait attraper la Lune avec un filet à papillons, Le Passeur), et Yasmina Khadra celle de Kadhafi, narrant à la première personne l’enfance, les amours et les crimes du dictateur libyen (La dernière nuit du Raïs, Julliard).

Les grands auteurs continuent aussi à fasciner leurs semblables. Laurent Binet donne ainsi une tournure complotiste à la mort de Roland Barthes, allant jusqu’à imaginer dans son deuxième roman (La septième fonction du langage, Grasset) un club très secret de joutes verbales mêlant Foucault, Derrida et Searle. La palme de l’originalité revient sûrement à Sade à Acapulco d’Olivier Saison qui, chez Cambourakis, peint le vieux marquis en libraire exilé sous les tropiques. Même les plus sages des biographies romancées font cette année un pas de côté. Dans Kafka à Paris (Alma), Xavier Mauméjean s’attarde sur le séjour de l’auteur tchèque dans la capitale française à partir de septembre 1911 et Amélie de Bourbon Parme centre son récit sur l’obsession de Charles Quint pour une horloge mystérieuse (Le secret de l’empereur, Gallimard). Judith Perrignon se concentre sur les quelques jours précédant et suivant le décès de Victor Hugo (Victor Hugo vient de mourir, L’Iconoclaste), Chantal Pelletier choisit le prisme de la promenade littéraire pour suivre la trajectoire de Simone Signoret (Signoret ou La traversée des apparences, Busclats). Simon Liberati, enfin, fait le choix de l’intime puisqu’il mêle dans Eva (Stock) les trois figures d’Eva Ionesco, de la fillette pervertie par sa mère à l’adulte reconstruite après le traumatisme en passant par la compagne fantasmée.

Lire pour aller mieux

Dans la veine en plein essor de la "bibliothérapie" (1), plusieurs essais se concentrent sur les bienfaits de la littérature. En poche, chez Folio, dans Petit éloge de la lecture, Pef met au jour la dimension "magique" de la lecture et donc de l’écriture. Chez Robert Laffont, Peter Mendelsund s’intéresse dans Que voit-on quand on lit ? à la force évocatrice des mots. Abordant plus directement les vertus thérapeutiques de la littérature, Remèdes littéraires : se soigner par les livres d’Ella Berthoud et Susan Elderkin (JC Lattès) se présente comme un manuel médical proposant de traiter les maux du corps et de l’âme à l’aide de "pansements et cataplasmes fictionnels". Dans cette logique de "lectures sur ordonnances", Les Arènes compilent les conseils de lectures de 21 écrivains dans un recueil au titre plein de promesses : Vivre, lire et rêver.
M. D.

(1) Voir LH 1034, du 20.3.2015, p. 84-105.

Interroger les radicalisations

Dans cette première rentrée après le choc des attentats de janvier dernier, la concomitance d’ouvrages traitant des radicalismes religieux ne saurait être fortuite. Si Romain Puértolas, reconnaissable à son imagination débridée, livre un troisième roman contant le retour d’un Napoléon décongelé décidé à sauver la France de la menace terroriste (Re-vive l’empereur !, Le Dilettante), Julien Suaudeau aborde la problématique de front dans Le Français (Robert Laffont), emmenant son narrateur d’un quotidien morne en Normandie à un bastion jihadiste de Syrie. Interrogeant les antagonismes religieux, Thierry Cohen et Hafid Aggoune se confrontent au racisme entre communautés : le premier à travers le dialogue entre un juif et un musulman, amis d’enfance s’éloignant à la suite d’une agression antisémite (Avant la haine, Flammarion) ; le second par le biais d’un personnage professeur en Zep qui relit le Journal d’Anne Frank après l’attentat commis par un de ses élèves (Anne F., Plon).

La douleur de l’exil

Loin de s’enfermer dans les frontières de l’Hexagone, la fiction française s’engage en 2015 sur les routes du monde, pour conter le douloureux parcours des déracinés. L’exil marque particulièrement la rentrée Stock : dans Nous serons des héros, Brigitte Giraud suit la trace d’un duo mère-fils fuyant la dictature de Salazar pour s’installer dans la banlieue lyonnaise, Colombe Schneck raconte, à travers l’histoire d’une Bolivienne, celle de toutes ces "femmes invisibles" contraintes de quitter famille et patrie pour aller s’occuper des enfants des autres dans la riche Europe (Sœurs de miséricorde). Le quotidien des migrants est également au cœur de la rentrée Liana Levi, chez qui Paola Pigani évoque le destin de deux Albanais du Kosovo tentant de s’intégrer à leur arrivée en France (Mirko), et de Luce Wilquin où, dans Lettres d’Otrante, Geneviève Bergé détaille les difficiles conditions de vie sur les chantiers italiens.

Le basculement dans la folie

Inépuisable thème de la littérature, l’âme humaine et ses déviances continuent de susciter la curiosité des écrivains. En témoignent L’illusion délirante d’être aimé (Stock), dans lequel Florence Noiville, se fondant sur une expérience personnelle, décrypte l’érotomanie, autrement appelée syndrome de Clérambault, ou encore Profession du père (Grasset) de Sorj Chalandon, dans lequel le narrateur se trouve aux prises avec la mythomanie maladive de son géniteur. Mary Dorsan plonge, elle, directement son lecteur dans le milieu de l’hôpital psychiatrique (Le présent infini s’arrête, P.O.L), tout comme Didier Goupil (Le journal d’un caméléon, Le Serpent à plumes) dont le héros, en établissement spécialisé, se découvre plusieurs identités.

Changer le monde

Dans la tonalité plutôt sombre de cette rentrée littéraire émergent plusieurs voix pour appeler à un changement de société. Chez Albin Michel, Olivier Bleys (Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes) réinterprète la fable du pot de terre contre le pot de fer, mettant face à face un aspirant propriétaire chinois et une grande compagnie minière dans un roman au dénouement inattendu, tandis que Gérard Mordillat (La brigade du rire) imagine le kidnapping d’un éditorialiste économique forcé de travailler selon les préceptes qu’il prône à longueur de chroniques. Emblématique de la crise, la ville de Détroit et ses ruelles désertées sont au centre de deux romans, l’un chez Allia (Fordetroit d’Alexandre Friederich) l’autre chez Flammarion (Il était une ville de Thomas B. Reverdy). Le chômage tient aussi le haut de l’affiche, sous les traits d’une trentenaire en fin de droits avec Sophie Divry (Quand le diable sortit de la salle de bain, Noir sur blanc, "Notabilia") ou sous la plume des "Kids" de France Inter, Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah, qui prennent comme point de départ de leur premier roman (Burn out, Seuil) le suicide d’un chômeur dans une agence Pôle emploi.

On trouvera la note de légèreté de cette rentrée littéraire française au Dilettante. Pascale Pujol y donne à voir dans Petits plats de résistance une galerie de personnages filouteurs et hauts en couleur dans une comédie sociale où se croisent les questions d’emploi, de diversité et d’économie alternative. M. D.

L’enfance, l’amour, le voyage

Moins nombreux qu’en 2014, les premiers romans de cette rentrée littéraire se font les témoins touchants de préoccupations universelles : le voyage, initiatique ou périlleux, les souvenirs les plus douloureux de l’enfance et l’amour sous toutes ses formes.

L’auteur et son sujet : Judith Perrignon et Victor Hugo. - Photo OLIVIER DION

Soixante-huit premiers romans sont attendus en août, septembre et octobre, contre soixante-quinze lors de la précédente rentrée littéraire. Une baisse globale de 9 % qui résulte de choix de nombreuses maisons d’édition. Alors qu’en 2014 Gallimard ou P.O.L publiaient jusqu’à quatre premiers romans chacun, les éditeurs qui continuent à la rentrée 2015 d’investir sur les primo-romanciers n’en publient qu’un ou deux au maximum. Et on est loin de la parité : la cuvée 2015 compte 39 hommes pour 29 femmes.

L’auteur et son sujetRomain Puértolas et Napoléon. - Photo OLIVIER DION

Parmi les impétrants, certains sont issus du monde du cinéma tels Antoine de Meaux, Xavier Durringer ou Alice Moine, quand d’autres baignaient déjà dans l’univers du livre comme Jean-Pierre Montal, cofondateur des éditions Rue Fromentin, Nathalie Poitout, qui va cet été prendre en charge Folio et "La noire" chez Gallimard, ou Delphine Roux, formatrice et animatrice d’ateliers d’écriture dans l’enseignement supérieur. Les journalistes (Christophe Boltanski à L’Obs, Laurent Carpentier au Monde, ou encore Emily Barnett aux Inrockuptibles) sont également bien représentés chez les primo-romanciers qui couvrent plusieurs générations, de la plus jeune, Naomi Fontaine, 23 ans, au doyen, Michel Longuet, 70 ans.

Périples

Cette année, les primo-romanciers aiment décrire périples et traversées spectaculaires. Dans L’empire en héritage (Allary), Serge Hayat entraîne son lecteur aux côtés du jeune Aiglon, 16 ans, parti affronter son destin dans une expédition initiatique imaginaire, de sa prison dorée à Vienne à la dernière résidence de son père, à Sainte-Hélène, en passant par Paris. Pierre Deram, dans Djibouti (Buchet-Chastel), se livre à une exploration des bas-fonds de ce pays d’Afrique, qui révèle toute sa violence et sa beauté. Violence et beauté que l’on retrouve chez Pascal Manoukian, dans Les échoués (Don Quichotte), qui invite à suivre le parcours de trois clandestins, moldave, bangladais et somalien, jusqu’à leur arrivée en France en 1992. Exode qui habite également l’ouvrage de Zadig Hamroune, Le pain de l’exil (La Table ronde), à travers l’histoire de deux Algériens contraints de quitter la Kabylie, terre de leurs ancêtres, en raison de conflits politiques.

Souvenirs

Plusieurs auteurs prennent le parti d’un autre type de voyage, celui qui fait voguer l’âme au gré des souvenirs. Catherine Dousteyssier-Khoze, dans La logique de l’amanite (Grasset), met en scène Nikonor, un snob quasi centenaire qui retourne dans la propriété de son enfance en Lozère, où il se livre à des réflexions inquiétantes sur l’histoire de sa famille. Dans L’envers du feu (Albin Michel), Anne Dufourmantelle situe son héros américain d’origine russe dans une quête de son passé, qui le conduit dans le cabinet d’une psychanalyste parisienne, laquelle l’aide à retrouver son enfance oubliée. Le premier roman d’Eric le Guilloux, Les haines en moins, chez Daphnis et Chloé, raconte le dépérissement d’un homme trentenaire, atteint d’une maladie orpheline, qui essaie d’échapper à ses souffrances en se plongeant dans ses souvenirs d’enfance. Frédéric Vion délivre sur ce thème un premier roman autobiographique, Comment j’ai tué mon père (Flammarion) dans lequel il relate son quotidien d’enfant auprès d’un père violent et amateur d’armes à feu.

Les trois meilleurs titres

Petit plats de résistance, Pascale Pujol (Le Dilettante).

Comment j’ai perdu ma femme à cause du taï chi, Hugues Serraf (Ed de l'Aube).

L’homme qui voulait attraper la Lune avec un filet à papillons, Anne Saulay (Le Passeur)

Les trois meilleures premières phrases

"J’avais noté dans mon carnet noir, avec son petit crayon vert : "Il y a deux sortes d’écrivains, ceux qui chiadent la première phrase et ceux qui s’en foutent complètement." Xavier Durringer, Sfumato (Le Passage)

"L’amour a ceci de commun avec les chambres à air qu’il éclate sans prévenir quand il ne fuit pas sournoisement." Nathalie Côte, Le renversement des pôles (Flammarion)

"Ma nuit à mis fin à ses jours, elle s'est suicidée." Guillaume Lemiale, Margarine (Editions du Sonneur)

Passions

Brûlant, tragique ou salvateur ? L’amour peut être narré de bien des manières. Dans La Vénus aux kakis (Serge Safran) d’Anna Druesne, il est mis au service de l’histoire d’Emma Berger, prisonnière d’une relation de couple malsaine, qui redevient femme lorsqu’elle rencontre Charles Mayer dans une librairie. Pour Patrick Garinot, dans Marie l’estamaïre (Le Mot passant), l’amour est aveugle et va causer la perte de son héroïne qui a tout abandonné pour suivre un étameur rencontré dans son village natal de Haute-Auvergne. Chez Albena Dimitrova, dans Nous dînerons en français (Galaade), l’amour est aussi inattendu qu’interdit : il naît à l’hôpital, dans la Bulgarie de la fin des années 1980, entre la jeune Alba, 16 ans, atteinte d’une paralysie qui éveille la curiosité des experts, et Guéo, 55 ans, ancien du KGB, qui travaille sur un rapport qui sauvera le système et l’idéologie communistes. Barthélemy Théobald-Brosseau, dans Le regard de Gordon Brown (Joëlle Losfeld), oppose fascination et amour, à travers la relation de deux jeunes gens qui décline au fur et à mesure que l’homme contemple une tapisserie. A. A.

Des choix très raisonnés

Prudents, les éditeurs prévoient pour leur rentrée étrangère une offre à la fois éclectique et resserrée, avec de grands noms attendus de la littérature mondiale, mais aussi de vraies découvertes.

Photo OLIVIER DION

Comme la rentrée française, la rentrée étrangère s’annonce resserrée, avec 196 nouveautés entre août et octobre, contre 203 un an plus tôt. Prudents, les éditeurs distillent grands noms de la littérature mondiale et auteurs à découvrir. Sur le plan thématique, secrets de famille et blessures du passé voisineront avec des récits plus décoiffants. Les traductions de l’anglais représentent toujours plus de la moitié des nouveautés (111 titres). Elles sont suivies par celles de l’allemand (16 titres, dont 3 chez Piranha qui explore ce domaine), de l’espagnol (14 titres), et de l’italien (8 titres), lesquelles soulignent la persistance de l’intérêt pour les auteurs européens.

Aux côtés de Martin Amis (Calmann-Lévy), David Grossman (Seuil), Dinaw Mengestu (Albin Michel), Toni Morrison (Christian Bourgois) ou David Foster Wallace (L’Olivier), dont au Diable vauvert réédite parallèlement C’est de l’eau, on retrouvera Richard Ford, qui remet en selle son héros retraité Frank Bascombe dans En toute franchise (L’Olivier), et Jim Harrison, dont l’inspecteur Sunderson reprend du service dans Péchés capitaux (Flammarion). En octobre, on lira William Boyd (Seuil), Andrea Camilleri (Fayard), Marcello Fois (Seuil), Paolo Giordano (Seuil). Au nombre des poids lourds de la rentrée figurent aussi Illska de l’Islandais Eiríkur Orn Norddahl (Métailié) et D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds (Gallimard) de son compatriote Jón Kalman Stefánsson, l’auteur de la trilogie initiée avec Entre ciel et terre, pressenti pour le prix Nobel de littérature, ainsi que Dépressions, le premier livre, inédit en France, d’Herta Müller, prix Nobel de littérature 2009.

Rock et comédies

Egalement au programme, Megan Abbott, venue du polar (Lattès), Nickolas Butler, auteur de Retour à Little Wing (Autrement), prix Page America 2014, Javier Cercas (Actes Sud), Iain Levison (Liana Levi), Ian McEwan (Gallimard), Marisha Pessl (Gallimard), Sasa Stanisic, l’auteur du Soldat et du gramophone (Stock), Martin Suter (Christian Bourgois) et Nick Tosches (Albin Michel).

D’autres s’inscrivent dans un registre plus rock and roll, ou dans celui de la comédie, comme Furukawa Hideo (Picquier), avec Soundtrack, "aussi fiévreux et puissant qu’un solo de guitare punk-rock", Vie et mort de Sophie Stark, premier livre traduit en français d’Anna North (Autrement), le très pop Nick Hornby, avec Funny girl, sur une star de la BBC dans les swinging sixties (Stock), Richard Powers, avec Orfeo (Le Cherche Midi), l’histoire d’un compositeur accusé de terrorisme, Douglas Coupland, auteur culte de Génération X, avec La Pire. Personne. Au monde, celle d’un cameraman loser (Au Diable vauvert), Brian Morton, avec La vie selon Florence Gordon (Plon, "Feux croisés"), une comédie à la Woody Allen. On pourra aussi lire deux ovnis : Hororstör de Grady Hendrix, qui se déroule dans une sorte d’Ikea envahi par les zombies (Milan et demi) et Ce livre est plein d’araignées de David Wong (Super 8).

D’ici ou là

La littérature anglophone ne s’écrivant pas qu’aux Etats-Unis et en Angleterre, cette rentrée est aussi l’occasion de découvrir une nouvelle génération d’auteurs venus d’Inde avec Deepti Kapoor (Seuil), Sandip Roy (Les Escales), Joydeep Roy-Bhattacharya (Gallimard), tous trois primo-romanciers, et de retrouver Kavita Daswani (de Fallois). Les Irlandais sont aussi en force : dans le sillage de Colm Tóibín, auteur de Brooklyn, qui offre une variation sur Jésus et sa mère, Le testament de Marie (Robert Laffont), apparaîtront Eimear McBride avec Une fille est une chose à demi (Buchet-Chastel), sur fond d’inceste et de handicap mental, Ciairán Collins (Losfeld) et Paul Lynch (Albin Michel). L’Ecossaise Kerry Hudson revient avec La couleur de l’eau (Philippe Rey), ainsi que l’Australien Christos Tsiolkas (Belfond) ou le Nigérian A. Igoni Barrett (Zulma). Quatre titres sont traduits du néerlandais : Tout cru d’Arnon Grunberg (Actes Sud), Esclave heureux de Tom Lanoye (La Différence), Miroitements d’Erwin Mortier (Fayard), Guerre et térébenthine de Stefan Hertmans (Gallimard). On notera aussi deux traductions du turc, Encore de Hakan Günday (Galaade), et Le fils du capitaine de Nedim Gürsel (Seuil) ; une de l’indonésien, L’homme-tigre d’Eka Kurniawan, traduit en français pour la première fois (Sabine Wespieser) ; deux du serbe avec l’Atlas des reflets célestes de Goran Petrovic (Noir sur blanc) et la réédition du Dictionnaire khazar (Le Nouvel Attila) de Milorad Pavic, paru en 1988 chez Belfond.

Des nouveaux, connus ou inconnus

La rentrée 2015 comporte également son lot de premiers romans comme Le voleur de voitures de Theodore Weesner (Tusitala), un classique de la littérature américaine paru en 1972 et jamais traduit en France, au héros comparé à "un Holden Caulfield en col bleu", Six jours de Ryan Gattis, sur les événements de Los Angeles en 1992 (Fayard), Le silence des bombes de Jason Hewitt (Préludes), Là où tombe la pluie de Catherine Chanter (Les Escales), Tout ce qui est solide se dissout dans l’air de Darragh McKeon (Belfond), Transparence d’Alex Christofi et La balade des pas perdus de Brooke Davis (Fleuve éditions), Je m’appelle Blue de Solomonica de Winter (Liana Levi).

A l’inverse, d’autres titres arrivent déjà auréolés de distinctions comme Le printemps des barbares du Suisse Jonas Lüscher, prix Franz-Hessel 2014 (Autrement), Les folles espérances, premier roman d’Alessandro Mari, prix Viareggio 2011 (Albin Michel), Une vie entière de Robert Seethaler (Sabine Wespieser), élu meilleur auteur de l’année par les libraires allemands, ou L’oiseau du bon dieu de James McBride (Gallmeister), l’histoire, en 1856, d’un jeune esclave noir déguisé en fille par l’abolitionniste John Brown, National Book Award 2013. Enfin, du côté des essais, on n’oubliera pas les Notes sur la littérature russe d’Alexandre Soljenitsyne (Fayard), le journal d’Henning Mankell sur son cancer, Sable mouvant (Seuil), ou les Notes marginales de Jonathan Coe (Gallimard). C. C.

Cinq étrangers immanquables

Martin Amis

Isabel Fonseca

La Zone d’Intérêt, Calmann-Lévy

L’auteur de Money, money traite de l’Holocauste et d’Auschwitz ("la Zone d’Intérêt") en donnant la parole au commandant du camp, l’alcoolique Paul Doll, au "Sonder" Smulz, et à Angelus Thomsen, neveu du secrétaire personnel d’Hitler. Controversé, le livre, refusé par Gallimard et par l’allemand Carl Hanser Verlag, est finalement publié par Calmann-Lévy.

David Grossman

Kobi Kalmanovt

Un cheval entre dans un bar, Seuil

Le prix Médicis étranger 2011 pour Une femme fuyant l’annonce revient avec un roman dont le héros, le comique Dovale G., distille plaisanteries salaces et interpellations du public sur la scène d’un club miteux de Netanya, en Israël, jusqu’à ce que la présence de son copain d’enfance, le juge Avishaï Lazar, fasse ressurgir les blessures du passé.

Dinaw Mengestu

Julien Chatelain

Tous nos noms, Albin Michel, "Terres d’Amérique"

Présenté comme le livre le plus ambitieux et le plus émouvant de l’auteur des Belles choses que porte le ciel, "un des dix meilleurs romans de l’année" selon le New York Times, Tous nos noms raconte l’histoire d’un jeune étudiant qui, ayant fui la guerre civile et la dictacture ougandaises pour l’Amérique des années 1970, tombe amoureux d’Helen, son assistante sociale, mais se trouve rattrapé par son passé trouble.

Toni Morrison

Mathieu Bourgois

Délivrances, Christian Bourgois

Trois ans après Home (2012), le nouveau roman du prix Nobel de littérature 1993 met en scène une jeune femme maltraitée et rejetée par sa mère parce qu’elle a la peau trop sombre, et qui, devenue une femme d’affaires dans l’univers de la beauté et des cosmétiques, porte la culpabilité d’avoir menti et envoyé une innocente en prison pour attirer l’attention maternelle.

David Foster Wallace

effigie/Leemage

L’infinie comédie, L’Olivier

Le "roman total" de David Foster Wallace sur la société du spectacle, un livre culte de 1 488 pages, paru en 1996 aux Etats-Unis mais jamais traduit en France. L’auteur mythique, qui s’est suicidé en 2008 à 46 ans, y met en scène une famille excentrique et surdouée, dont le père a créé une vidéo provoquant une addiction mortelle, convoitée par un groupe de séparatistes québécois.


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